Des manifestants ont de nouveau occupé mardi soir la mairie de Kiev, les policiers ont tiré au canon à eau.

Des manifestants ont de nouveau occupé mardi soir la mairie de Kiev, qu’ils avaient évacuée dimanche dans le cadre d’une loi d’amnistie pour des opposants poursuivis, a constaté un journaliste de l’AFP.

Une trentaine de manifestants se trouvaient à l’intérieur du bâtiment, où ils ont installé une infirmerie de fortune. Les unités d’autodéfense des manifestants gardaient l’entrée de la mairie, un lieu très symbolique de la contestation qui était devenu le « QG de la révolution ».

Les policiers antiémeute cernaient mardi soir le Maïdan, la place de Kiev où se sont rassemblés plus de 20.000 manifestants hostiles au président Viktor Ianoukovitch, après des affrontements avec la police qui ont fait sept morts.

Les policiers ont tiré au canon à eau pour disperser des manifestants rassemblés aux abords de la place de l’Indépendance. Ces derniers ont riposté en jetant des bombes incendiaires et des pierres.

Ils ont aussi incendié des piles de pneus et de bois pour empêcher les forces de l’ordre de pénétrer sur la place, occupée depuis des semaines par des opposants au président Viktor Ianoukovitch. Des affrontements au cours de la journée ont fait neuf morts, sept civils et deux policiers, a déclaré la police.

A l’expiration à 16H00 GMT de l’ultimatum fixé par les autorités pour mettre fin aux violences, les principaux responsables de l’opposition prenaient la parole à tour de rôle devant la foule rassemblée sur le Maïdan, la place de l’Indépendance, haut lieu de la contestation depuis près de trois mois entourée de barricades.

Les affrontements ont cessé mais le calme est précaire: les redoutables unités anti-émeute Berkout contrôlaient les abords du Maïdan, appuyés en deuxième ligne par des policiers armés de fusils d’assaut kalachnikov.

« Ne tirez pas sur les Ukrainiens », proclamait l’un des orateurs, tandis qu’un des dirigeants de l’opposition, l’ancien champion de boxe Vitali Klitschko, a appelé les femmes et les enfants à évacuer la place.

« Nous ne pouvons pas exclure un assaut des forces de l’ordre », a-t-il reconnu.

Vingt-cinq civils ont été tués dans les violences mardi à mercredi matin, a annoncé la police de Kiev, qui a ensuite indiqué que deux policiers avaient aussi perdu la vie.

L’opposition avait auparavant annoncé la mort de trois manifestants, « tués par balles ». Selon le Parti des régions du président Viktor Ianoukovitch, le corps d’un des employés a été retrouvé au siège du mouvement, pris d’assaut et brièvement contrôlé par les contestataires.

Au moins 150 manifestants ont aussi été blessés mardi, dont 30 grièvement – l’un ayant eu la main arrachée en ramassant une grenade assourdissante -, selon Oleg Moussiï, chef du service médical de l’opposition.

Quarante-sept policiers ont été blessés selon une source officielle.

« Nous mettons en garde les têtes chaudes au sein de l’opposition: le pouvoir a les moyens de rétablir l’ordre (…). Nous serons obligés d’avoir recours à des mesures de la plus grande fermeté si les troubles ne cessent pas d’ici à 18h00 (16h00 GMT) », avaient menacé le ministère de l’Intérieur et les services spéciaux (SBU) dans une déclaration conjointe.

Balles en caoutchouc et cocktails molotov

Ces violences surviennent après plusieurs semaines d’accalmie dans la contestation, qui dure depuis près de trois mois, et alors que l’opposition avait promis une « offensive pacifique » pour mettre la pression sur les députés, rassemblant plus de 20.000 personnes pour un défilé qui a dégénéré dans la matinée.

Les forces de l’ordre postées devant les accès au parlement ont utilisé du gaz lacrymogène, jeté des grenades assourdissantes et tiré des balles de caoutchouc sur les manifestants jetant pavés et cocktails molotov.


Des barricades incendiées à Kiev le 18 février 2014 ( Piero Quaranta (AFP) ) »>Article original

Il s’agit des premiers affrontements à Kiev depuis ceux de la fin janvier qui avaient fait quatre morts, dont deux tués par balles réelles et plus de 500 blessés.

Dans la matinée, plus de 200 manifestants ont brièvement pris le contrôle du siège du Parti des régions du président Viktor Ianoukovitch non loin du parlement. Les locaux ont été partiellement incendiés par des jets de cocktails molotov.

La Russie a aussitôt condamné ce regain de violences en Ukraine, qu’elle a attribué à la politique des Occidentaux, « qui ferment les yeux sur les actes agressifs des forces radicales en Ukraine, encourageant de fait l’escalade et les provocations envers le pouvoir légal ».

L’Occident inquiet

De son côté, Washington s’est dit « consterné par les violences » et a appelé le président Ianoukovitch à « mettre fin aux affrontements » et à renouer le dialogue avec l’opposition.

La responsable de la diplomatie de l’Union européenne, Catherine Ashton , a, elle aussi, « condamné tout usage de la violence » exhortant Kiev « à s’attaquer aux racines de la crise ».

Le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a, pour sa part, dénoncé un « usage indiscriminé de la force ».

Le Premier ministre polonais, Donald Tusk a, lui, réitéré son aide pour trouver un compromis en Ukraine afin d’éviter « une guerre civile à petite ou grande échelle ».

L’opposition à Kiev accuse le pouvoir ukrainien de céder aux pressions de Moscou, depuis que M. Ianoukovitch a renoncé en novembre à signer un accord d’association avec l’Union européenne.

La Russie a octroyé à Kiev en décembre un crédit de 15 milliards de dollars, dont 3 milliards ont déjà été versés, et un important rabais sur le prix du gaz. Moscou devait verser « cette semaine » une nouvelle tranche de 2 milliards à l’Ukraine, en manque de liquidités et au bord d’un défaut de paiement.

Mais l’opposition s’impatiente, alors que les négociations avec le pouvoir sont au point mort qu’il s’agisse d’un réforme constitutionnelle réduisant les pouvoirs du président ou la formation d’un nouveau gouvernement.

i24news.tv Article original

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