Pope Pius XII appears behind microphones during a radio broadcast from the Vatican in Nov. 1947. The Pope commended the American people for their eifforts to save food for war-torn Europe. (AP Photo/Luigi Felici)

Consterné par les excuses continues apportées au pape Pie XII, l’historien David Kertzer révèle ce qu’il a découvert de la position du Vatican sur le génocide juif.

Le pape Pie XII, loin d’être « neutre » pendant la Shoah, dit un lauréat du Pulitzer

Quand, en 1943, 1 260 Juifs italiens ont été rassemblés par les nazis à portée de voix de la Cité du Vatican à Rome, le pape Pie XII n’a pas levé le petit doigt pour protester.

Le pape était pourtant bien informé du sort probable des Juifs italiens qui avaient été regroupés dans la cour d’un collège militaire depuis deux jours. Selon l’historien et lauréat du prix Pulitzer, David Kertzer, Pie XII avait, depuis l’automne 1942, reçu des informations détaillées sur le génocide de la communauté juive européenne.

Si le pape n’avait pas protesté contre la déportation des Juifs italiens, ses demandes concernant les Juifs convertis au catholicisme avaient été entendues par les Allemands, installés à moins de 800 mètres des murs du Vatican. Lors de la « rafle » de Rome, le 16 octobre 1943, 250 « catholiques non aryens » avaient été extraits de la cour avant que les autres ne soient déportés vers les chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau.

« Je m’étonne que, de tout ce qui a été écrit sur l’action du Vatican et du pape pour sauver les Juifs, si peu aient noté que cette action concernait surtout des catholiques qui étaient soit des convertis issus du judaïsme, soit des enfants de Juifs », a déclaré cette semaine au Times of Israel Kertzer, auteur de Le pape en guerre : l’histoire secrète de Pie XII, Mussolini et Hitler.

Pendant des décennies, Kertzer s’est plongé dans les archives, notamment italiennes, pour reconstituer l’activité du Vatican pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans un livre récompensé paru en 2014, Le pape et Mussolini, Kertzer décrivait de quelle manière le fascisme italien et le Vatican s’étaient mutuellement renforcés dans l’entre-deux-guerres.

Pour Le pape en guerre, Kertzer a eu accès à des documents inédits descellés par le pape François II il y a deux ans. Les sources primaires indiquent sans ambiguïté que, bien que Pie XII ait été « mécontent de l’assassinat en cours des Juifs d’Europe, il avait d’autres priorités », a assuré Kertzer.

Arrestation massive de Juifs à Rome, le 16 octobre 1943 (Crédit : Domaine public)

 

« Les archives du Vatican récemment ouvertes concernant toutes ces années montrent très clairement l’objectif que le Vatican avait et qui était celui de venir en aide aux catholiques traités comme des Juifs par les fascistes ou les nazis », a expliqué Kertzer au Times of Israel.

Selon Kertzer, le Vatican peut faire plus qu’ouvrir ses archives, même les plus sensibles – les « dossiers personnels » sont toujours interdits aux historiens.

« Alors que l’Église catholique romaine a, dans d’autres pays, dont la France et l’Allemagne, reconnu sa responsabilité dans la diabolisation des Juifs, sur laquelle la Shoah a fait son lit – et, dans le cas de l’Allemagne, dans le soutien à la guerre – ni le Vatican ni l’Église en Italie n’ont reconnu leur part de responsabilité », a déclaré Kertzer, maintenant âgé de 74 ans.

Le pape Pie XII dans la Cité du Vatican. (Crédit : Domaine public)

« Le Vatican, en particulier, n’a jamais reconnu le rôle que la hiérarchie de l’Église italienne avait joué pour convaincre les Italiens qu’il était de leur devoir, en tant que bons catholiques, de prendre part à la guerre de l’Axe », a déclaré Kertzer, auteur de nombreux livres et essais sur l’histoire italienne.

« L’Italie n’a pas davantage été capable de se confronter à son passé fasciste, à tel point que les propos des Italiens d’aujourd’hui laissent à penser que l’Italie faisait partie des Alliés pendant la guerre, et non de l’Axe avec Hitler », a indiqué l’historien.

« Je suis étonné des apologistes »

L’ouvrage « Le Pape en guerre ». (Crédit : Autorisation)

Le pape en guerre ne contient pas une seule « preuve irréfutable » concernant la position du pape sur la Shoah. Cependant, a déclaré Kertzer, plusieurs documents découverts depuis 2020 brossent un tableau plus clair pour les historiens des facteurs à l’origine de la position du pape sur le massacre systématique des Juifs d’Europe.

