Pour le retour des œuvres d’art spoliées vers leur foyer national juif
Par le Dr. Michael A. CALVO*
Selon la Résolution 1205 du Conseil de l’Europe sur les biens culturels des Juifs spoliés du 5 novembre 1999, “l’un des éléments essentiels du plan nazi visant à exterminer les Juifs était la destruction du patrimoine culturel juif, des biens meubles et immeubles, créés, réunis ou possédés par des Juifs en Europe.”
Selon le Principe IX de la Conférence de Washington applicables aux œuvres d’art confisquées par les nazis “Si l’on ne peut identifier ni les personnes qui, avant-guerre, possédaient des œuvres d’art ayant été reconnues confisquées par les nazis, ni leurs ayants droit, il conviendrait de prendre des mesures dans les meilleurs délais pour parvenir à une solution juste et équitable.”
Le 26 novembre 2018, une conférence à Berlin, intitulée “Les vingt ans des Principes de Washington : “Feuille de route pour l’avenir”, marquera le 20 ème anniversaire des Principes de la Conférence de Washington sur les biens confisqués par le régime nazi d’Allemagne, avant et pendant la Seconde Guerre Mondiale. Parmi les nombreux principes adoptés, on peut lire : “Les œuvres d’art qui ont été confisquées par les nazis et n’ont pas fait l’objet d’une restitution ultérieure devraient être recensées.”
Jusqu’à ce jour, quatre musées fédéraux allemands et institutions locales n’ont pas fourni d’information complète, concernant leurs collections d’œuvres d’art pillées. Peut-on rétablir une feuille de route 20 ans après? Ou poursuivent-ils le plan nazi visant à déposséder le peuple juif?
2018 marque aussi le quatrième anniversaire de l’instauration du Comité Intergouvernemental de l’UNESCO pour la Promotion du Retour de la propriété Culturelle vers les pays d’origine ou de sa restitution en cas d’Appropriation illicite.
Déjà en 1978, le directeur général de l’UNESCO, Mr. Amadou Mahtar M’Bow, a reconnu “que les vicissitudes de l’histoire ont dérobé à beaucoup de gens une part inestimable de l’héritage grâce auquel la persistance de leur identité trouve son incarnation… Tout ce qui a été emporté… rend témoignage d’une histoire, l’histoire d’une culture et d’une nation dont ils perpétuent et renouvellent l’esprit… Le retour d’une oeuvre d’art ou d’archives vers le pays qui les a créés rend à un peuple la possibilité de recouvrer une partie de sa mémoire et de son identité”. Pour les Juifs, les objets d’art pillés sont le témoignage de deux mille ans d’errance en tant qu’exilés de pays en pays et de la persécution religieuse et non-religieuse dont ils ont été la cible.
Le retour des Juifs à leur patrie juive n’est pas suffisant en matière d’identité, d’histoire et de culture, en une période où les Arabes de Judée-Samarie, les 1,9 milliard de Musulmans, l’Union Européenne et certains Etats Européens participent à la délégitimation, à la diabolisation et à la déshumanisation d’Israël et des Juifs, dans le but de préparer le monde à accepter la destruction du seul et unique Etat Juif. Il est temps de réagir avec force contre de tels efforts (d’anéantissement).
Selon l’UNESCO, tout Etat a le droit d’accéder aux œuvres qui font partie de sa mémoire et qui lui permettront de continuer à construire son identité.
Le regretté Dr Meir Rosenne, Ambassadeur Israélien en France et aux USA, qui était le conseiller juridique en chef du Ministère israélien des Affaires étrangères, a suggéré, quelques années avant sa mort, que l’Etat Juif a le devoir et le droit légal de demander le retour vers son foyer national des objets culturels qui ont été volés aux Juifs au cours de la Seconde Guerre Mondiale, mais aussi tout au long des siècles (livres originaux, manuscrits, objets sacrés, objets culturels et d’autres “objets d’art”). Ils sont dans les sous-sols, bibliothèques et musées tout autour du monde, comme ceux détenus par l’Eglise catholique et le Musée Juif de Prague, où les Nazis ont d’abord stocké des matériaux et des objets pris aux communautés juives détruites de Bohème et de Moravie.
Pour citer certains exemples, dans les années 1980, l’Allemagne a renvoyé en Turquie, 7.000 tablettes cunéiformes Bogazkoy ( capitale es Hittites) et l’Italie a renvoyé en Equateur 12.000 artefacts Pré-Colombiens en or massif. Les USA ont renvoyé en Thaïlande le linteau de Phra Narai. Le Pape Paul VI a initié en 1964 un processus de retour des reliques à l’église orthodoxe arménienne. En 2000, Jean-Paul II a renvoyé les reliques de Saint Grégoire Ier l’Illuminateur d’Erevan à l’Eglise Orthodoxe arménienne. En 2004, les reliques de Saint Grégoire le Théologien et de Saint Jean Chrysostome ont été restituées au Patriarche Bartolomé Ier de Constantinople.
