JERUSALEM (Reuters) – Au-delà du changement de paysage politique qu’elles devraient provoquer à Washington, les élections américaines de mi-mandat risquent d’avoir un impact sensible sur le laborieux processus de paix entre Israéliens et Palestiniens.

Relancées avec ardeur en septembre par Barack Obama après 20 mois de suspension, les négociations directes ont vite buté sur la fermeté des deux camps, qui jouent maintenant la montre en attendant de voir comment le chef de la Maison blanche se tirera de son épreuve électorale.

Les sondages prévoient que les démocrates vont subir de lourdes pertes et le gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu escompte que le revers du chef de la Maison blanche le dissuadera de braquer Israël et ses partisans aux Etats-Unis pour ne pas s’affaiblir davantage.

Les Palestiniens espèrent de leur côté que, le scrutin derrière lui, Barack Obama sera plus actif sur la scène internationale et utilisera la seconde moitié de son mandat pour se tailler une place dans l’Histoire en arrachant un accord mettant fin à 60 ans de conflit au Proche-Orient.

Mais ils craignent aussi que son probable affaiblissement ne l’empêche d’arracher des concessions à l’Etat juif, notamment sur l’arrêt de la colonisation dans les territoires occupés, qui à leurs yeux bloque la poursuite du dialogue direct avec Israël.

« Si Obama sort considérablement affaibli de l’élection, alors Netanyahu usera de ce nouveau rapport de force pour obtenir tout ce qu’il veut », redoute Yasser Abed Rabo, un des plus proches collaborateurs du président palestinien Mahmoud Abbas, assurant que ‘Bibi’ « négocie avec les Américains, pas avec nous ».

LA COTE D’OBAMA CHUTE PARMI LES JUIFS AMERICAINS

« Je me sentirai plus détendu après novembre 2010 », a admis lui-même le Premier ministre israélien, cité par un responsable qui est en contact régulier avec lui mais souhaite conserver l’anonymat.

Benjamin Netanyahu sait qu’il pourra compter sur ses nombreux et influents amis au sein du Congrès, traditionnellement soucieux de la sécurité du plus proche et fidèle allié de Washington au Proche-Orient, auquel ils garantissent une aide annuelle de 2,5 milliards de dollars.

Lorsque Barack Obama s’est risqué à un bras de fer l’an dernier avec Israël au sujet de la poursuite de la colonisation juive, il s’est heurté à une vive résistance des républicains qui ont dénoncé sa faiblesse sur les questions de sécurité fondamentales et son injustice envers un allié fiable.

Le chef de la Maison blanche a dû faire machine arrière et revenir sur son exigence d’un gel de toutes les activités de colonisation, épisode qui a laissé des traces, Israël ayant été secoué par la légèreté supposée d’Obama et les Palestiniens par sa volte-face.

« Avec beaucoup d’incompétence, les Américains ont mis tout le monde en situation difficile », résume Shlomo Avineri, ancien directeur du ministère israélien des Affaires étrangères et professeur de science politique à l’université hébraïque de Jérusalem.

« Tout le monde croit savoir que, s’il doit y avoir une autre confrontation, l’administration américaine ne tient pas à ce que cela se produise avant l’élection », analyse-t-il.

Les journaux israéliens font leurs choux gras des sondages d’opinion qui mesurent la chute spectaculaire de la cote d’Obama parmi les électeurs américains d’origine juive, qui avaient massivement voté pour lui lors de la présidentielle de 2008.

OBAMA TORDRA-T-IL LE BRAS D’ISRAËL?

Les médias israéliens soulignent aussi que les généreux donateurs juifs rechignent à mettre la main à la poche cette fois et les analystes doutent qu’Obama risquera de s’aliéner durablement leur manne en prévision d’une candidature à sa propre succession en 2012.

« Obama veut remporter une nouvelle fois le pouvoir et je ne pense pas qu’il exercera davantage de pression sur Israël », prédit Guy Bechor, direction des études moyen-orientales à l’université pluridisciplinaire privée israélienne de Herzliya.

Mais d’autres analystes n’excluent pas qu’un sérieux revers électoral convaincra au contraire Barack Obama qu’il n’a plus rien à perdre à tordre le bras d’Israël pour obtenir les compromis douloureux seuls à même, selon les Etats arabes, de déboucher sur un compromis de paix historique.

Abed Rabbo attend ainsi qu’Obama avance, au lendemain des élections de mi-mandat, de nouvelles propositions sur les frontières du futur Etat palestinien, même si elles ont toutes les chances de ne pas complaire à Netanyahu.

« Je suis sûr qu’il détesterait de telles propositions de compromis. C’est pourquoi il se livre à tous ces petits jeux avec les Américains », analyse cet ancien cadre radical du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) reconverti à une solution pacifique.

Mais Zalman Shoval, ancien ambassadeur d’Israël à Washington et conseiller de Netanyahu, ne croit pas, lui, qu’Obama forcera la main à son pays, « car il ne peut ignorer qu’aucun progrès n’est possible sans une étroite collaboration avec Israël. »

par Crispian Balmer – Nouvel’Obs

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