(FILES) In this file photograph taken on April 22, 2021, France's far-right ideologue Eric Zemmour poses during a photo session in Paris. - AFP learned on July 23, 2021, from his lawyer, that the Paris prosecutor's office has summoned polemicist Eric Zemmour to appear before the criminal court on 8 September for "incitement to discrimination" and "racial insults" after he made remarks about unaccompanied minor migrants, confirming a report by L'Obs. (Photo by JOEL SAGET / AFP)

Les conservateurs choisissent Zemmour.

Zemmour pourra-t-il réunifier la droite malgré elle ?

Déjà, en 2016, le mouvement Sens commun sondait Éric Zemmour dans l’espoir qu’il se présente à la présidentielle. Aujourd’hui, alors qu’il n’est toujours pas encore officiellement candidat, les conservateurs le courtisent quand ils ne le rallient pas, sans attendre. Récit d’une attraction réciproque.

C’est Éric Zemmour lui-même qui raconte cette première rencontre dans La France n’a pas dit son dernier mot (Rubempré), son dernier essai. Nous sommes le 2 février 2016, au 61 rue de Provence, dans un petit restaurant italien que fréquente avec plaisir le journaliste jusqu’à ce que Gioia Mia ne déménage au 46 rue de la Victoire. La nuit est tombée depuis plusieurs heures, mais aucun des participants à ce dîner ne veut quitter les lieux.

Éric Zemmour est la vedette de cette tablée joyeuse et bruyante. Autour de lui, des membres de Sens commun dont le journaliste fait la connaissance. Il y a là Madeleine de Jessey, l’une des fondatrices du mouvement, pétillante de bonne humeur et d’intelligence, Sébastien Pilard, leur président, Christophe Billan, qui, avec ses tempes grisonnantes, fait presque figure d’ancêtre. Éric Zemmour découvre ces militants que la presse s’est plu à caricaturer sous les traits de « cathos culs bénis et coincés » et dont lui n’a cessé de célébrer l’engagement et les talents d’agitateurs lors des manifestations contre le “mariage pour tous”.

Entre le journaliste et ces militants, les accords sont nombreux. Ils partagent une même vision anthropologique. Les désaccords, mineurs. Quand les sujets de l’immigration et de l’islam sont abordés, Éric Zemmour tance avec affection « leurs vertus chrétiennes devenues folles ». Il n’a nul besoin de préciser ses sources. Ils connaissent comme lui Chesterton et déjà, pour la plupart, les discours d’Éric Zemmour. Ils l’écoutent sur RTL. Ils le lisent dans le Figaro Magazine. Ils le regardent à la télé. Mieux, ils dévorent ses livres et s’en inspirent.

La droite qu’ils veulent dessiner ressemble à grands traits à celle que défend l’essayiste depuis des années. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils ont sollicité ce dîner : pour sonder les intentions d’Éric Zemmour, savoir si le journaliste serait prêt à participer à la primaire de la droite et du centre. Une certitude : s’il se décidait à se lancer dans l’aventure, ils le soutiendraient sans réserve et lui garantissent un énorme succès.

« Les militants veulent se débarrasser de Juppé et Sarkozy et s’empareront de la première arme qui leur permettra de liquider les deux hommes d’un seul coup », écrit Éric Zemmour. Ce ne sera pas lui. Il décline « avec mollesse » leur proposition. Sens commun se range finalement derrière François Fillon. Christophe Billan, leur président lors de la primaire de la droite et du centre, assume. Il préfère soutenir un « candidat susceptible de devenir président » plutôt qu’une candidature de témoignage. Jean-Frédéric Poisson, le candidat du PCD, pourtant chimiquement en osmose avec ce jeune mouvement politique, accuse le coup. Il se sent trahi et ne comprend pas la précipitation de Sens commun à rallier l’ancien Premier ministre.

Leur choix est osé. Aventureux. « Un non-sens commun », moque à l’époque Valeurs actuelles. Il n’empêche. Leur flair autant que l’énergie qu’ils mettront à soutenir François Fillon durant la campagne de la primaire de la droite et du centre s’avèrent décisifs. Ils seront les piliers de la campagne de l’ancien Premier ministre, les derniers à le soutenir lorsque la plupart des cadres LR auront déserté. La presse s’acharne sur eux. Pour un peu, ils seraient responsables de l’échec de François Fillon. Édouard Philippe, conscient que Sens commun est devenu une sorte d’épouvantail, raille plus tard cette « droite Trocadéro » pour mieux souligner le rétrécissement idéologique de la droite des valeurs.

Cinq ans plus tard, Sens commun s’est refait une santé. Le mouvement a changé de nom pour ne pas rester prisonnier des caricatures. Christophe Billan a cédé les rênes à Laurence Trochu. Le mouvement est toujours associé au parti LR, mais n’a pas renoncé à son pas de deux avec Éric Zemmour. Le 7 juillet 2021, dans une salle que l’Institut de formation politique a mise à disposition du Mouvement conservateur, dans le XVIe arrondissement de Paris, une soixantaine de militants écoutent Éric Zemmour et échangent avec l’essayiste.

