Un accord Hamas-Fatah négocié par la Turquie et le Qatar?

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A Palestinian Hamas government employee waits to receives 60 percent of their long-overdue salary while others wait in the queue, at the main Gaza Post Office, in Gaza City, Friday, Nov. 9, 2018. Gaza's Hamas rulers received dollars 15 million from Qatar to help pay the salaries of the territory's civil servants. (AP Photo/Adel Hana

Une proposition de trêve à long terme à Gaza rétablirait le Hamas en Judée-Samarie. 

Tsahal serait favorable à cet accord, mais…

Israël, l’Autorité palestinienne et le Hamas sont en train de négocier un accord à multiples facettes avec la Turquie, le Qatar et les États-Unis pour mettre fin aux tirs de roquettes depuis Gaza et affirmer un accord de partage du pouvoir palestinien. Ce couloir étroit débouchant éventuellement sur une trêve à long terme à Gaza, bien que coûteux pour Israël, conserve, à ce stade, les faveurs de son commandement militaire.

Cet espoir s’est renforcé, quand, le 29 novembre, le Hamas a annulé un autre de ses affrontements programmés, le troisième d’affilée, opposant des Palestiniens qui lancent des bombes incendiaires, et des troupes israéliennes à la frontière de Gaza. Réticents à renoncer totalement à ce spectacle de la «marche du retour», semaine après semaine, qui dure depuis vingt mois, les dirigeants du Hamas se demandent si appeler à ce rassemblement une fois tous les deux mois aurait un impact suffisant.

La scène politique intérieure israélienne est trop toxique pour qu’on crédite les politiques du Premier ministre Binyamin Netanyahu de ce relâchement de la violence à Gaza. Sa politique visant à appuyer des versements en espèces mensuels du Qatar aux dirigeants du Hamas à Gaza et à sa population appauvrie a plutôt été vertement critiquée par ses opposants. Les orateurs de l’opposition ont promis de “mettre un terme aux affaires de valises en espèces entrant à Gaza” lorsque leur parti arrivera au pouvoir.

Mais, ils ont préféré garder le silence ces derniers jours, maintenant que cette politique commence à porter ses fruits. Non seulement le Hamas a ralenti ses opérations terroristes contre Israël, mais l’Autorité palestinienne à Ramallah, sous la houlette de son président octogénaire Mahmoud Abbas (Abou Mazen) du Fatah, est en train de reprendre un semblant d’existence.

L’esprit de changement qui s’éveille au sein des deux factions palestiniennes rivales, le Hamas et le Fatah, n’est peut-être pas une bonne nouvelle pour Israël, en particulier parce que le président turc Recep Erdogan en est un acteur clé. Lors d’une visite au Qatar le 26 novembre, pour inaugurer une base militaire turque établie afin de protéger son dirigeant Sheikh Tamim Al-Thani dans son différend avec l’Arabie saoudite et les Emirats Arabes Unis, ses entretiens avec l’émir se sont aussi centrés sur les projets de présidentielle palestinienne. et d’élections législatives qui pourraient se tenir pour la première fois en 12 ans.

Erdogan et son hôte cherchent à mettre au point une formule pour surmonter la longue querelle entre le chef du Fatah Abbas et Ismail Haniyeh, du Hamas. Ils ont proposé que les factions rivales s’accordent à l’avance sur les résultats des élections (s’agirait-il, alors, de les truquer???). Le Fatah d’Abou Mazen obtiendrait la majorité, le Hamas une minorité. La présidence serait conservée par l’ancien président. Cette scission-répartition autoritaire des résultats aurait deux conséquences :

  1. L’Autorité palestinienne et son Fatah, au pouvoir, se verraient confier un rôle dans l’administration civique de la bande de Gaza, y compris la pleine responsabilité des dépenses publiques, tandis que le Hamas verrait se maintenir son bras militaire et le contrôle de la sécurité intérieure.
  2. L’Autorité palestinienne autoriserait les organes politiques et religieux du Hamas à rétablir leurs opérations dans les zones de Cisjordanie contrôlées par l’Autorité palestinienne.

Le cheikh qatari et le président turc ont offert de garantir personnellement cet accord aux deux participants.

