4 milliards d’êtres humains en 2100 : « Ce n’est pas de la science-fiction, c’est possible »

Une étude de la HSBC, publiée dans « Les Échos » ce jeudi, estime à 4 milliards le nombre d’individus sur Terre en 2100.
Ce chiffre, bien loin des 10 milliards estimés par l’ONU, interroge.
Mais ce scénario est-il réaliste ? Didier Breton, professeur de démographie à l’université de Strasbourg, nous éclaire.

Une nouvelle étude de la HSBC, publiée ce jeudi dans Les Échos, estime que la population mondiale serait de seulement quatre milliards d’individus à l’horizon 2100. Ces prévisions semblent être bien éloignées de celles de l’ONU qui tablent davantage sur une population mondiale de 10,4 milliards d’individus.
Mais comment expliquer une telle différence ? Quels impacts une telle décroissance peut-elle avoir sur l’environnement et l’économie ? Didier Breton, professeur de démographie à l’université de Strasbourg et chercheur associé à l’Ined, revient sur cette étude.

Une population mondiale divisée par deux en 80 ans

Les résultats dévoilés par la HSBC vous paraissent-ils plausibles ?
Cette nouvelle étude exagère les traits, mais penser que le taux de fécondité mondiale puisse rapidement atteindre 1,5 enfant par femme ne relève en rien de la science-fiction. C’est même tout à fait possible. En tant que démographe, on nous demande d’effectuer des scénarios possibles. Pour ce faire, il faut émettre des hypothèses : elles peuvent être favorables ou défavorables à la croissance de la population. L’étude produite par la HSBC prend en compte des facteurs plutôt défavorables. En effet, elle estime que la population mondiale va commencer à décroître dès 2043. À l’inverse, la projection médiane de l’ONU estime que ce mécanisme de décroissance ne débutera qu’à partir de 2080.
Comment expliquer un tel écart entre ces deux projections ?
Beaucoup de gens se demandent en effet comment peut-on se passer de 10 à 4 milliards ? Mais ce n’est pas une question d’erreur. En démographie, les augmentations ou les diminutions de la population peuvent aller très vite. Dans notre cas, tout repose sur la question de la baisse de la fécondité en Afrique et le rythme à laquelle on va y arriver. D’un côté, l’ONU a tendance à dire que le taux de fécondité va baisser très lentement sur le continent africain, tandis que la HSBC pense que ce changement sera beaucoup plus drastique et rapide. Et ils n’ont pas tort. C’est tout à fait envisageable. Par exemple, au Japon, entre 1950 et 1960, la fécondité est passée de 4,5 à 2 enfants en seulement quinze ans. Le même mécanisme a été observé au Costa Rica.

En seulement deux générations, la population peut être divisée de moitié
Didier Breton, chercheur associé à l’Ined

Quelles sont les facteurs pris en compte pour établir ces projections ?
Ce qui déterminent les projections mondiales, ce sont la natalité et l’espérance de vie. On ne prend pas en compte l’immigration, car il n’y a pas de Martiens qui peuvent venir repeupler la Terre. En revanche, en démographie « continentale », on prend évidemment en compte les migrations. À titre d’exemple, l’Europe perd 200.000 à 300.000 habitants par an, ce n’est pas énorme, mais c’est parce qu’il y a l’immigration qui vient compenser. Si on regarde le solde naturel, c’est-à-dire la différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès, sans prendre en compte l’immigration, on perd autour de 1,4 million d’habitants par an. En appliquant ce raisonnement à la planète, cela peut aller très vite. Si on estime que la fécondité passe de 2,5 à 1,6 enfant par femme, en seulement deux générations, la population peut être divisée de moitié.
Cette diminution drastique de la population pourrait-elle être « bénéfique » à la planète, en termes de réchauffement climatique par exemple ?
Une telle diminution aurait des conséquences évidentes sur la gestion de l’emploi, mais aussi sur celle du vieillissement. Après, ce qui compte le plus, c’est le mode de production et de consommation, et non le nombre d’individus présents sur la Terre. Si vous avez dix milliards de personnes qui vivent en s’éclairant à la bougie, cela peut avoir moins de conséquences néfastes sur l’environnement que trois milliards qui produisent de la même manière que des espaces développés comme l’Europe.

Léa Prati    Source : JT 13h Semaine

1 COMMENTAIRE

  1. « Cette nouvelle étude exagère les traits, mais penser que le taux de fécondité mondiale puisse rapidement atteindre 1,5 enfant par femme ne relève en rien de la science-fiction. » La démographie est facile à comprendre mais beaucoup plus difficile à établir dans les projections. Principe de base, chaque couple doit avoir deux enfants, un pour le remplacement de la mère et un autre pour le remplacement du père. Plus, un petit bout d’enfant pour ceux qui n’en ont pas eu ou qui l’on perdu. Sur cette base de 2, on reproduit la population à l’identique. Elle n’augmente pas. Elle ne diminue pas. Avec 1.5 enfants comme annoncé plus haut, sur trois générations, on devrait passer par une stabilisation (après une forte augmentation) puis une baisse continue freinée par l’allongement de la vie. Ce chiffre de 1.5 pour la population mondiale, laisserait penser que certains couples (très nombreux) renonceraient à la procréation et laisserait ce soin à d’autres. C’est une hypothèse mais pas évoquée ici. Cette baisse c’est de la science fiction. Les Africains ne passeront pas du jour au lendemain de 5 à 2 enfants, enfin pas tant que le continent ne sera développé économiquement. L’exemple du Japon est un bon exemple. En 1953, la population du Japon était de 88 millions et aujourd’hui de 126 millions. Il faudrait que les couples japonais se limite à un enfant par couple et que les générations suivantes fassent de même… et que les Africains ne fassent qu’un enfant pour arriver à 4 milliards. Aux catastrophistes qui annonçaient 10-11 milliards je disait que ce n’était pas possible. A ceux qui disent 4 milliards je dis la même chose. Le pire n’est jamais certain. La population devrait se stabiliser à 7 milliards. Mais si on calque nos projections sur les modèles années 50, l’hypothèse peut-être possible… Ce qui s’est fait dans un sens peut se faire dans l’autre. Si la population a augmenté en flèche après 1950 c’est grâce à la médecine qui a mis fin à des épidémies… sommes nous à l’abri de nouvelles épidémies?

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