Haazinou: « Que s’infiltre Mon Enseignement comme la pluie… » (vidéo)

Shmouel Darmon mis à jour le 21.09.2020

A propos du deuxième verset de la paracha Haazinou (traduction littérale) :

« Que s’infiltre mon enseignement comme la pluie, que coule ma parole comme la rosée, comme des averses sur la verdure, et comme des ondées sur l’herbe », en hébreu : yaarof kamatar lik’hi tizal katal imrati kis’irim alé déché vékhirvivim alé essev.

Ce verset parle de la façon dont le maître invite l’élève à goûter aux eaux de la Torah.

1- Yaarof kamatar lik’hi : lik’hi désigne « mon enseignement ». Il s’agit de la Torah appelée dans le livre des Proverbes léka’h tov, un bon enseignement : « Je vous ai donné un bon enseignement, n’abandonnez pas Ma Torah ! ».

Dans le verset, il n’est pas dit que la Torah doit être dispensée avec violence et de manière forcée. Bien au contraire, on parle de pénétration de la connaissance de la Torah de manière douce.

A propos du mot yaarof « que s’infiltre », Rachi dit qu’il s’agit d’un mot évoquant un « goutte à goutte ».

Ainsi, mon enseignement devra toucher les esprits doucement et très progressivement, goutte après goutte, connaissance après connaissance, à l’instar d’une pluie bienfaitrice.

C’est ainsi que la Torah pénètre en l’homme qui a su devenir, par sa maîtrise de la patience, un récipient ou kéli adéquat pour sa réception. Ainsi les initiales des trois mots Yaarof Kamatar Lik’hi, forment le mot Kéli.

Cette connaissance ne doit pas rester l’apanage d’une élite, mais elle doit s’étendre à toutes les composantes du peuple, à savoir Kohen, Lévi, Israël, dont les initiales forment le mot Kéli.

C’est de cette manière qu’avec un arrosage doux et progressif, il est possible de faire pousser de beaux fruits à travers notre étude de la Torah. Une allusion à cela se trouve dans les lettres finales de yaaroF kamataR lik’hI qui forment le mot Péri, fruit.

C’est notre éloignement des valeurs de la Torah qui nous a conduits à contracter une maladie dans notre âme. Ceci rappelle qu’un malade doit être alimenté d’abord au compte- goutte, puis quand il commence à reprendre des forces, il est possible d’augmenter progressivement la dose.

Ainsi, dans le verset, la Torah parle d’abord de yaarof, une délivrance du liquide qui se fait au goutte à goutte.

2 -Tizal katal imrati
C’est seulement ensuite que la Torah poursuit en employant le verbe tizal, (lié à nozal s’écouler), relatif à un liquide qui s’écoule sans interruption : tizal katal imrati, que coule ma parole comme la rosée.
La place des deux verbes semble étonnante.

En effet, puisqu’au départ, la Torah emploie le verbe yaarof, lié au goutte à goutte, elle aurait dû comparer cela à la rosée (on parle bien des gouttes de rosée).

Pourtant, elle évoque matar, la pluie qui semble s’écouler avec plus de force que la rosée. De plus, lorsqu’il s’agit d’évoquer la rosée, elle emploie le verbe tizal, lié à l’écoulement (a priori sans interruption comme un jet d’eau, et cela ne concerne pas la rosée !). Essayons de résoudre cette difficulté.

a. Lik’hi : littéralement, cela signifie « ma prise », léka’h étant lié au verbe laka’hat, prendre. L’homme au départ souhaite s’emparer de la Torah : il pense naïvement pouvoir la saisir, la prendre comme il le ferait pour n’importe quel objet …

A celui qui agit de cette manière, le maître répond : yaarof, c’est-à-dire que la Torah s’apprend progressivement, au compte- goutte. Cependant, sache que si tu sais apprendre dans l’ordre, étape après étape, alors, tu auras droit à une réception plus grande de la Torah : kamatar, comme la pluie qui s’écoule et revivifie tout l’être, ainsi l’étude de la Torah te transformera. Mais pour cela, il faut d’abord la recevoir à petite dose.

b. Mais la Torah s’appelle aussi imrati, ma parole. Sache que même si tu n’en comprends qu’une très faible partie, (ne serait-ce qu’une parole), à l’instar du volume d’une goutte de rosée (katal), malgré tout, si tu t’attaches avec persévérance à Ma Parole, imrati, alors, elle finira par s’épancher sur toi dans un écoulement continu (tizal).

3. Kis’irim alé déché : comme des averses sur la verdure.

Le targoum onkelos (rapporté par Rachi) traduit kis’irim par des vents de pluie. Ces vents qui amènent la pluie avec eux renforcent la végétation.
Cela fait allusion à l’étude en groupe, en particulier l’étude de la Torah orale, dans la « tempête » ou le tumulte de la maison d’étude, le beit hamidrach.

