Venezuela : les deux camps manifestent à Caracas.
Pour la deuxième fois dans la même semaine, Caracas sera, samedi 22 février, le théâtre d’une double mobilisation : l’opposition a appelé à manifester contre les intimidations de groupes armés non identifiés, tandis que le pouvoir a convoqué, en réponse, une marche de soutien des « femmes chavistes », « contre le fascisme ».
Vendredi, des témoignages concordants d’opposants et de la presse locale rapportaient des actes d’intimidation perpétrés par des civils armés dans la ville de Valencia, où avait lieu un rassemblement après la mort par balle d’une manifestante en début de semaine.
Dans l’Etat de Tachira, une des zones les plus agitées, « des groupes sont passés à moto en tirant » sur des habitants qui protestaient contre le gouvernement en frappant sur des casseroles à leur fenêtre, a dénoncé la dirigeante étudiante Gaby Arellano, de l’université des Andes.

Jeudi, c’est l’archevêque de Caracas, Jorge Urosa, qui évoquait la présence, dans les manifestations, de nombreux « groupes armés qui ne semblent pas appartenir aux corps de sécurité de l’Etat. Je ne comprends pas pourquoi ils peuvent agir librement, impunément », s’est-il ému. « Le gouvernement doit discipliner ces groupes », avait-il demandé.
« GROUPES PARAMILITAIRES » CONTRE « MERCENAIRES »
Le président Maduro, qui a fermement nié l’existence de milices dans son camp, a en revanche évoqué le recrutement de « mercenaires » par une opposition « putschiste », et promis de « chasser du “chavisme” » ces partisans armés.
Mais de son côté la principale figure de l’opposition, le gouverneur et candidat malheureux à la présidentielle Henrique Capriles, est sortie de sa réserve pour appeler à manifester samedi à Caracas contre « les groupes paramilitaires » et la violence.

Jusqu’à présent, ce sont les représentants les plus radicaux de l’opposition, parmi lesquels le fondateur du parti de droite Voluntad Popular, Leopoldo Lopez, placé en détention provisoire pour sa participation à une manifestation le 12 février, qui occupaient le terrain politique, prônant la pression dans la rue pour faire chuter le gouvernement. Réservé quant à cette stratégie, M. Capriles estimait récemment que les conditions n’étaient « pas réunies » pour obtenir le départ de M. Maduro.
Neuf MORTS ET 137 BLESSÉS
Le Venezuela est agité depuis plus de quinze jours par une vague de contestation étudiante portant sur l’insécurité et la vie chère entamée en province et appuyée par l’opposition au président socialiste. Les manifestations ont fait neuf morts et 137 blessés, tandis qu’une centaine de personnes ont été arrêtées, selon un bilan officiel.
D’après le procureur général Luisa Ortega, parmi les blessés, cent seraient des civils et le reste des policiers. Quatre personnes ont été tuées à Caracas, dont trois par balle pendant la grande manifestation des étudiants et des opposants le 12 février, qui a dégénéré en affrontements entre protestataires, policiers et groupes armés illégaux, considérés comme des sympathisants du pouvoir.
Deux personnes sont également mortes dans l’Etat de Carabobo : une reine de beauté qui a reçu une balle en pleine tête pendant une manifestation, et un procureur, tué dans un accident de voiture alors qu’il tentait d’échapper à des manifestants. Dans l’Etat de Sucre, un étudiant est mort écrasé lors d’une manifestation, tandis qu’à Lara un ouvrier était tué par balles depuis un immeuble, a indiqué Mme Ortega, qui a par ailleurs assuré que pour toutes les personnes tuées des enquêtes avaient été ouvertes.
DES MÉDIAS INTERDITS
Le président socialiste, Nicolas Maduro, affronte la plus importante vague de contestation depuis son élection de justesse en avril, dans la foulée du décès de son mentor, Hugo Chavez. Née après la tentative de viol d’une étudiante sur le campus à San Cristobal, la mobilisation a peu à peu dérivé des revendications sur l’insécurité à la critique plus générale de la situation du pays, touché par une inflation record et des pénuries récurrentes. Les appels à libérer les manifestants interpellés et les dénonciations contre la censure des médias se sont aussi multipliés.
Mettant à exécution les menaces de M. Maduro, les autorités ont d’ailleurs retiré leurs accréditations aux journalistes de la télévision américaine d’information en continu CNN, accusée de chercher à montrer que le Venezuela se trouve en état de « guerre civile », selon la correspondante de la chaîne, Osmary Hernandez.
La semaine dernière, le gouvernement avait déjà interdit la chaîne colombienne NTN24 pour avoir alimenté « l’angoisse » de la population en couvrant les violences ayant suivi une manifestation.
Le Monde.fr avec AFP | 22.02.2014 à 04h18 • Mis à jour le 22.02.2014 à 12h41
lemonde.fr Article original
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