Depuis plusieurs mois, l’hypothèse d’une candidature d’Éric Zemmour agite les rédactions. L’ExpressValeurs actuelles, d’autres encore se sont fait l’écho de cette tentation. Aussi les participants ne prêtent pas seulement une oreille attentive aux propos du journaliste vedette de CNews, mais à celui que les médias présentent déjà comme un futur candidat à la présidentielle. Sarah Knafo, Stanislas Rigault, le fondateur de Génération Z, et Samuel Lafont, qui s’occupe de la communication numérique d’Éric Zemmour, ont pris place au premier rang.

Ce soir-là, l’essayiste est en verve. Laurence Trochu voulait le « taquiner sur des mesures concrètes ». Ses espérances n’allaient pas être déçues. Éric Zemmour promet une « révolution conservatrice » pour l’école, la famille, la culture. Il fait l’éloge de Donald Trump et Viktor Orbán, qui ont eu « le courage de se confronter à la justice et aux médias ». À ces anciens fidèles de François Fillon, il promet encore : « Ne vous inquiétez pas, je ne serai pas Fillon à dire que j’ai confiance dans les médias et dans la justice de mon pays. »

Alors que la soirée s’éternise et que la salle n’en finit pas de le questionner, un militant évoque le roman de politique-fiction que Geoffroy Lejeune a troussé en 2015. Dans Une élection ordinaire (Ring), le directeur de la rédaction de Valeurs actuelles imaginait le gouvernement d’Éric Zemmour. Madeleine de Jessey héritait du ministère de la Culture. « Se pourrait-il qu’elle le soit véritablement demain ? », s’aventure, plein de malice, le jeune homme. « On en discutera », s’amuse Zemmour. Avant que le journaliste ne s’éclipse, une élue lui assure qu’elle le parrainera. Depuis, les échanges n’ont pas cessé.

Signe que l’hypothèse d’une candidature d’Éric Zemmour séduit les conservateurs, Jean-Frédéric Poisson s’est déjà rangé derrière lui alors que le président de La Voie du peuple a longtemps caressé l’espoir de se présenter sous ses propres couleurs. « Je ne peux donner un caractère décisif à ce soutien, mais il n’est pas anodin », devait observer l’ancien magistrat Philippe Bilger, devenu un commentateur avisé de la vie politique. De son côté, Jean-Frédéric Poisson assure qu’il n’a pas franchi le Rubicon pour y pêcher à la ligne. Une manière de dire qu’il entend bien participer activement à l’aventure de Zemmour et nourrir son projet. Les deux hommes se connaissent de longue date, s’apprécient. Il se murmure que Jean-Frédéric Poisson pourrait chapeauter les investitures.

Il n’est pas le seul. Christophe Billan, l’ancien président de Sens commun, ne cache pas qu’il voit régulièrement Éric Zemmour et lui fournit des notes. Alors que les structures partisanes s’effondrent, Christophe Billan est convaincu que « la part de la France silencieuse va fa ire l’élection ». Jean-Paul Bolufer, qui fut le directeur de cabinet de Christine Boutin lorsqu’elle était ministre du Logement, fait office de chef de cabinet officieux d’Éric Zemmour, chargé de l’organisation de ses déplacements et des rencontres avec les élus. Une partie de la galaxie conservatrice gravite déjà discrètement autour de l’essayiste. Albéric Dumont, vice-président de La Manif pour tous, aujourd’hui à la tête de la société de sécurité Ultreïa, assure la protection rapprochée de l’essayiste. Il est de tous les déplacements.

À Budapest, Albéric Dumont, qui accompagnait Éric Zemmour lors de sa rencontre avec Viktor Orbán, a retrouvé Ludovine de La Rochère qui participait au colloque international sur la famille. Si La Manif pour tous n’a pas vocation à s’engager derrière un candidat, sa présidente ne fait pas mystère qu’une candidature d’Éric Zemmour serait une bonne nouvelle. « Il porte une vision d’ensemble, ambitieuse pour la famille », admet-elle, quand Valérie Pécresse, entre autres candidats de la droite, confesse que, si elle avait été députée, elle aurait voté la dernière loi de bio éthique. « LR est gangrené par le progressisme », analyse Ludovine de La Rochère.

L’impasse fatale de Pécresse, Bertrand, Barnier

Dimanche 26 septembre encore, à la Journée du conservatisme qui rassemblait plus de 800 participants dans un théâtre à Asnières, il était des absences coupables. Xavier Bertrand, Valérie Pécresse et Michel Barnier, que Laurence Trochu avait invités pour qu’ils défendent tour à tour leur projet devant les militants du Mouvement conservateur, ont fait l’impasse, quand Éric Ciotti, Denis Payre et Hervé Juvin tentaient de les convaincre.

Éric Zemmour, lui, ne s’est pas fait prier. Il connaît leurs convictions et la force de mobilisation de l’organisation. Si Laurence Trochu, la présidente du Mouvement conservateur, considère qu’ « il est aujourd’hui prématuré de s’engager derrière un candidat qui ne l’est pas », ses militants, à l’applaudimètre, lui ont déjà presque forcé la main.