Car au départ, l’homme ne pouvait recevoir la Torah qu’au compte-goutte (yaarof kamatar lik’hi). Puis dans son apprentissage de la Torah, il fut en butte à difficultés de compréhension : il voulait goûter à la pluie matar, mais il ne goûta qu’à la rosée tal.

Cependant, en persévérant, il reçut des forces pour que la Parole divine s’écoule sur lui sans discontinuer (tizal), ce qui lui valut l’accès aux vents de pluie, l’agitation bruyante de la maison d’étude (kis’irim alé déché). Cela lui permit d’avoir une connaissance générale de la Torah : déché, la verdure désigne un terme générique où les éléments végétaux ne sont pas différenciés.

4. Kirvivim alé essev

Mais c’est en demeurant au beit hamidrach qu’il en vint à découvrir la beauté insondable de la Torah : kirvivim alé éssev, comme des ondées sur l’herbe …

C’est-à-dire qu’il découvre des multitudes d’enseignements (kirvivim de la racine ribev multiplier par myriades) sur chaque détail, chaque « brin d’herbe » de la Torah.

Telle était dès le départ la finalité de l’enseignement prodigué par le maître : faire goûter à l’élève les eaux de la Torah, tout d’abord progressivement, puis dans une cadence plus accrue, afin de finalement lui offrir la possibilité de découvrir à son tour la richesse extraordinaire de la Torah dans ses multiples facettes.

Et la téchouva et le pardon des fautes passent essentiellement par l’étude de la Torah. Car l’étude de la Torah répare énormément.

Ainsi, comme il serait bon de prendre des décisions en ce début de nouvelle année, afin d’amplifier notre étude ? Chacun selon son niveau, et de façon progressive, auprès d’un maître de la Torah qui saurait susciter en nous l’amour de son étude. Que H’ nous aide à revenir à lui de tout notre cœur.

Shavoua tov et que le jeûne de Kippour se passe dans les meilleures conditions.

Shmouel Darmon

 

AU SEPTIÈME CIEL

Pour exprimer notre bonheur, ou notre extase nous informons notre entourage que nous sommes « au septième ciel ». En écrivant « nous » je ne désigne que le genre humain sans distinction confessionnelle quelle qu’elle soit.

Les différentes religions enseignent chacune à sa façon ce que sont les sept cieux et cela ressemble en gros à notre façon d’en parler mais, sont englobées dans les autres dogmes des notions très étrangères ou déformées.

S’il est un sujet très abstrait dans le judaïsme en dehors de « la brisure des vases », c’est celui des sept cieux, car il inclut des notions qui sont très complexes pour un cerveau humain.
Dans cet article, en nous appuyant sur des commentaires de très grands sages d’époques différentes, nous tâcherons de donner des définitions qui permettront de mieux maîtriser la question.
Dans la Parasha de Haazinou, Moïse prend à témoin les Cieux et la Terre. De nombreux commentaires à propos de ce verset nous ramènent à la Sidra Bereshit que nous verrons bientôt dans laquelle nous apprenons à chaque lecture ou relecture que c’est sous le signe du chiffre 7 que se place la Création. Ainsi, de manière équivalente, HaShem a créé le monde en 7 jours, IL a créé 7 cieux au-dessus du globe terrestre et 7 mondes au-dessous de la surface de la Terre, IL a créé, 7 mers, et 7 continents, 7 fleuves et les 7 astres puis les notions des 7 jours de la semaine, des 7 semaines du Ômer, des années shabbatiques, des jubilés (7 fois 7 années shabbatiques), des 7 millénaires (le septième étant celui de la Rédemption et du Shabbat « éternel » consacré à la Gloire de l’Eternel).

Le célèbre exégète, penseur, poète, philologue, mathématicien (et encore bien d’autres qualifications) de l’âge d’or espagnol Abraham Ibn Ezra composa un admirable poème liturgique qui est lu lors des offices de Yom Kippour dans lequel il décrit succinctement les 7 cieux :
« Les Dominations et les Splendeurs se demandent :
Où Se trouve D afin de pouvoir L’adorer et Le louer.
Ceux qui se trouvent au Vilone disent Sa grandeur
En rugissant comme un volcan, IL est glorifié et les Séraphins
Volètent au-dessus de Lui.
Les troupes du Rakiâ toutes ensemble LE sanctifient et disent leurs
Paroles de louanges avec beaucoup de Crainte
Les multitudes des Shehakim possèdent toutes six ailes chacune.
Et, elles expriment leur émerveillement en cachant leur face avec deux de leurs ailes
Et se tiennent là debout pour Le louer du haut de Son Maône.
Les étincelles du Zeboul prononcent des hymnes et des cantiques vantant
Sa perfection et ils couvrent leurs pieds à l’aide de deux autres ailes.
Les princes du Maône s’abritent à Son ombre et IL les protège lorsqu’ils
S’envolent avec leurs deux autres ailes.
Les gardes du Makhone
Adressent leurs prières en murmurant les uns aux autres
La Majesté d’HaShem qui emplit le monde et Le supplier
De protéger Son serviteur Israël.
Les Anges d’Aravouth sont debout pour rendre grâce et
Dire que l’Eternel, trois fois Saint est le D des armées.
Dans ce poème l’auteur exprime relativement brièvement le fait que chacun des sept cieux est peuplé d’une armée céleste composée d’Anges, d’Archanges de grade et de fonctions diverses. Nous pouvons comprendre ainsi que ces sept cieux sont distants les uns des autres par des distances faramineuses. Les Sages du Talmud évoquent une distance d’environ « 500 années » (peut-on ici penser aux « années lumières »?) ce qui est inimaginable pour un esprit cartésien.
Chacune de ces sept sphères correspond à un stade de sainteté supérieur l’un à l’autre. Dans l’un certains anges trouvent leur place et dans d’autres ce sont les planètes et les étoiles…

