Qu’est-ce qu’un réserviste de l’armée ?

Jeunes réservistes de la gendarmerie nationale.

FOCUS/INFOGRAPHIE – Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a appelé samedi soir «tous les Français patriotes qui le souhaitent» à rejoindre la réserve opérationnelle de la police et de la gendarmerie. Conditions d’engagement, missions, rémunérations : Le Figaro fait le point sur ce statut particulier dans l’armée française.

• Qu’est-ce que la réserve?

Historiquement, la réserve naît en 1872 sous la Troisième République. A l’époque, tous les citoyens sont soumis à un service militaire. La conscription est élargie en cas de guerre. Après la suppression du service militaire en 1997, la réserve a été modifiée, allant elle aussi dans le sens d’une plus grande professionnalisation des armées.

Les réservistes sont des soldats d’appoint, qui viennent renforcer les armées, 25 jours par an en moyenne et sur la base du volontariat, remplissant les mêmes missions que les militaires d’active avec le même statut. Soldats, sous-officiers ou officiers, ils effectuent des manœuvres, participent à la surveillance du territoire ou renforcent les états-majors. Ils peuvent aussi apporter des expertises techniques rares (communications, connaissance de langues étrangères, spécialiste logistique). Un petit nombre d’entre eux (environ 300) sont envoyés chaque année sur les théâtres d’opérations extérieures, notamment dans le service de santé des armées ou le renseignement. L’objectif de cette réserve est de renforcer les effectifs lorsque l’armée se trouve dans des pics d’activité, dus par exemple, comme c’est le cas actuellement, à de nombreuses opérations extérieures.

Outre cette réserve dite «opérationnelle», environ 3800 volontaires apportent bénévolement leurs compétences, notamment techniques, à l’armée dans le cadre de la «réserve citoyenne». Occupant souvent des emplois à responsabilité, ils contribuent aussi au «rayonnement des armées et à la promotion de l’esprit de défense» dans la société civile. Leur moyenne d’âge est élevée: plus de 50 ans. Ils ne portent pas l’uniforme, n’accomplissent pas d’activités militaires mais un grade leur est attribué à titre honorifique.

• Qui peut devenir réserviste?

Pour devenir réserviste, il faut avoir au moins 17 ans – 35 ans maximum dans l’Armée de terre, 30 dans l’Armée de l’air -, être de nationalité française, et posséder les aptitudes physiques requises, selon le site du ministère de la Défense. Le réserviste signe un contrat d’une durée d’un à cinq ans, et bénéficie d’une rémunération pour ces périodes, souvent prises sur son temps de vacances. Pour un soldat de réserve, la rémunération est de 54 euros net par jour de service. Celle-ci évolue avec le grade et l’ancienneté.

À condition d’avoir déposé un préavis d’un mois, un salarié peut s’absenter cinq jours ouvrés par an de son poste de travail pour des activités dans la réserve, sans que son employeur puisse refuser. Au-delà, il doit être autorisé par ce dernier. En 2014, 35 % des réservistes ont effectué plus de 20 jours dans la réserve. Près de 20 % n’en ont effectué aucun faute de disponibilité professionnelle ou en raison de restructuration dans les armées. En 2014, selon le rapport du ministère de la Défense sur la réserve, un tiers des réservistes étaient d’anciens militaires d’active. 40 % d’entre eux étaient issus directement de la société civile.

• Quelle formation reçoivent les réservistes?

Les réservistes ne se contentent pas de rester l’arme au pied en attendant qu’on les appelle. Ils sont régulièrement formés pour intégrer une armée de plus en plus professionnalisée.

La formation militaire initiale du réserviste (FMIR) se déroule sur 13 jours dans les régiments, dont 5 jours consécutifs, le plus souvent durant les vacances scolaires Lors de ce stage, il apprend les règles de fonctionnement de l’armée, à faire de l’ordre serré, de la transmission, de la marche au pas, à manier le FAMAS, à prodiguer les premiers gestes de secourisme. Au cours de ces quelques jours, le citoyen vit comme un «vrai» militaire. À l’issue de cette formation, une épreuve est organisée par les chefs de groupe pour évaluer chacun des élèves. En cas d’échec, le candidat se voit refuser le diplôme de réserviste. En revanche, s’il réussit toutes les épreuves, un diplôme et un béret lui sont remis avec l’insigne de son arme (artillerie-or ou train-argent). Il devient donc soldat du rang. Le réserviste peut ensuite bénéficier d’une formation continue, lors de périodes militaires d’initiation ou de perfectionnement à la défense nationale.

• Combien y-a-t-il de réservistes?

L’armée comptait 28.000 réservistes fin 2014, loin de l’objectif de 40.000 fixé par la Défense, faute de moyens financiers et de besoins militaires clairement exprimés, selon un rapport des députés Joaquim Pueyo (PS) et Marianne Dubois (Les Républicains) publié en décembre. Le président François Hollande entend désormais remplir cet objectif afin d’accroître les moyens en hommes pour la défense du territoire national et d’alléger la charge des soldats d’active dans ce domaine. «L’objectif, c’est de déployer mille réservistes en permanence, pour la protection de nos concitoyens», a-t-il dit jeudi lors de ses vœux aux armées. Depuis les attentats de novembre, 10.000 militaires sont déployés en permanence sur le territoire national dans le cadre de l’opération Sentinelle. L’armée, très engagée également dans les opérations extérieures, peine à maintenir un tel niveau de mobilisation.