Gestes de sympathie et connivence idéologique : Éric Zemmour met Les Républicains dans l’embarras.

Chez Les Républicains, Éric Zemmour est-il l’ennemi public n° 1 ?

Les prises de position des élus LR face au polémiste divergent entre profonde réticence et approbation.

La photo a fait le tour de Twitter. Vendredi, le président de Génération Zemmour, Stanislas Rigault, publie sur son compte Twitter une image polémique. Cinq jeunes avec une pancarte des Jeunes Républicains entourent Éric Zemmour dans leur permanence à Lille. Jouissive pour certains, embarrassante pour d’autres, l’image n’est pas au goût de tout le monde.

Vendredi soir à Lille, Éric Zemmour fait déplacer 1 500 personnes lors d’un meeting au Grand Palais. À la suite de l’événement, le quasi-candidat à l’élection présidentielle et son équipe vont rendre visite à la fédération des Républicains de Lille. « On était tout près de ce local, on a décidé de s’arrêter quelques minutes pour saluer les jeunes qui étaient présents », explique le président de l’association les Amis d’Éric Zemmour, Antoine Diels, à BFM TV.

Malgré ces bonnes intentions et la cordialité qui se dégage de l’image, la rencontre ne passe pas chez certains cadres Républicains. Le conseiller national des Républicains, Antoine Sillani, y voit un « médiocre guet-apens » relaie BFM TV. Sébastien Huyghe va plus loin. Le député LR de la 5e circonscription du Nord monte rapidement au front pour dénoncer sur Twitter une « manipulation honteuse » et ne cautionne pas la présence de quelqu’un qui « ne partage aucune de nos valeurs ». Tollé enclenché.

Chez Les Jeunes Républicains, les commentaires sont moins tranchés. « Je n’ai pas du tout le même point de vue. Nous partageons le même constat d’un déclin français qu’Éric Zemmour, mais sommes en opposition sur les propositions » confie à Valeurs actuelles Guilhem Carayon. Le président des Jeunes Républicains reconnaît même avoir découvert le monde politique en écoutant le polémiste : « Il a beaucoup apporté au débat public. » Dans ses rangs, nombreux sont ceux qui se sont initiés à la politique en écoutant Éric Zemmour. Pas suffisant pour voter pour lui : « Sur les femmes ou l’Islam, ses prises de positions sont trop caricaturales. ».

La déclaration de Sébastien Huyghe n’est pas au goût de tous ses confrères de droite. Pour Charles Aslangul, maire LR de la ville de Bry-sur-Marne (Val-de-Marne), la connivence idéologique avec Éric Zemmour est évidente : « La doctrine d’Éric Zemmour est celle du RPR, et aurait dû rester la nôtre » confesse-t-il pour Valeurs actuelles. Six mois avant l’élection présidentielle, Charles Aslangul observe un engouement bien plus important de la base militante LR pour le polémiste que pour les cadres du parti. Face au flou de la ligne idéologique des Républicains, le jeune maire reconnaît au polémiste sa faculté de porter un message cohérent avec l’attente des militants : « Son discours, c’est notre doctrine gaulliste originelle, mais nos représentants nationaux ont renoncé depuis des années à le porter. Nous payons cette lâcheté. »

Un diagnostic différent dans une autre branche de droite : « Je ne partage rien avec lui, lorsqu’il se revendique gaulliste ou de la droite du RPR » nous avoue Pierre Liscia, conseiller Régional et porte-parole du Parti SoyonsLibres. Aujourd’hui aux côtés de la présidente de Région Valérie Pécresse, Pierre Liscia s’est détourné du Parti LR depuis 2017 pour ses divergences idéologiques. Malgré les sondages plaçant le polémiste et la présidente de la Région à équidistance, la candidature d’Éric Zemmour n’inquiète pas son clan : « Nous n’avons rien à voir avec lui. Sa candidature n’est pas un danger pour la droite. » La sérénité plutôt que la crise de nerf.

4 Commentaires

  1. C’est trop tard. Le ver est dans le fruit. Ce qui reste c’est la question « comment en est-on arrivé là ? ». Les causes sont multiples: la France voulait être le pays le plus peuplé d’Europe pour asseoir son leadership sur l’UE, le système des retraites par répartition imposait une natalité soutenue que les français peinaient à réaliser, et les institutions européennes ont fait le reste. L’effet Zemmour est juste le fruit du regret, mais pas celui de la volonté.

  2. Zemmour est en train de se sacrifier pour la France comme l’ont fait beaucoup de juifs pendant la guerre .
    Oui il risque sa vie plus que quiconque car il sera l’homme à abattre.
    Toucher à Zemmour en tant que juif viserait toute notre communauté .
    S’il se présente la France profonde n’aurait pas le choix de descendre dans la rue pour l’encourager .
    Si Zemmour et la France échouent nous aurons soit un Pétain 100% hallal soit la charia … ce qui est kif kif quand on a connu la collaboration .
    C’est pourquoi je le dis et je le répète : » Seul sans l’armée Zemmour échouera  » .

    Avec l’armée il sera protégé et la France sauvée .

    Sinon nous allons droit vers une guerre civile .

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