Parmi tous les exégètes qui ont donné chacun son point de vue sur les sept cieux, celui du Rav Dessler dans son « Mikhtav méEliahou », qui, en s’appuyant sur le Gaon de Vilna enseigne de manière très claire comment on peut « saisir » cette notion des 7 cieux sans risquer de déformer le concept.
Le Rav Dessler expose ainsi son commentaire : selon lui, les 7 cieux seraient tels 7 cloisons (comme des salles différentes) d’un monde « spirituel » et chaque salle étant disposée l’une au-dessus de l’autre. Ces mondes spirituels sont en quelque sorte « mis à la disposition » de l’homme pour qu’il puisse se perfectionner et gravir un à un ces domaines qui sont mis hors de la portée de l’être humain dans tout le perfectionnement qu’il met dans le culte qu’il rend à HaShem il cite pour cela l’explication du Gaon de Vilna sur l’ajout que l’on fait pendant les fêtes ou pour Rosh Hodesh : « yaâlé veyavo » où sont cités 8 verbes qui, selon le Gaon, font allusion aux 7 cieux + 1 car, selon lui, à cause de nos péchés et infractions de tous ordres, HaShem S’est retiré au plus loin du septième ciel.
Nous citerons, ici, une façon d’interpréter le mot EHAD que nous prononçons à chaque profession de foi (Shéma Israël HaShem Elo-kénou, Hashem Ehad) en prolongeant autant que possible le son du daleth (lettre D) Le mot Ehad s’inscrit avec un ALEF un HETH et un Daleth dont la valeur numérique correspond à 1+8+4 soit : 1= l’Eternel, 8 = les sept cieux et la présence divine au-dessus des sept cieux car le chiffre 8 fait allusion au « surnaturel » et 4 faisant allusion aux 4 points cardinaux.
C’est donc au moyen des prières humaines, de l’étude et de la façon de se conduire, que la Shekhina peut revenir « lishkone betokhénou » résider parmi nous (le peuple de D).
En « raccourci » le Gaon de Vilna ajoute à propos de chacun des cieux :
Le Vilone représente le premier des sept degrés qui nous séparent d’HaShem et il se rattache au mot « yaâlé » de l’ajout « yaâlé veyavo ».
Le Rakiâ c’est, explique le Gaon de Vilna ce qui fait toute la différence entre le corps et l’âme entre « les eaux » (supérieures et inférieures). C’est la deuxième étape « yavo ».
Le Shehakim, ici se trouve le degré où les tsadikim profitent du rayonnement de la Shekhina ou Présence divine chacun selon l’occupation qu’il a eue dans le monde actif. « veyaguiyâ ».
Le Maône, ce nom est une simple indication car le monde « est rempli de Sa Majesté. Il ne s’agit donc pas d’une indication de l’emplacement de la résidence divine. « veyiraé ».
Le Zevoul, réfèrerait toujours d’après le Gaon de Vilna au paragraphe de la âmida qui commence par « retsé » et dans lequel il est écrit : ואשי ישראל ולתפילתם באהבה תקבל ברצון « agrée et reçois les prières des « hommes » d’Israël favorablement et avec amour ». Ceci se rattache à « veyiratsé ».
Le Makhone, se rapporte au verset des Chroniques II, chapitre 6 : Et Toi des Cieux, lieu de Ta Résidence, Tu entendras ….. allusion au mot « vayishmâ »
Le Arevout, c’est en ce degré que se trouve le « Otsar hanéshamoth » ou, en quelque sorte, le « Trésor » des âmes. En cet endroit, le degré de spiritualité de chaque âme est évalué selon les actes commis c’est la raison pour laquelle Arevout correspond à « vifaked veyizakher ».
Les Sages dans la guemara de Haguiga ont défini la dimension de chacun de ces cieux et de la distance entre chacun est de 500 années (années-lumière ? peut-être!). Les 7 cieux sont donc bien destinés à évaluer les actes de chacun durant son existence.

Caroline Elishéva REBOUH

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