12 villes d’Iran s’insurgent (essence) : 15 morts

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A road is blocked by protestors after authorities raised gasoline prices, in Tehran, Iran, Saturday, Nov. 16, 2019. Protesters angered by Iran raising government-set gasoline prices by 50% blocked traffic in major cities and occasionally clashed with police Saturday after a night of demonstrations punctuated by gunfire. (Majid Khahi/ISNA via AP)

Les manifestations secouent les principales villes iraniennes à cause du prix de l’essence : au moins 15 morts

Des manifestations ont eu lieu dans plus d’une douzaine de villes à la suite de la décision prise vendredi matin par le président iranien Hassan Rouhani de réduire les subventions accordées pour l’essence et financer des aides aux pauvres de l’Iran. L’ayatollah Ali Khamenei accuse les opposants à la république islamique et ses ennemis étrangers de «sabotage». À Sirjan, à 500 km au sud de Téhéran, les manifestants crient: «Rouhani, honte à toi! Laisse le pays tranquille!

Les manifestants, mécontents de la hausse par l’Iran des prix de l’essence fixés à 50% par le gouvernement, ont bloqué la circulation dans les grandes villes et ont parfois affronté la police samedi après une nuit de manifestations ponctuées de coups de feu, lors de violences qui auraient tué au moins quinze personnes.

Les manifestations ont fait pression sur le gouvernement iranien alors que celui-ci dit lutter pour surmonter les sanctions américaines qui étranglent le pays, après que le président américain Donald Trump a, unilatéralement retiré l’Amérique de l’accord nucléaire conclu entre Téhéran et les puissances mondiales.

Le chef suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a soutenu dimanche la hausse des prix, accusant les opposants à la république islamique et des ennemis étrangers de “sabotage”, selon la télévision d’Etat.

“Certaines personnes sont sans doute inquiètes de cette décision (…) mais le sabotage et l’incendie criminel sont commis par des hooligans, pas par notre peuple. La contre-révolution et les ennemis de l’Iran ont toujours soutenu le sabotage et les atteintes à la sécurité et continuent de le faire”, a déclaré Khamenei, selon la télévision d’Etat.

Khamenei a déclaré que la hausse des prix de l’essence reposait sur l’opinion d’experts et devrait être soutenue, a ajouté la télévision.

Bien que largement pacifiques, les manifestations ont dégénéré en violence à plusieurs reprises, avec des vidéos en ligne disant montrer des policiers tirant des gaz lacrymogènes sur des manifestants et des foules mettant le feu à des pneus et des locaux. Tout en représentant un risque politique pour le président iranien Hassan Rouhani avant les élections législatives de février, elles montrent également la colère généralisée des 80 millions d’Iraniens qui ont vu leur épargne disparaître en raison de la rareté des emplois et de l’effondrement de la monnaie nationale.

Les manifestations ont eu lieu dans plus d’une douzaine de villes dans les heures qui ont suivi la décision de Rouhani vendredi matin de réduire les subventions à l’essence afin de financer des dons pour les pauvres de l’Iran. L’essence dans le pays reste toujours parmi les moins chères du monde, les nouveaux prix passant à un minimum de 15 000 rials par litre d’essence, soit une hausse de 50% par rapport à la veille. C’est 13 cents le litre, ou environ 50 cents le gallon. Par comparaison, aux États-Unis, un gallon d’essence ordinaire coûte 2,60 USD.

Une route est bloquée par des manifestants à Téhéran, samedi

Mais dans un pays où beaucoup se débrouillent, comme de prendre des emplois de chauffeurs de taxi informels, l’essence à bon marché est considérée comme un droit acquis. L’Iran abrite la quatrième plus grande réserve de pétrole brut au monde. Bien que prévu depuis des mois, la décision a, néanmoins, surpris beaucoup de monde et déclenché des manifestations immédiates, presque d’une minute à l’autre.

La violence a éclaté vendredi soir à Sirjan, une ville située à environ 800 km au sud-est de Téhéran. L’agence de presse officielle IRNA a déclaré que “les manifestants ont tenté de mettre le feu au dépôt pétrolier, mais ils ont été arrêtés par la police”. Elle n’a pas expliqué les événements en détail, mais des vidéos en ligne circulant sur les réseaux sociaux iraniens montrent un incendie du dépôt avec des sirènes qui retentissent en arrière-plan. Une autre a montré une foule nombreuse criant : «Rouhani, honte à toi! Laisse le pays tranquille!

Mohammad Mahmoudabadi, responsable du ministère de l’Intérieur à Sirjan, a par la suite déclaré à la télévision d’Etat que la police et des manifestants avaient échangé des coups de feu, entraînant des blessés. Il a ajouté que de nombreux manifestants étaient pacifiques, mais que des hommes masqués armés d’armes à feu et de couteaux ont infiltré la manifestation.

“Ils ont fait pression pour atteindre le dépôt pétrolier et générer un état de crise”, a déclaré Mahmoudabadi.

Selon l’agence de presse semi-officielle ISNA, Mahmoudabadi aurait déclaré que les violences n’auraient tué qu’une seule personne.