Abu Mazen s’est donc rendu en visite à Doha cette semaine. Les Qataris lui ont remis une lettre personnelle de cinq pages adressée par Ismail Haniyeh. Les sources de DEBKAfile rapportent que le président de l’Autorité palestinienne, sous prétexte d’avoir besoin de temps pour en étudier le contenu, a retardé sa réponse à la proposition de partage du pouvoir turco-qatari qui lui a été présentée.

Le Hamas est en train de préparer les élections palestiniennes. Tous ses porte-parole ont reçu l’ordre de s’abstenir de toute déclaration publique. Yahya Sinwar, accro à la rhétorique enflammée, a été invité par le président turc à cesser de saluer l’Iran en tant que grand champion de la cause palestinienne. Dans une autre directive, le Hamas a ordonné l’arrêt des tirs de roquettes contre Israël et l’applique avec un certain succès (encore aléatoire) au Jihad islamique. La pause dans les émeutes hebdomadaires à la frontière est un autre sous-produit des progrès vers une trêve convenue avec Israël.

Erdogan et Al-Thani doivent encore surmonter d’énormes obstacles avant la conclusion d’un accord entre Abbas et Haniyeh et la voie à suivre pour une trêve à long terme entre Gaza et Israël. Mais un autre signe encourageant que le Hamas commence enfin à répondre aux besoins de la population de Gaza est apparu cette semaine, lorsque les travaux d’un nouveau grand hôpital américain ont commencé au terminal d’Erez entre Gaza et Israël. Cet hôpital réduirait la dépendance totale des habitants de Gaza vis-à-vis d’Israël et de l’Égypte en matière de traitement médical.

La source de son financement est inconnue, probablement enterrée quelque part dans les relations entre le Qatar et Washington et il figurera peut-être dans le plan de paix du président Donald Trump pour le Moyen-Orient, quand il verra finalement le jour. L’envoyé de l’ONU pour la paix au Moyen-Orient, Nikolay Mladenov, fait également des progrès notables sur la piste qu’il poursuit entre l’Égypte, le Hamas et Israël.

Cette rumeur autour d’une amélioration de la situation à Gaza peut être une bonne nouvelle pour Israël, mais le prix à payer pour parvenir à son résultat pourrait être élevé. Si l’accord entre le Fatah et le Hamas négocié par le Qatar et la Turquie passe, les institutions politiques et religieuses du Hamas feront un retour en force en Cisjordanie. Israël devra trouver un garant solide comme assurance que le Hamas n’exploitera pas son retour sur la scène cisjordanienne pour raviver la violence terroriste contre Israël – cette fois, à proximité de son agglomération centrale, Jérusalem et de son aéroport international, Ben Gurion Airport.

Cependant, avec sa politique intérieure en plein chaos et son gouvernement intérimaire qui n’a une espérance de vie que jusqu’à une élection dans quelques mois à peine, Israël n’est pas en état de prendre des décisions déterminantes. Le chef d’état-major adjoint de l’armée israélienne, le général de Brigade Eyal Zamir, ancien chef du Commandement du Sud, tente de s’engouffrer dans la brèche. Il fait le tour des popotes dans les sphères politiques, avec le message enthousiaste que l’accord potentiel Fatah-Hamas, s’il est conclu, annoncerait de nouvelles relations de coopération au lieu d’un affrontement entre le Hamas et Israël. Il souligne que déjà, le Hamas fait preuve de bonne volonté pour empêcher le Jihad islamique de reprendre son tir de barrage de roquettes contre Israël.

Néanmoins, les obstacles à surmonter avant que cela ne se produise sont assez colossaux : par exemple, Abou Mazen doit renoncer à son exigence selon laquelle les élections palestiniennes devraient nécessairement inclure Jérusalem-Est, sans quoi il s’opposerait à ce qu’elles se déroulent ou que ce soit ailleurs. Et Israël n’acquiescera à aucun accord, à moins que le Hamas n’ait remis les corps des soldats disparus et des civils retenus en otages, contre la libération massive de terroristes condamnés.

Adaptation : Marc Brzustowski

A proposed long-term Gaza truce brings Hamas back to Judea & Samaria. The IDF would go for it

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