Des éléments d’archives révélés dans le livre assurent que le pape s’est secrètement entretenu avec Hitler, par l’intermédiaire d’un prince allemand, intime du dictateur. Une autre découverte faite au beau milieu de plusieurs milliers de documents publiés par le Vatican concerne le principal conseiller du pape sur les affaires juives, qui aurait exhorté le souverain pontife à ne pas protester contre l’ordre de Mussolini d’envoyer la plupart des Juifs d’Italie dans des camps de concentration.

« J’aimerais croire que les apologistes de Pie XII vont changer d’avis en lisant mon livre, en prenant connaissance des preuves historiques, mais j’ai bien peu d’espoir », a regretté Kertzer, ancien recteur de l’Université Brown. « En effet, je crains qu’ils ne soient pas très nombreux à me lire avant de m’attaquer », a-t-il précisé.

Pendant des décennies, les apologistes de Pie XII ont affirmé que le souverain pontife aurait fait plus de mal que de bien en dénonçant les nazis pour le massacre des Juifs. Après l’invasion de la Pologne par l’Allemagne, Pie XII avait été informé des génocides de Varsovie et de Lvov, mais il avait gardé le silence.

« J’ai du mal à comprendre en quoi le fait, pour le pape, de réprouver les exactions commises par les nazis à l’encontre des Juifs d’Europe aurait fait redoubler la colère d’Hitler contre les Juifs d’Europe – principale justification des apologistes », a déclaré Kertzer, fils de rabbin.

« Dans quel monde vivent de tels apologistes ? Dans un pays où Hitler n’était pas déterminé à débarrasser l’Europe de tous ses Juifs ? Ce qu’ils n’admettent pas, c’est à quel point les Allemands et les Italiens ont régulièrement utilisé la diffamation des Juifs, prônée par l’Eglise, pour justifier leurs propres campagnes anti-juives, et l’incapacité du pape à condamner cela », a assuré Kertzer.

L’historien David Kertzer. (Crédit : Autorisation)

Dans Le pape en guerre, Kertzer établit que l’antisémitisme n’était pas le trait de caractère dominant de Pie XII. Au contraire, a déclaré Kertzer, le souverain pontife en temps de guerre avait surtout à cœur de conserver le pouvoir de l’Église.

Pie XII craignait profondément le communisme, qu’il considérait comme une déchristianisation, a ajouté Kertzer. Croyant qu’il avait une mission personnelle pour vaincre le communisme, Pie XII avait préféré se concilier les bonnes grâces de Mussolini et d’Hitler.

La personnalité de Pie XII s’était révélée « déterminante » dans ce sens, écrivait Kertzer. Dans des milliers de rapports d’ambassadeurs, de lettres envoyées par Pie XII et d’autres documents, le souverain pontife aura constamment fait preuve de « prudence » en « défendant les prérogatives de l’Église et en limitant au maximum le risque de représailles », a déclaré Kertzer.

Quand il était devenu évident que l’Axe perdrait la guerre, Pie XII avait fait du Vatican une entité de rétablissement de la paix. Cependant, après la fin de la guerre, Pie XII avait refusé d’aider à localiser les orphelins disparus de la Shoah, dont la plupart auront grandi dans la religion catholique et ne seront jamais revenus au judaïsme.

Des hommes, des femmes et des soldats se rassemblent autour du pape Pie XII, les bras tendus, le 15 octobre 1943, lors de sa tournée d’inspection de Rome, en Italie, après un raid aérien américain du 13 août durant la Seconde Guerre mondiale. (Crédit : AP)

Les agissements de Pie XII pendant la guerre sont débattus depuis des décennies, mais le sujet est toujours considéré comme tabou dans de nombreuses églises américaines, a déclaré Kertzer.

« Bien qu’au cours des nombreuses années où j’ai pu aborder ces questions, j’ai été invité par un grand nombre de synagogues et d’organisations culturelles juives à parler de cette histoire, je ne me souviens pas d’avoir jamais été invité par une église ou une organisation culturelle catholique », a conclu Kertzer.

Par MATT LEBOVIC  fr.timesofisrael.com

Le pape Pie XII lors d’une émission de radio du Vatican en novembre 1947. Le Pape a félicité le peuple américain pour son soutien alimentaire à l’Europe ravagée par la guerre. (Crédit : AP Photo/Luigi Felici)

8 Commentaires

  1. J’ai lu tout à fait par hasard un petit livre sur Voltaire. A l’école des jésuites, il se faisait violer chaque jour pour la « gloire de Dieu » (maintenant c’est remplace pour la gloire d’Allah le grand !)

