Par Fulya OZERKAN
La Turquie a mis en garde lundi contre une « guerre civile et de religions » en Syrie, exprimant une inquiétude croissante pour sa propre sécurité et enjoignant l’opposition syrienne à se limiter à des « voies pacifiques » dans sa résistance au régime de Damas.
« La situation qui se développe là-bas conduit à une guerre civile, une guerre raciale, de religions et de communautés. Cela doit cesser », a déclaré le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan lors d’une conférence de presse télévisée.
« La Turquie doit jouer un rôle. Une guerre civile qui surviendrait nous mettrait en difficulté… et ferait peser sur nous une menace », a-t-il dit.
La Turquie, qui partage une frontière de 910 km avec la Syrie, son ancienne alliée, a condamné à de nombreuses reprises la répression des manifestations contre le régime syrien, qui a fait plus de 5.000 morts, selon les Nations Unies.
M. Erdogan a demandé plusieurs fois l’an dernier le départ du président Bachar al-Assad.
Environ 7.500 Syriens se sont réfugiés en Turquie, fuyant la répression, et Ankara redoute un afflux massifs de réfugiés si une guerre civile éclate en Syrie.
Le gouvernement turc s’inquiète également des répercussions des événements syriens sur son propre échiquier politique, les deux pays accueillant des communautés ethniques et religieuses identiques ou proches, notamment des minorités kurdes.
Recevant dimanche une délégation du Conseil national syrien (CNS, opposition), le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, a appelé les opposants syriens à continuer leur résistance au régime de Damas par des « voies pacifiques ».
« L’opposition syrienne demande la démocratie et nous leur avons dit durant une rencontre hier (dimanche) que cela devait être fait par des voies pacifiques », a déclaré lundi à l’AFP un porte-parole de M. Davutoglu, indiquant que le président du CNS, Bourhan Ghalioun, faisait partie de la délégation de 10 personnes.
Il s’agissait de la troisième rencontre depuis octobre entre M. Davutoglu et le CNS, qui regroupe la majorité des courants de l’opposition en Syrie, a indiqué le porte-parole, soulignant que le Conseil national dispose d’un bureau à Istanbul.
La Turquie, autrefois en bons termes avec le régime du président syrien Bachar al-Assad, s’est jointe à la Ligue arabe pour imposer des sanctions au régime de Damas, accusé de réprimer férocement des manifestations antigouvernementales.
Ankara a ainsi gelé les échanges commerciaux avec la Syrie, son ex-allié.
La Syrie est en proie depuis la mi-mars à un mouvement de contestation réprimé dans le sang, qui tend à se transformer en conflit armé entre l’armée et des soldats dissidents ayant notamment rejoint l' »Armée syrienne libre » (ASL).
C’est depuis la Turquie, où il s’est réfugié, que le colonel Riad Al-Assaad commande l’ASL.
Mais le gouvernement turc a déclaré à plusieurs reprises qu’il n’autorise pas que des attaques soient lancées en Syrie à partir du territoire turc, réagissant à des accusations de médias syriens, selon lesquels des éléments armés syriens se sont infiltrés dans le pays, venant de Turquie.
ANKARA, 9 jan 2012 (AFP)
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