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Combattre le terrorisme ou se forger l’esprit de résistance

Le changement de mentalité qu’il nous faut opérer

Des drapeaux en berne sur la Promenade des Anglais (Photo : SIPA.AP21922955_000038)

L’attentat de Nice confirme que nous devons nous habituer à vivre dans ce que les spécialistes de la gestion de crise appellent une situation dégradée. C’est-à-dire un environnement global marqué par la conflictualité, l’incertitude et l’instabilité sur une période de moyen/long terme. Il n’existe pas de recette miracle pour anticiper ce type d’actes barbares. On peut sans doute améliorer nos capacités d’analyse, mieux cerner les processus de radicalisation. Il importe toutefois de saisir qu’il faut impérativement apprendre à vivre dans des sociétés vulnérables. Retrouver le sens du tragique n’a certes rien d’agréable, mais c’est une nécessité pour transcender l’épreuve et vaincre au finish les criminels qui tentent aujourd’hui de nous déstabiliser (en utilisant en priorité toutes les ressources de la société médiatique, tant il est vrai que le terrorisme se définit en partie comme une guerre de l’information spécialement vicieuse).

Briser nos schémas mentaux,
penser le terrorisme à l’heure du réseau

Le plus complexe à intégrer opérationnellement et conceptuellement, afin de combattre efficacement le phénomène djihadiste, consiste à assimiler l’idée que Daech fournit une source d’inspiration pour les terroristes, et non forcément un commanditaire direct, une cellule dormante ou des moyens logistiques. Elle repose sur une machinerie propagandiste visant à déclencher le passage à l’acte chez les individus les plus instables ou les plus fanatisés, sans savoir précisément qui réagira aux stimuli constitués par les différents messages fleurissant dans des vidéos, des revues ou des prêches enflammés. Mathieu Guidère a dit l’essentiel sur ce sujet1 : « La disponibilité accrue de technologies sophistiquées mais bon marché et simples d’utilisation a rendu le partage d’informations et de séquences vidéo plus facile, plus rapide et plus ouvert. Ces technologies permettent l’enregistrement vidéo de séquences par les détenteurs de caméras numériques et de téléphones mobiles […]. Le phénomène a connu un essor fulgurant à partir de la guerre en Irak de 2003, sur le modèle des groupes de l’insurrection irakienne et, en particulier, de la branche irakienne d’Al-Qaïda en Mésopotamie (Irak). Son dirigeant de l’époque, le jordanien Abou Moussab Al-Zarqawi, tué dans un raid américain en juin 2006, avait réalisé le film de ses exploits dans le désert irakien entouré de ses principaux lieutenants. Depuis, cette vidéo est devenue “culte” parmi les djihadistes, faisant partie des modèles du genre en termes de propagande et d’effet. »

Or, il n’est guère facile de briser nos schémas mentaux, de penser le terrorisme à l’heure du réseau, sur un mode décentralisé. Cependant, la base intellectuelle pour réaliser un diagnostic correct de la violence djihadiste réside dans la pulvérisation de notre raisonnement traditionnel qui exige, lui, de lire l’ennemi à travers une pyramide hiérarchique bureaucratisée. La « révolution du nihilisme » islamiste passe par la fragmentation de l’action hostile. Nous faisons face à une multitude d’acteurs malveillants susceptibles de choisir un objectif et d’exécuter de manière relativement autonome une opération allant du massacre de masse à l’assassinat ciblé.

Quelles sont donc les urgences ? Accentuer la pression sur l’Etat islamique en Syrie, car il importe de venir à bout du centre conjoncturel névralgique de l’influence idéologique et culturelle du djihadisme salafiste. On ne viendra certainement pas à bout de Daech en se limitant à des raids aériens.

Faire de la défense de la République
et du territoire national l’affaire de tous

Il s’agit ensuite de défendre les piliers intellectuels, culturels et sociaux qui soutiennent l’édifice démocratique, libéral et laïc que nous appelons le régime républicain. Ce qui impose par exemple de ne pas accepter qu’il puisse exister des « territoires perdus », où l’Etat de droit ne s’applique déjà plus, et de s’opposer énergiquement à tout communautarisme fragilisant la cohésion nationale. Enfin, nous avons à fortifier l’aptitude à la résilience, car c’est bien de cela dont nous avons sans doute le plus besoin.

A cet égard, l’idée de faire appel à la réserve opérationnelle (gendarmerie, Armée de terre, Armée de l’air et Marine) se révèle tout à fait pertinente. Non seulement parce qu’elle permettrait à terme de soulager une partie des tensions sur les effectifs des forces publiques ; mais aussi parce qu’elle symbolise la « nation en armes ». Certes, ce vocabulaire est passé de mode ; il signifie pourtant quelque chose d’essentiel : il souligne l’implication des citoyens dans leur propre défense. Il rappelle que dans une république démocratique, chacun doit bénéficier d’une culture élémentaire de sécurité nationale et participer d’une manière ou d’une autre à la préservation des valeurs et du patrimoine matériel et moral dont il bénéficie.

Les services de renseignement et de sécurité ne peuvent rien contre la radicalisation. Leur rôle est d’en prévenir si possible les effets criminels et de savoir débusquer et stopper les auteurs d’actes terroristes. En revanche, enrayer la dynamique fondamentaliste à la racine du djihadisme salafiste planétaire est un combat politique dont nous n’avons toujours pas élaboré la stratégie.

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Eric Delbecque

Eric Delbecque
Directeur du département intelligence stratégique de SAFARIS, auteur de Idéologie sécuritaire et société de surveillance (Vuibert). Son site : www.intelligences-croisees.com

Publié le 17 juillet 2016 / Politique Société

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2 Commentaires
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jacqueline arragon

In ne faut pas se leurrer !!!

jacqueline arragon

Les djihadistes vont également s’infiltrer parmi ces volontaires, il ne faut se leurrer. Malheureusement, j’ai bien peur qu’on en soit à une situation de non retour !