Assassinée à 13 ans ! Mais quelle importance, c’était une « colon »…
Les médias français (pas tous quand même) tuent les morts une deuxième fois. Pas tous les morts : les morts israéliens.
[bref commentaire : le qualificatif péjoratif de « colon » dans le lexique des médias français, est à double-tranchant : issu de la terminologie marxiste postcolonialiste, il offre une mauvaise lecture de ce qui s’est passé (en 1967) et de ce qui continuera de se passer : coloniser, c’est établir des comptoirs et des entreprises pour exploiter un territoire le temps que nécessaire pour importer des produits vers sa « métropole ». C’est une forme à peine adoucie d’esclavagisme, ayant eu cours dans les plantations de canne à sucre, etc. Or, ce qui pouvait fonctionner ainsi pour les empires français, britanniques, espagnols ou portugais, par le passé, n’a strictement rien à voir avec la ré-implantation d’un tissu culturel juif à l’endroit même de l’emplacement de ses ancêtres, qui choisit de développer et de cultiver pour rester. Distiller cette idéologie qu’Israël exploiterait ces lieux avec l’intention à plus ou moins long terme de s’en aller est le fond même d’un malentendu qui illusionne parfaitement celui qui l’emploie : c’est un mensonge historique et c’est le vain espoir que cette nation et cet Etat vont disparaître du jour au lendemain par enchantement, grâce à la plume enchantée des médias menteurs. Ainsi les médias français trompent d’abord et avant tout leur lectorat arabo-musulman, payé en erzatz, en monnaie de singe. C’est beaucoup de mépris post-colonial que de ne pas s’adresser à l’intelligence de ses lecteurs pour les amener à accepter le principe de réalité… Marc Brzustowski, ©Jforum.fr]
Entendu sur une radio du service public : « Les colons israéliens en colère après la mort d’une des leurs ». « Une de leurs » ? Une « colon » donc ? Elle avait 13 ans ! Gagné par la nausée, j’ai fermé le poste. Quelques années auparavant, on avait pu lire dans nos journaux : « 4 colons israéliens dont deux enfants tués par des Palestiniens ». Des « enfants-colons » donc ? Non, des enfants.
Le conflit israélo-palestinien fait couler beaucoup d’encre. En France, elle est particulièrement sale. Sous ces flots dégoulinants de bien pensance, elle noie définitivement ceux qu’elle déshumanise pour mieux humaniser ceux qui les assassinent. On pourrait imaginer, la neutralité s’imposant, une phrase du genre : « Une adolescente israélienne tuée ». Ou « Une fillette israélienne poignardée » (non, pas fillette : ça inspirerait trop la pitié…). Rien de tel. L’assassinée sera pour toujours, selon des médias formatés, « une des leurs ».
Une colon. Quand on pleure d’abondance sur Gaza, impossible de verser une seule larme sur Kyriat Arba (l’implantation où a eu lieu le meurtre…)
La Cisjordanie [Judée-Samarie] où la jeune Israélienne a été tuée dans son sommeil est ce qu’on appelle un territoire occupé [en réalité juridique : « territoire disputé »]. En effet, elle ne fait pas partie historiquement (pour les puristes, je parle ici de l’Histoire récente, pas de l’Histoire biblique) d’Israël. Va donc pour territoire occupé… Au bout de cette logique desséchée, il y aurait donc des occupants et des occupés. Ces derniers – qualifiés de « résistants » – auraient toute légitimité à s’insurger contre les premiers. Admettons. La France fut, de 1940 à 1944 occupée par les Allemands. Des résistants, des vrais, faisaient le coup de feu contre eux. Avec l’armée allemande, il y avait – services administratifs, services de propagande – des femmes avec leurs enfants. Connaît-on un seul résistant français qui aurait tué une petite Allemande de 13 ans ?
L’homme qui a assassiné la petite Israélienne est juste un assassin de la pire espèce. Un infâme tueur d’enfants. Et maintenant, redonnons à la victime son identité. Elle s’appelait Hallel Yaffe Ariel. Elle venait des Etats-Unis. Un kaddish pour Hallel Yaffe Ariel. Et pour ceux, fort nombreux je suppose, qui ne connaissent pas cette prière juive, un « Notre Père » fera l’affaire. Le « Notre Père » est l’enfant direct et légitime du Kaddish.

Benoît Rayski
Benoit Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.
Il est également l’auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L’affiche rouge (Denoël), ou encore de L’homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l’ « anti-sarkozysme primaire » ambiant.
Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L’Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.
Source : atlantico.fr

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