À deux mois des législatives anticipées provoquées par l’explosion de la coalition gouvernementale du Premier ministre, Benyamin Netanyahou, un nouveau parti tente de se faire une place pour rallier l’électorat arabe, soit 20 % de la population israélienne. Baptisé Ma’an, il entend moins s’attaquer au règlement du conflit israélo-palestinien qu’aux problèmes dont souffrent les citoyens arabes d’Israël, quitte à entrer dans un gouvernement de centre droit.

Ma’an (Ensemble) vient de voir le jour, en vue des législatives de mars. Pourquoi un nouveau parti ? Alors que depuis 2015, la Liste unie est parvenue à rassembler quatre partis arabes ? Et à offrir aux Palestiniens d’Israël quinze députés à la Knesset, à la hauteur de leur poids, soit 20 % des neuf millions d’Israéliens ?

« Au sein de la Liste unie, ils ne pensent qu’au conflit autour de la question nationale palestinienne »​, regrette Mohammad Darawshe, l’un des fondateurs de Ma’an avec d’autres acteurs de la société civile. La cinquantaine, le militant de la coexistence entre juifs et arabes, originaire de la région de Nazareth, estime aussi que la Liste unie souffre des divisions idéologiques entre islamistes, communistes, féministes, etc.

Elle concentre aussi les attaques des partis de droite et d’extrême droite, qui les accuse de soutenir « le terrorisme »​. Du coup, la moindre tentative d’intégrer la Liste unie à une coalition gouvernementale, notamment à gauche, a été jusqu’ici vouée à l’échec.

« Les défis pour les Arabes d’Israël sont immenses »

L’alliance des quatre partis arabes est d’ailleurs sur le point d’imploser, laissant un vide politique, à deux mois des législatives anticipées, provoquées par l’explosion de la majorité gouvernementale du Premier ministre Benjamin Netanyahou.

« Cela pourrait mener à une moins forte participation, ou même un report de voix arabes vers des partis qui vont à l’encontre des intérêts de la communauté »​, craint Mohammad Darawshe. Y compris Likoud de Netanyahou, pourtant connu pour ses campagnes de diabolisation des citoyens arabes d’Israël. Débordé par sa droite, le leader israélien bat le pavé dans les centres de vaccinations anti-Covid des villes arabes, dans l’espoir de mettre quelques sièges dans sa poche.

Au même moment, « les défis pour les Arabes d’Israël sont immenses » ​, relève Mohammad Darawshe. À commencer par la sécurité. Depuis le 1er  janvier, pas moins de sept citoyens arabes ont déjà été tués dans des vendettas internes entre clans familiaux, sur fond de crime organisé. Depuis 2019, on compte quelque 200 victimes, autant que sur les quatre années précédentes. La police israélienne ne peut, ou ne veut pas, affronter le problème.

En même temps, les inégalités sociales sont toujours aussi marquées entre citoyens juifs et arabes, dont les vies sont séparées. Il existe peu de quartiers mixtes. La grande majorité des citoyens arabes d’Israël vivent par exemple dans des villes situées dans un « triangle » ​géographique au nord du pays.

« Les femmes arabes vont être les premières victimes de la crise liée au Covid-19, rappelle Darawshe. ​En deuxième position, les jeunes. » ​Pour lui, la solution passe par l’investissement dans les collectivités locales. Pour cela, une arme : le pragmatisme ! Le nouveau parti Ma’an se dit prêt à entrer au gouvernement, même s’il est de droite, à condition qu’il lutte contre les discriminations dont souffrent les citoyens arabes d’Israël. « Ancrés dans le local, novices en politique, on peut ramener les gens aux urnes. Ils sauront à qui et où demander des comptes. » ​Reste à voir si cela peut faire décoller Ma’an.

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