Dans la province iranienne du Khuzestan, riche en pétrole, des vidéos en ligne montrent la police munie de gaz lacrymogènes tirant sur la foule. La ville de Khorramshahr, dans la province, a également été la cible de coups de feu, comme en témoigne un bref clip diffusé à l’antenne par la télévision d’Etat. La région a longtemps été une poudrière politique, avec sa population d’origine arabe qui se sent privée du droit de vote octroyée à la majorité de langue persane du pays.

Samedi matin, au début de la semaine de travail iranienne, les manifestants ont arrêté des voitures sur les principales routes de la capitale, Téhéran. Des manifestants pacifiques ont bloqué la circulation sur l’autoroute Imam Ali de Téhéran, appelant la police à les rejoindre dès la première neige de la saison, selon des vidéos en ligne. Un camion à benne basculante a ensuite largué des briques sur la chaussée pour les encourager.

Une vidéo montre qu’une foule nombreuse dans la ville de Kermanshah, a manifesté et s’est attirée plus tard des tirs de gaz lacrymogène par la police. D’autres se seraient affrontés à Tabriz, une autre grande ville iranienne. Les vidéos en ligne ont été envoyées aux correspondants d’Associated Press, qui a réalisé des reportages sur la manifestation.

Ces manifestations nécessitent l’accord préalable du ministère de l’Intérieur iranien, bien que les autorités autorisent régulièrement des manifestations à petite échelle sur des questions économiques, d’autant plus que le pays est aux prises avec une dévaluation monétaire. Le ministre de l’Intérieur, Abdolreza Rahmani Fazli, a par la suite averti à la télévision publique que les autorités réprimeraient toute personne menaçant la sécurité du pays.

Il n’était pas immédiatement évident de savoir si la police procédait à des arrestations. La télévision d’Etat iranienne a diffusé vendredi soir une séquence de la chaîne de télévision, qui tentait de contester les affirmations des chaînes de télévision par satellite de l’opposition à propos des manifestations, en qualifiant leurs vidéos de manifestations de “fausses informations” en anglais. Les manifestants dans de nombreuses vidéos en ligne samedi ont commencé à identifier le moment et le lieu des événements, en guise de réponse à la censure d’Etat.

L’accès Internet en Iran a connu des perturbations et des pannes vendredi soir ET samedi, selon le groupe NetBlocks, qui surveille l’accès mondial à Internet. Samedi soir, “les données en temps réel du réseau montrent que la connectivité est tombée à seulement 7% des niveaux ordinaires après 12 heures de déconnexions progressives du réseau alors que les manifestations publiques se poursuivent à travers le pays”, a déclaré NetBlocks.

“La perturbation en cours est la plus grave jamais enregistrée en Iran depuis l’arrivée au pouvoir du président Rouhani, et la déconnexion la plus grave détectée par NetBlocks dans tous les pays en termes de complexité technique et de portée”, a déclaré le groupe. Les sites Web des médias d’Etat ont semblé touchés par la panne dimanche matin.

Les chants des manifestants sont inspirés par beaucoup de protestations économiques de la fin de 2017, qui avaient abouti à près de 5 000 arrestations et à au moins 25 morts. Certains ont critiqué les dépenses de l’Iran à l’étranger pour les Palestiniens et d’autres causes (Yémen, Hezbollah, milices irakiennes en Syrie…) alors que la population du pays reste pauvre. Les manifestations se poursuivent en Irak et au Liban, deux pays du Moyen-Orient accueillant des forces d’occupation iraniennes et essentiels pour l’influence de Téhéran à l’étranger.

L’Iran a longtemps souffert de problèmes économiques depuis que la Révolution islamique de 1979 a mis un terme à sa relation de plusieurs décennies avec les États-Unis. Sa guerre de huit ans avec l’Irak dans les années 1980 a suivi, mettant encore plus son économie à rude épreuve.

L’effondrement de l’accord nucléaire a aggravé ces problèmes. Le rial iranien, qui s’échangeait entre 32 000 et 1 dollar américain au moment de l’accord, est tombé à 122 600 rials pour 1 dollar samedi. Depuis, l’Iran a rompu les termes de cet accord en tentant de forcer l’Europe à trouver un moyen de lui permettre de vendre du pétrole brut à l’étranger malgré les sanctions américaines.

Henry Rome, analyste du groupe Eurasia, a déclaré qu’après des protestations massives, Rouhani avait été contraint de renoncer à son plan de 2017 visant à augmenter les prix du carburant de 50%.

“Le gouvernement était clairement conscient de ce risque : la dernière annonce a été faite au milieu de la nuit précédant le week-end”, a déclaré Rome. “Il est entré en vigueur immédiatement, et il a été annoncé sans consultation directe avec les législateurs.”

israelhayom.com

Adaptation : Marc Brzustowski

5 COMMENTS

  1. la hausse par l’Iran des prix de l’essence fixés à 50% par le gouvernement,

    MERDE ALORS !!

    on devrait plus tarder a voir fleurir les gilets verts………….

  2. en république islamique on sait réprimer !! alors là si le peuple iranien envoyait des missiles dans les quartiers , je n’ose pas imaginer .
    Les pauvres iraniens !! c’est exactement ce que subissent les irakiens , les tirs des infiltrés iraniens .
    l’entité islamique n’existe pas pour le peuple mais pour son idéologie qui maintient ses avantages .

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