INTERVIEW – Arnaud Lacheret est enseignant-chercheur à Idrac Business School et docteur en science politique. Il explique pourquoi la France crée moins d’emplois que d’autres pays et pourquoi les entreprises n’embauchent toujours pas.LE FIGARO. – Pourquoi les entreprises n’embauchent-elles toujours pas?
Arnaud LACHERET. – Il existe en France des filets de protection sociale particulièrement puissants qui, en période de forte crise comme celle que nous connaissons depuis six ans, évitent la casse sociale. On l’a vu en 2008 où l’interventionnisme de l’État a permis de recapitaliser les banques ou de donner un bol d’oxygène aux constructeurs automobiles. Résultat: ces amortisseurs sociaux ont fait que la France, contrairement à d’autres pays où la saignée sociale a été très importante, a relativement peu licencié. Mais, revers de la médaille de cette politique d’État-providence, lorsque l’activité repart, les besoins en recrutement sont naturellement moins forts.
N’oublions pas non plus que le droit français du travail est très lourd et contraignant et que les chefs d’entreprise réfléchissent souvent à deux fois avant d’envisager un recrutement, de peur de ne pas pouvoir licencier.
La situation est très différente dans d’autres pays comme les États-Unis ou le Royaume-Uni où on licencie 10 à 15% de ses effectifs d’un seul coup et où l’on recrute aussi vite en cas de reprise.
Les entreprises françaises se sont également habituées à fonctionner sans embaucher…
C’est une autre conséquence des différentes crises que la France a traversées. Les entreprises ont appris à fonctionner en sous-effectifs. Dès les années 1995-1996, où le taux de chômage était supérieur à 11%, elles ont adopté la stratégie de travailler en flux tendus.
C’est pourquoi le marché du travail est très peu sensible aux fluctuations de la croissance du PIB. Un petit taux de croissance de 0,3% par trimestre contribuera à recréer de l’emploi dans un certain nombre de pays, mais ce n’est pas possible en France. Un signe d’ailleurs ne trompe pas: les délais de recrutement ne cessent de s’allonger dans les entreprises.
Au final, comment recréer des emplois pérennes?
Il faudrait bien sûr une croissance plus forte même si, comme on vient de le voir, elle n’est pas toujours garante de grands plans d’embauches puisque les entreprises se sont organisées pour travailler autrement et avec moins de monde. La réforme du Code du travail est aussi un préalable: il faut arrêter d’hésiter à investir et à embaucher de peur d’un retour de bâton en cas de retournement de la conjoncture.
À titre d’exemple, un contrat de travail avec une période d’essai un peu plus longue pourrait être une bonne solution. Mais cela nécessite un dialogue social plus souple où les mots tabous n’existent pas. Aujourd’hui, on en est encore loin…
Christine Lagoutte/ Le Figaro.fr Article original
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