Le «discours d’Erdogan sur Khashoggi» est destiné à renforcer ses références musulmanes (et sa lire turque)
Le président turc, Tayyip Erdogan, a dissimulé la « vérité nue » promise, concernant le rôle de l’Arabie saoudite, dans le meurtre de Jamal Khashoggi devant l’ambassade d’Arabie saoudite à Istanbul le 2 octobre, lors de son discours devant le Parlement le mardi 23 octobre. Il n’a produit aucune des preuves audio ou vidéo du crime, que les autorités turques ont affirmé posséder, pendant des semaines de diffusion de fuites sensationnelles à l’intention des médias mondiaux. Ses références au roi saoudien Salman sont restées déférentes : «Sa négation d’avoir eu connaissance préalable du crime est sincère.» Et il n’a fait aucune mention du prince héritier assailli par les critiques, Mohammed bin Salman.
Le président turc a noté que les 18 personnes arrêtées à Riyad étaient celles désignées par la Turquie comme des assassins, affirmant qu’elles devraient être jugées à Istanbul. Il a également fait référence à une équipe de trois personnes, sans les identifier, qui est arrivée à Riyad la veille de la disparition de Khashoggi et qui a exploré une forêt près d’Istanbul. Cela suggérait que les Saoudiens avaient préparé une cachette pour les restes du journaliste assassiné et savaient donc où se trouvait le corps. Erdogan a appelé à une enquête indépendante sur l’affaire, affirmant: « C’était un meurtre politique! »
Les analystes de DEBKAfile tirent certaines conclusions de la modération des accusations du président turc. La première est que lui et la maison royale saoudienne sont parvenus à un accord pour désamorcer l’affaire, à laquelle le président Donald Trump est partie prenante. À l’inverse, Erdogan lui-même n’avait pas suffisamment de preuves pour appuyer ses accusations. Il est également possible qu’il ait appris de sa propre expérience, en matière de disparition des opposants politiques, qu’il s’agisse de l’armée, de la police ou des services de renseignement turcs, doublée du fait que retenir des informations accroît son pouvoir de négociation.
Il a déjà profité de l’indignation internationale sur l’assassinat du journaliste saoudien pour obtenir de grands avantages personnels et peut se permettre de laisser l’affaire mourir d’elle-même.
En quinze ans à la tête du gouvernement turc (onze comme Premier ministre et quatre comme président), il ne s’est jamais senti aussi fort ni aussi proche de réaliser ses ambitions impériales. Dans les semaines qui ont suivi l’épisode de Khashoggi, il a fait re-basculer sa chance, du fond des abîmes au sommet des affaires mondiales. Auparavant, il était aux prises avec une monnaie en train de couler, une lutte acharnée contre d’autres dirigeants musulmans, à l’exception du Qatar, pour son soutien aux Frères musulmans, un pied hors de l’OTAN et près d’un demi-million de Turcs privés de leurs moyens de subsistance, à cause de ses purges après le coup d’état de juillet 2016, qui l’a presque renversé.
Après l’éclatement de l’affaire Khashoggi, Erdogan est courtisé par les dirigeants mondiaux, que ce soit à Washington ou à Riyad, malgré l’hostilité, et il nourrit de grands espoirs d’atteindre des objectifs qu’il était autrefois hors de sa portée :
- Stabiliser la livre turque avec l’aide financière des États-Unis et de l’Arabie saoudite. Riyad pourrait débourser des sommes généreuses pour mettre fin à l’affaire Khashoggi, hors des grands titres et de l’agenda internationaux.
- Traitée comme un paria par les nations musulmanes traditionnelles telles que l’Égypte, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, la Turquie d’Erdogan pourrait être reconnue comme une alliée.
- Sa position dans le monde musulman sera beaucoup améliorée, une de ses ambitions les plus convoitées.
- Cette amélioration ouvrira la voie à sa nomination en tant que médiateur dans la querelle saoudo-émiratie (UAE) avec le Qatar.
- Erdogan s’implique davantage dans la détermination de l’avenir de la Syrie après la guerre.
- Son influence est sérieusement renforcée dans ses relations avec Moscou et Téhéran.
- Il a ouvert la porte à des alliances avec des partis hostiles à Israël, gagnant ainsi de l’influence sur l’État juif.
Adaptation : Marc Brzustowski
Erdogan , Affaire Khashoggi , King Salman , Arabie Saoudite
Erdogan’s “Khashoggi speech” is meant to boost his Muslim credentials (and Turkish lira)
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