Peut-on critiquer Israël sans être juif ? L’affaire Fabian Wolff rouvre le débat en Allemagne
Cet enseignant et journaliste a longtemps été considéré comme l’un des grands critiques de l’État hébreu outre-Rhin. Jusqu’à ce qu’il reconnaisse qu’il n’était lui-même pas d’ascendance juive, contrairement à ce qu’il avait toujours assuré. Cette “fraude à l’identité” a provoqué de nombreuses réactions dans la presse allemande.
Ces derniers jours, un terme est repris par de nombreux journaux allemands pour décrire Fabian Wolff : celui de Kostümjude, ou “faux Juif” en français.
Connu pour ses positions critiques vis-à-vis d’Israël et d’organisations communautaires liées au judaïsme, cet enseignant et journaliste est critiqué depuis qu’il a avoué, dans les pages de Die Zeit, qu’il n’était pas d’origine juive – contrairement à ce qu’il a toujours affirmé.
Lorsqu’il était enfant, sa mère, une communiste est-allemande morte en 2017, aurait laissé entendre au détour d’une conversation que sa grand-mère avait fui les persécutions de l’Allemagne nazie en raison de ses ascendances juives orthodoxes. “Tout à coup, tout semblait logique, se souvient-il. Je savais tout simplement ce que c’était qu’être juif.”
Il n’aurait découvert la vérité que récemment, après avoir fait des recherches approfondies. Mais, pour lui, “no lies were told, comme disent les jeunes aujourd’hui”. Selon lui, il n’y aurait pas eu de mensonge, car il n’était lui-même pas conscient qu’il n’était pas juif.
“Se placer du côté des victimes”
Outre-Rhin, cette “fraude à l’identité”, comme l’appelle la Berliner Zeitung, a déclenché des réactions révélatrices des “divers conflits identitaires” qui traversent la société allemande.
Au-delà des doutes sur la sincérité de Fabian Wolff, les critiques portent sur la position adoptée par ce dernier dans les médias. Le titre berlinois cite l’historien Michael Wolffsohn, pour qui “Wolff a utilisé la judéité pour avoir ses entrées dans les cercles de gauche et progressistes qui dénoncent les Juifs et Israël”.
Dans ses déclarations publiques, le journaliste a toujours affiché une “supériorité intellectuelle et morale par rapport aux ‘Allemands’”, renchérit la Süddeutsche Zeitung. Le journal de gauche, qui a dépublié de son site tous les textes de Wolff, rappelle que ce dernier avait écrit en 2021 que “la parole juive sur les thèmes juifs possède une autre pertinence que ce que les Allemands pensent ou aimeraient entendre”. Un comble.
“Mais qu’est-ce qui peut inciter un intellectuel allemand à s’imaginer qu’il est juif ?” se demande quant à elle la Judische Allgemeine. Proche du Conseil central des Juifs d’Allemagne, l’hebdomadaire y voit une manière de se décharger du poids de l’histoire :
“Bien entendu, il est plus agréable de ne pas devoir gérer le fait que son propre peuple a permis le génocide de 6 millions de Juifs. Il est plus facile de se placer du côté des victimes.”
Die Welt semble plus indulgente. À ses yeux, les mésaventures de Fabian Wolff mettent surtout en lumière sa judéophilie et “son besoin d’appartenance” à une communauté. “Il portait la kippa lors des réunions juives – comme on le voit sur une vieille photo ; et il parsemait sa prose d’expressions familières de la liturgie hébraïque et du quotidien yiddish qui sont aujourd’hui menacées d’extinction.” Pour le journal conservateur, “la lecture des justifications de Wolff ne suscite pas réellement de la colère ou de la moquerie, plutôt de la commisération”.
Perte de crédibilité
Regardons au-delà de ses motivations personnelles et se pencher davantage sur son engagement politique, analyse Die Tageszeitung. “Wolff était devenu la voix de la dénonciation de l’État d’Israël, rappelle l’hebdomadaire orienté à gauche. Il représentait le porte-parole parfait, pour un certain public de gauche”. Car “quand c’est un Juif qui écrit [sévèrement sur l’État hébreu] dans le journal, c’est quand même plus légitime”.
En faisant de lui le représentant de toute une communauté, estime le titre berlinois, les médias ont néanmoins fait abstraction des idées du reste de la population juive d’Allemagne.
Désormais, souligne de son côté la philosophe américaine Susan Neiman dans une interview au média RBB, le phénomène inverse est à l’œuvre. Ce sont les positions de Fabian Wolff qui s’exposent au discrédit. Elle-même juive, la directrice du Forum Einstein de Potsdam considère que “l’attention que Wolff a provoquée avec ses aveux décrédibilise toute critique à l’égard d’Israël” dans un pays connu pour son alignement avec l’État hébreu.
La Frankfurter Allgemeine Zeitung y voit “un avertissement utile à tous”. Aux yeux du journal conservateur, les “caricatures du dogme identitaire autour de l’origine, de la couleur de la peau ou de la religion d’une personne” ne devraient pas donner “un droit particulier à s’exprimer publiquement”.
Sans aller jusque-là, la Tageszeitung estime qu’il est crucial de “s’interroger sur la structure et la dégradation des débats autour de la vie juive et de l’antisémitisme [en Allemagne], mais aussi sur la culture du souvenir et sur Israël”. Pour le quotidien, cela inclut “la façon d’en parler et de les critiquer”.
Carolin Lohrenz
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Technique mise au point par le « rabbin » Borreman, qui figurait sur les affiches de la liste du Parti Antisioniste aus Européennes après avoir fait un stage de 6 mois chez les Naturei Karta, ou par la rouge-brun Ginette Hess-Skandrani: se faire passer pour juif permet d’assurer ses arrières. Ce qui vaut pour Brauman, Warschawski &co