  2. J’ai commencé de lire, il y a quelques années, un livre sur le Vatican ! Ce ne sont que des orgies, viols, sodomie, et j’en passe. J’ai dû, écoeurée, abandonner la lecture de ce torchon.
    Voilà ce qu’il se passe quand les prêtres ne peuvent pas se marier !!!!! Les orthodoxes peuvent se marier, divorcer pour raisons valables. La pédophilie bat son plein chez les prêtres cathos…… et le reste. J’ai finalement passé ce livre à un ami qui voulait le lire… je n’en pouvais plus de lire ces cochonneries ! Le pape actuel n’a pas changé d’un iota et les prêtres ne peuvent toujours pas se marier ! On vit au Moyen-Age encore maintenant. J’ai abandonné la religion catho, ayant été baptisée sans mon accord (puisque bébé) car l’âme d’un nouveau né est « noire et doit être nettoyée »…Ensuite, les églises sont pleines de statues de tant de « saints ». C’est de l’idôlatrie, rien de plus et c’est une religion d’argent ! Avant tout !

  3. Le Pape, oui, mais les ricains ! Lisez donc « Le mythe de la bonne guerre – les Etats-Unis et la deuxième guerre mondiale » de Jacques R. Pauwels, fort documenté et estomaquant !
    Mes opinions religieuse n’ont pas grand chose à voir avec les conflits de classes et que voulait l’Establishment américain ? Sinon détruire physiquement son ennemi mondial : le communisme ! il a favorisé et utilisé Hitler à cette fin. Et c’est tout, c’est marxien.

  4. comment expliquer alors que Golda Meir ait tenu, devant l’ONU à remercier le pape Pie XII pour son action en faveur des juifs ; comment expliquer que le rabbin David Dalin ait consacré tout un ouvrage ( « Pie XII et les juifs » ) pour démontrer le rôle crucial de Pie XII et de l’église catholique dans le sauvetage d’au loin 800000 juifs européens; comment expliquer les remerciements de Moshe Sharett ou du rabbin italien Elio Toaff ainsi que de toute la communauté juive italienne au pape Pie XII ; ces attaques contre Pie XII , en fait ne tiennent pas la route car elles sont démenties par l’histoire et par les juifs eux mêmes

  5. les historiens ne parlent que de Pie XII, et de ses manquements durant la guerre.
    Quelqu’un a t’il seulement pensé à parler de Pie XI ?
    Personne, visiblement. Il a fallu l’édifiant ouvrage de Edmond Paris, « L’histoire secrète des jésuites » pour révéler des faits stupéfiants.
    « C’est ainsi que le « Mercure de France » du Ier mai 1938 rappelait en ces termes, la démons- tration qu’il avait faite quatre ans plus tôt :
    « Le Mercure de France du 15 janvier 1934 a montré — et personne ne l’a contredit — que c’était Pie XI qui « avait fait » Hitler, car ce dernier, si le Zentrum (parti catholique allemand) n’avait pas été influencé par le pape, n’aurait pu accéder au pouvoir, au moins par la voie lé- gale… Le Vatican juge-t-il avoir commis une erreur politique en ouvrant ainsi la voie du pou- voir à Hitler ? Il ne le semble, pas… »

    • c’est quand même Pie XI qui déclara le 6septembre 1938 (parlant des catholiques)  » spirituellement nous sommes des sémites » ( clairement une critique du nazisme) il a publié aussi une encyclique « mit brennender Sorge » critiquant le régime nazi et son antisémitisme ; il préparait, avant sa mort une encyclique encore plus virulente sur le nazisme, insistant sur l’unité du genre humain

      • ça, c’est le double discours digne des jésuites. Depuis leur création par Ignace de Loyola, ils n’ont eu de cesse d’influencer le vatican par des conseillers proches du pape, (aujourd’hui ils ne se cachent plus François étant lui-même jésuite) d’influencer également rois, reines et princes. n’oublions pas l’influence du confesseur de Louis XIV: le père Lachaise.
        les jésuites ont orienté le catholicisme vers ce qu’il est de nos jours, parfois au grand dam des catholiques séculaires. Même Jean XXIII « le bon pape Jean a été « forcé » de faire un discours en leur faveur! Je ne pouvais pas moi-même croire que les jésuites aient pu ainsi agir, jusqu’à ce que je tombe sur l’ouvrage de l’historien Edmond Paris, dont je vous conseille la lecture!
        bien à vous.

        • je ne suis évidemment pas d’accord avec votre attribution d’un « double discours » à Pie XI , car il a été clair et courageux dans une période de nazisme triomphant, réitérant des prises de position allant toutes dans le même sens

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