Huit soldats libanais ont été tués dans des combats avec des miliciens dans la région de Ersal, frontalière de la Syrie, déclenchés samedi à la suite de l’arrestation de Imad Ahmad Jomaa, un des responsables du Front Al-Nosra, la branche syrienne d’el-Qaëda.
Regain de tension à Tripoli.
Les opérations contre les hommes armés se sont poursuivies jusqu’à dimanche matin, a précisé l’armée dans un communiqué ajoutant que « les combats ont fait huit morts dans les rangs de l’armée et plusieurs blessés ». Selon les médias locaux, les accrochages se poursuivent toujours dans le jurd de Ersal où les islamistes sont retranchés.
Les affrontements ont commencé samedi après-midi après l’arrestation à un poste de contrôle de l’armée de Imad Ahmad Jomaa qui, selon la troupe, a reconnu être membre du Front al-Nosra. Des spécialistes des mouvements islamistes ont toutefois indiqué que Jomaa appartient à la Brigades Fajr al-Islam de Homs, qui a récemment prêté allégeance à l’Etat islamique (EI, ex-Daech). Jomaa est qualifié par Romain Caillet d' »emir » de l’EI à Ersal.
A la suite de cette arrestation, des miliciens ont encerclé des points de contrôle de l’armée dans la région avant d’ouvrir le feu en direction de la troupe. Selon une source de sécurité, des soldats ont été brièvement détenus par les assaillants, qui les ont rapidement relâchés.
La troupe avait promis samedi d’agir de façon « résolue et ferme » pour empêcher que le conflit en Syrie déborde au Liban. « L’armée ne permettra à personne de transférer le conflit de la Syrie » vers le territoire libanais, avait-elle prévenu dans un communiqué.
L’Agence nationale d’information (Ani, officielle) a indiqué samedi que l’armée libanaise s’est déployée en force dans la région et que deux hélicoptères militaires ont été dépêchés depuis Ryak, en direction du jurd de Ersal, à la poursuite des islamistes armés.
Des membres des FSI pris en otage
Les miliciens ont en outre attaqué un poste de police dans la localité de Ersal, selon des sources des services de sécurité. Deux civils ont été tués dans l’attaque et une vingtaine de policiers pris en otage dans un bâtiment contrôlé par des miliciens et qui appartient à Moustapha Hojeiry, dénommé « Abou Takiyé ».
Dans une vidéo publiée dimanche par le Front al-Nosra et dont l’authenticité n’a pas été confirmée, les membres présumés des FSI annoncent avoir « fait défection en raison des agissements de l’armée et du Hezbollah à Ersal et des agissements du parti chiite en Syrie ». Une position adoptée à l’évidence sous la pression d’autant que ces policiers disent avoir « déserté l’armée » alors qu’ils sont membres des FSI.
Violents combats à Tripoli
La tension est également montée d’un cran à Tripoli, au Liban-Nord, où de violents combats ont opposé dans la nuit de samedi à dimanche l’armée à des miliciens cagoulés. Ces derniers ont tiré en direction de postes de la troupe dans plusieurs quartiers de la ville, la forçant à riposter, selon l’Ani.
Une bombe a en outre explosé au passage d’une patrouille de l’armée dans la région de Talaat el-Omari. Un officier et un soldat ont été blessés.
Sur le plan politique, le Premier ministre Tammam Salam a condamné l »attaque flagrante contre l’Etat libanais et les forces armées libanaises » à Ersal. « Le gouvernement libanais gère ces évènements avec fermeté », a-t-il déclaré dans un communiqué publié samedi par l’Ani, appelant « toutes les forces politiques à agir avec sagesse et responsabilité et à déployer tous les efforts (possibles) pour protéger le Liban et l’éloigner des dangers qui l’entourent ».
Les Etats-Unis ont de leur côté fermement condamné ces attaques et appelé les différents acteurs au Liban à maintenir la neutralité du pays face aux conflits régionaux, selon un communiqué de la porte-parole du Département d’Etat Jen Psaki.
Les habitants de Ersal ont, pour leur part, lancé des appels, à travers les réseaux sociaux, à chasser les miliciens et à éviter toute confrontation avec l’armée, toujours selon l’Ani. Ersal, une localité majoritairement sunnite et qui accueille des dizaines de milliers de réfugiés syriens, a déjà connu des périodes de fortes tensions avec les forces de sécurité libanaises. L’aviation du régime syrien y mène des raids contre les forces rebelles cachées dans cette région montagneuse.
(Pour mémoire : Le neveu de Nasrallah aurait été tué dans les combats contre l’ASL)
La ville est voisine du Qalamoun syrien, près de la frontière libanaise, où les rebelles ont essuyé plusieurs revers ces derniers mois face aux troupes syriennes appuyées par des combattants du Hezbollah.
Depuis des mois, des combats meurtriers opposent les jihadistes d’al-Nosra et ceux de l’EI dans le nord et l’est de la Syrie. Mais dans le Qalamoun, ils se battent ensemble pour tenter de préserver leurs positions et d’acheminer des renforts. Dans cette région, au moins 50 jihadistes ont été tués depuis 24 heures dans des combats avec les troupes syriennes et le Hezbollah, a rapporté samedi l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).
OLJ/AFP 03/08/2014
lorientlejour.com Article original
![]() |
![]() |









