Le Vatican n’a, quant à lui, toujours pas restitué à l’Etat Juif ce qui appartient au peuple juif, dont tous les nombreux livres, manuscrits, Sefer Thora (les cinq livres de Moïse), les Talmuds et un candélabre du Temple donné au pape Innocent III par Baudoin Ier, après la destruction de Constantinople et le massacre de la population Orthodoxe chrétienne.
Au cours de la Seconde Guerre Mondiale, la France et d’autres états européens ont collaboré avec les Nazis, ont pris des mesures discriminatoires contre les Juifs et leurs propriétés. La loi française du 22 juillet 1941, tendait à éliminer “toute influence juive dans l’économie nationale”. Il s’en est suivi la confiscation de toutes les propriétés des Juifs en France. Au cours de la guerre, plus de 60.000 objets ont été volés, soit par le gouvernement français, soit par les Nazis. La France a restitué 45.000 objets à leurs propriétaires ou à leurs héritiers après la guerre, 13.000 ont été revendus à l’administration française, qui s’est approprié les biens, 2.000 objets de grande valeur sont encore dans les Musées français.
Selon le Principe IX des Principes de la Conférence de Washington sur les Œuvres d’art confisquées par les Nazis, si les propriétaires d’avant-guerre des œuvres d’art découvertes comme ayant été confisquées par les Nazis, ou leurs héritiers ne peuvent être identifiés, des mesures doivent être prises rapidement pour “aboutir à une solution juste et équitable”.
Tous les pays européens comme l’Allemagne, les Pays-Bas, la République Tchèque et le Vatican accumulent encore de vastes collections d’œuvres d’art pillées. Il n’y a aucune raison valable que ces Etats, leurs musées et institutions continuent de conserver ces biens, à moins qu’ils ne veuillent poursuivre la mise en oeuvre du plan nazi?
Selon le Conseil de l’Europe : la Résolution 1205 sur les propriétés culturelles juives pillées, a déclaré le 5 novembre 1999, que : “L’expropriation et la nationalisation ultérieure des biens culturels juifs, qu’ils aient été pillés ou non par les régimes communistes, est illégale, tout comme l’ont été les actions dans les pays occupés par l’Union Soviétique”. Le Conseil de l’Europe pourrait très bien dire aujourd’hui, que ces Etats profitent/dissimulent/recèlent des biens volés par les Nazis et que c’est illégal.
Est-il équitable et juste que la France, l’Allemagne, les Pays-Bas et d’autres Etats s’enrichissent ainsi que leurs musées et institutions, grâce à des mesures discriminatoires qu’ils ont adoptées ou qui étaient alors adoptées contre les Juifs ensuite assassinés par les Nazis et leurs complices? La réponse est évidemment non!
Qu’est-ce qui constituerait une solution juste et équitable, comme mentionné lors de la Conférence de Washington? Ces objets sont le témoignage de l’histoire de ces Juifs au cours des années de leur persécution. En l’absence d’héritiers, ils doivent être restitués au seul endroit au monde auxquels ils appartiennent, à savoir le foyer juif, où plus de la moitié de tous les Juifs vivent aujourd’hui, de façon à ce qu’ils y soient rassemblés en une exposition permanente
En matière de légitimité, la création à Jérusalem d’un Musée des Trésors dont le Peuple Juif a été spolié devrait constituer la “Feuille de Route pour l’Avenir”, pour permettre aux visiteurs d’apprendre et de comprendre, en même tempst, pourquoi ces trésors ont été dérobés par nos ennemis, au cours de l’histoire.
Ce ne sera pas facile. Dans tous les dossiers cités ci-dessus, “la diplomatie sera l’art de traiter avec les voleurs” (Herzl) ou plus précisément, avec les enfants et les petits-enfants des pillards.

Par le Dr. Michael A. CALVO
*Le rédacteur est né Tunis, en Tunisie, a étudié le Droit à Paris et New York. Il est Docteur en Droit des organisations internationales et des relations économiques internationales de la Sorbonne, expert en droit international et il a été membre de la Cour Internationale d’Arbitrage à la CPI pour y representer Israël. Il est l’auteur du livre, “The Middle East and World War III – Why no Peace?” Preface by Colonel Richard Kemp – CBE. www.themiddleeastandworldwar3.com
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