«Habayta» : le chant devenu hymne du peuple israélien.

Pendant des mois, les Israéliens ont chanté « Habayta », devenue la bande-son du retour des otages. En France, peu connaissent l’histoire de cette chanson. Le JDD vous la raconte.

Ils sont enfin rentrés chez eux, après deux ans de silence, de cauchemars et d’attente. À Tel-Aviv, sur la place des Otages, devenue au fil des mois le cœur battant de l’espoir et de la douleur nationale, là où l’on prie, où l’on espère, où l’on attend, des milliers d’Israéliens ont découvert les visages des désormais ex-otages amaigris, des silhouettes vacillantes, mais debout.

La foule pleure et chante d’une seule voix : Habayta (« à la maison »). Cette chanson, née bien avant la guerre, a pris au fil des mois des allures d’hymne officieux. En décembre 2023, alors que le premier accord d’échange d’otages avait échoué, un millier d’artistes l’avaient entonnée sur la scène du théâtre de Césarée, entourés des familles endeuillées. Leurs voix portaient déjà l’espérance d’un retour que l’Histoire, aujourd’hui, a fini par exaucer.

« À la maison, à la maison, il est temps de rentrer/Des montagnes, des champs étrangers/Le jour décline et il n’y a aucun signe/Jusqu’à l’aube, je prie pour ton bien/Pris dans les menottes de la peur/J’entends des pas/À la maison, à la maison/Car nous n’avons toujours pas reçu/Ce qu’on nous avait promis depuis si longtemps. »

Une histoire ancienne

Depuis 2006, Habayta s’est imposée comme le chant du retour, celui que l’on entonne comme une prière lorsqu’il ne reste plus que l’espoir. Elle avait accompagné les noms des otages Gilad Shalit, Ehud Goldwasser et Eldad Regev, dont la capture avait embrasé la seconde guerre du Liban. Pourtant, cette chanson n’avait pas été écrite pour eux. Son histoire est bien plus ancienne.

Au début des années 1980, Yardena Arazi, l’une des grandes voix de la pop israélienne, chantait devant les soldats de la première guerre du Liban. Au milieu du vacarme, elle frôla la mort plusieurs fois. Ce soir-là, à court de chansons, elle improvisa et entonna Shir LaShalom (« la chanson pour la paix »), apprise pendant son service militaire. Ce chant pacifiste devint le prélude lointain à Habayta.

Ébranlée par ce qu’elle avait vu sur le front, Yardena Arazi confia son désarroi au parolier Ehud Manor, ami fidèle et compagnon d’écriture. Lui aussi portait les stigmates de la guerre : son frère y avait laissé la vie, et de cette blessure était née Ein Li Eretz Acheret (« Je n’ai pas d’autre pays »), chanson emblématique en Israël et dont le texte fut cité jusque dans l’hémicycle de la Knesset.

Les paroles racontent l’idée même de foyer, de patrie.

De leur dialogue naquit Habayta. Manor en écrivit les paroles, et tous deux trouvèrent la mélodie dans un air oublié, Manana, qui signifie « Demain ». Le morceau devint un immense succès populaire et propulsa Arazi au rang d’icône nationale. Élue chanteuse de l’année en 1984, elle devint la voix d’une génération, même si Habayta lui valut aussi des menaces de mort de la part de militants pro-guerre.

Il y a, dans cette chanson, une forme de majesté saisissante dès les premières notes, surtout lorsqu’un orchestre l’accompagne. Les paroles racontent l’idée même de foyer, de patrie. Le retour « à la maison » qu’elle évoque n’est pas seulement géographique. Il parle d’un retour vers ce qu’Israël a de plus essentiel : ses valeurs fondatrices, le retour vers la Terre promise. Et, par extension, la Loi du retour, qui fait de l’État hébreu un refuge pour tous les Juifs du monde.

En 2003, Ehud Manor reprit sa plume. Vingt ans après la première guerre du Liban, il ajouta de nouvelles paroles : « Les années passent, les années cueillent/Et nous n’avons toujours pas trouvé de réconfort/Les générations viennent et s’en vont, la joue humide/Pleure une larme salée/Comme un appel : À la maison, à la maison, il est temps de rentrer/Du bout des routes, d’un combat entre frères/Vers ce même lieu dans nos cœurs/À la maison, à la maison, la lumière ne s’est pas éteinte/Vers des rêves sans murs/Vers une nuit sans douleur/Jusqu’à l’aube, je prie pour ton bien/Ma patrie, garde, garde/Les fragments d’un rêve israélien. »

En janvier dernier, l’ancien ministre Yossi Beilin a lancé une idée audacieuse : faire de Habayta le nouvel hymne national, à la place de Hatikvah, qui signifie « L’Espoir » en hébreu. Dans ce chant du retour, il voyait le symbole d’un Israël uni par un même combat : celui du retour des otages et, au-delà, celui d’un pays tout entier retrouvant, pas à pas, le chemin de la maison.

Au-delà des chants, des prières, des larmes, en ses jours de joies mêlés de tristesse nous finissons par avoir la certitude qu’il y a bien là-haut  et ici-bas une écoute, une attention, une veille de tous les instants sur le peuple d’Israël, sa terre, sa maison, son lieu de naissance et d’espérance.

Les otages, tous, quels qu’ils soient ont fait l’expérience de cette présence. Même si la barbarie humaine cherche à effacer Dieu, et les hommes porteurs de Son image cette barbarie est toujours et irrémédiablement vouée à l’échec, alors qu’Israël poursuit son chemin celui de l’éternité. Toutes les victoires miraculeuses d’Israël sont là pour nous rappeler à Qui nous devons notre survie, et pourquoi il ne faut en aucun cas transiger sur notre fidélité envers notre Protecteur. Tout abandon, vaudra son abandon, toute fidélité vaudra sa fidélité.

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3 Commentaires
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Catherine Stora

Nos prières ont été exaucées, corrigez s’il vous plaît c’est horrible ce titre avec deux fautes dans le même mot !!!

Asher Cohen

Merci à Jforum pour cet article et cette vidéo émouvante.

Je veux simplement souligner qu’Habayitah est un concept sioniste par excellence, bien plus ancien qu’Ehud Major ou Yardena Arazi. En 1947, la Juive yéménite Shoshana Damari chantait Habayitah devant les Juifs internés à Chypre, par les anglais. Elle était filmée à l’époque, et il serait intéressant d’en mettre la vidéo en parallèle avec l’actuelle Habayitah pour montrer combien le sionisme persiste quelle que soit la génération.

Évelyne Méron

Exhaussée ? ! Bravo !
Heureusement que c’est corrigé dans le corps du texte !