Tel Aviv
Parmi les manifestants, des centaines d’Israéliens étaient venus soutenir leurs compatriotes

Plus de 60 personnes ont été blessées dimanche soir au cours des affrontements qui ont suivi la manifestation d’Israéliens d’origine éthiopienne venus dénoncer « les violences policières et le racisme institutionnalisé » place Rabin, dans le centre de Tel Aviv.
Selon le porte-parole de la police, 56 policiers et 7 manifestants ont été blessés, 43 personnes arrêtées, dans une protestation qui a duré jusqu’à tard dans la nuit dimanche soir. Les derniers manifestants ont été évacués par des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes pour disperser la foule. La police dit avoir riposté à des jets de bouteilles et de cocktails Molotov.
Cette manifestation, qui a rassemblé plus de 3.000 personnes selon les autorités, a été organisée trois jours après un rassemblement similaire à Jérusalem, au cours duquel des heurts entre forces de l’ordre et manifestants avaient fait quinze blessés, douze civils et trois policiers.
A l’origine de ce soulèvement spontané: la large diffusion dans la presse israélienne d’une vidéo montrant deux policiers en train de frapper un soldat d’origine éthiopienne en uniforme militaire à Bat Yam, au sud de Tel-Aviv, a suscité la colère de cette communauté.
Pakada, un orphelin de 21 ans qui a émigré d’Ethiopie avec ses quatre frères et sœurs il y a sept ans, a déclaré à Channel 10 qu’il roulait à bicyclette dimanche dernier quand il a remarqué les deux officiers qui sécurisaient la zone, après l’annonce d’un objet suspect. Il a expliqué avoir demandé aux agents ce qu’ils faisaient et que l’un d’entre eux lui a répondu agressivement, en le faisant tomber de son vélo. Le soldat a par la suite été frappé dans une ruelle par les deux agents.
L’officier a menacé de lui tirer dans la tête, selon Pakada. Plusieurs policiers sont ensuite arrivés pour arrêter le soldat pour « agression », après qu’il s’est emparé d’une pierre pour les menacer.
La vidéo a crée un tollé, partagée en masse sur les réseaux sociaux.
Les deux agents, qui ont selon toute vraissemblance s’en sont pris au jeune soldat sans raison, ont été suspendus dès le lendemain, selon les médias israéliens.
Mais le retentissement trop faible de cette agression dans les médias, selon les organisateurs du mouvement de protestation, ont amené ces Israéliens à descendre dans les rues.
Certains des manifestants dimanche ont défilé les mains levées, poignets croisés, simulant des menottes. « Ni noir, ni blanc: nous sommes tous des êtres humains », a scandé la foule.
« Je suis noir, alors je dois manifester aujourd’hui », a expliqué Eddie Maconen, 34 ans. « Je n’ai jamais personnellement connu la violence policière, mais elle frappe ma communauté ».
Le ministre de la Sécurité intérieure, Yitzhak Aharonovitch, a expliqué que disperser les « émeutiers » était compliqué, car il n’y avait pas de chef à qui s’adresser.
Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a promis que « toutes les plaintes (contre la police) allaient être étudiées ». « Mais il n’y a pas de place pour la violence », a-t-il ajouté.
Parmi les milliers de manifestants, des centaines d’Israéliens étaient venus soutenir leurs compatriotes d’origine éthiopienne. Ils brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Un policier violent devrait être en prison » ou « Nous demandons l’égalité des droits ».
L’ambassade américaine à Tel Aviv, qui craignait des débordements avait demandé à ses ressortissants de se tenir à l’écart des artères que les manifestants comptaient emprunter.
« Nous déplorons la violence et les blessés des deux côtés, mais les gens doivent comprendre que nous sommes confrontés à un problème dont il faut s’occuper et qu’il faut résoudre après des dizaines d’années de racisme et d’inégalité », avait indiqué un militant de la communauté éthiopienne vendredi.
Le gouvernement réagit

En réaction aux récents incidents, le gouvernement avait réuni dimanche matin une équipe chargée de promouvoir le dialogue avec les Israéliens d’origine éthiopienne et avait affirmé dans un communiqué que la police « prenait au sérieux » toutes les revendications et qu’elle « les étudierait en profondeur afin de trouver des solutions » en coopération avec la communauté éthiopienne.
Alors que le rassemblement commençait, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a publié dimanche un communiqué affirmant qu’il rencontrerait le même jour Damas Pakada, le soldat d’origine éthiopienne battu dans la vidéo, ainsi que d’autres représentants de la communauté.
« Je condamne fermement les violences qui ont été faites à l’encontre d’un soldat de Tsahal et les responsables seront punis. Toutefois, personne n’a le droit de prendre la loi entre ses propres mains. Les immigrants d’Ethiopie et de leurs familles sont chers et l’État d’Israël, qui a pris de nombreuses mesures pour favoriser leur intégration dans la société. Nous continueront de le faire dans le prochain gouvernement », a déclaré le Premier ministre israélien jeudi.
Fentahun Assefa-Dawit, le directeur de Tebeka, une organisation de défense des droits des Israéliens d’origine éthiopienne, a affirmé qu’il ne s’agissait pas d’un incident isolé, et que ce genre de violence raciste était coutumière pour la communauté falasha (Juifs d’Ethiopie, ndlr).
Assefa-Dawit a souligné pour illustrer, que dans la prison de jeunes d’Ofek, 40% des internés sont d’origine éthiopienne, alors qu’ils ne représentent que 2% de la population, preuve d’une discrimination de la part de la police israélienne, selon le directeur.
« Le problème est que les Ethiopiens sont trop déconnectés du reste de la population », a pour sa part analysé Hana Elazar Legesse, coordinatrice à l’Association israélienne des Juifs d’Ethiopie. « Après 30 ans, ils sont toujours considérés comme de nouveaux immigrants ».
Plus de 120.000 Juifs d’origine éthiopienne vivent en Israël. Ils descendent de communautés restées coupées des autres Juifs pendant des siècles, et les autorités religieuses d’Israël les ont tardivement reconnues comme membres de la foi juive.
Cette décision a entrainé l’organisation de deux ponts aériens, en 1984 et 1991, qui ont permis l’émigration de 80.000 d’entre eux vers Israël.
Ils ont dû franchir un énorme fossé culturel et ont connu une intégration difficile dans la société israélienne, en dépit d’une aide massive du gouvernement
Selon le rapport du contrôleur de l’Etat datant de l’an dernier, 51.7% des familles arrivées en Israël d’Ethiopie vivent en dessous du seuil de pauvreté.
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