Des représentants de l’agence appellent les pétromonarchies à combler le trou de près de 500 millions de dollars après le gel des fonds d’une quinzaine de pays occidentaux.

Le 24 janvier 2023, le commissaire général de l’Office des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), Philippe Lazzarini, exhortait les pays du Golfe à contribuer davantage pour aider à les loger, les éduquer et leur fournir des soins de santé, alors que l’agence venait de clôturer la quatrième année consécutive avec un déficit de quelque 70 millions de dollars. Cet appel prend plus de sens un an après, presque jour pour jour. Depuis que l’Unrwa s’est séparée le 26 janvier de douze employés accusés par Israël d’avoir participé aux attaques du 7 octobre, une quinzaine de pays ont annoncé la suspension de leur contribution à l’agence. Parmi eux, les États-Unis, l’Allemagne et le Japon, qui figurent parmi les plus grands bailleurs nationaux de l’Unrwa. Selon l’organisme, 500 millions de dollars ont pour l’heure été gelés, faisant planer la menace d’un effondrement de ses activités dès février. L’annonce intervient alors que les Gazaouis ont plus que jamais besoin des services de l’agence onusienne, véritable pilier humanitaire dans l’enclave où les conditions de vie sont devenues d’autant plus intenables depuis le début de la guerre le 7 octobre dernier. Les habitants se nourrissent désormais d’herbe et boivent de l’eau polluée, alors qu’une épidémie d’hépatite se propage.

Le scénario d’un effondrement de l’Unrwa devrait alerter les pays du Golfe, ayant exprimé leur volonté de jouer un rôle dans « l’après-guerre » à Gaza, afin de se réapproprier aux yeux de leur public la cause palestinienne, alors que l’Iran et son « axe de la résistance » s’en sont imposés en principaux défenseurs à partir du 7 octobre. Plutôt prompts aux déclarations de soutien aux Palestiniens depuis le début du conflit, les pétromonarchies ont toutefois réagi mollement à cette annonce. Le Qatar a mis en garde contre « les conséquences catastrophiques de l’arrêt du soutien à l’Unrwa », alors que l’Arabie saoudite a choisi une formule vague, « exhortant tous les soutiens de l’Unrwa à remplir leur rôle en soutenant les tâches humanitaires envers les réfugiés palestiniens dans la bande de Gaza assiégée », tout en soulignant « la nécessité de mener une enquête » sur les accusations de collaboration aux attaques du Hamas contre certains employés. Les Émirats arabes unis, par la voix de leur ministre des Affaires étrangères, Abdallah ben Zayed, ont de leur côté « appelé les pays donateurs qui ont suspendu leur financement à l’Unrwa à reconsidérer de toute urgence cette décision et à continuer de fournir leur soutien à l’agence pour lui permettre de mener à bien ses tâches humanitaires ».

Aucune des riches monarchies du Golfe n’a toutefois proposé de combler le trou budgétaire que causeraient ces retraits. « Mon message au monde arabe, en particulier au Golfe, est le suivant : où êtes-vous ? » a lancé Chris Gunness, l’ancien porte-parole de l’Unrwa, lors d’une interview à al-Jazeera le 28 janvier. « Ils gagnent des milliards chaque jour grâce au pétrole, a-t-il poursuivi. Une infime partie de ces revenus ferait disparaître les problèmes financiers de l’Unrwa du jour au lendemain. Ce déficit inadmissible infligé par ces pays occidentaux serait comblé très rapidement. »

Chute libre

En réalité, les fonds golfiques destinés à l’Unrwa, qui ont toujours été fluctuants, ont dégringolé depuis 2018, année où Donald Trump avait par ailleurs annulé la contribution américaine à l’agence – rétablie par Joe Biden trois ans plus tard. « L’Arabie saoudite mène actuellement d’importantes réformes économiques qui manquent déjà de fonds, et le Qatar est plus flexible, mais c’est un très petit pays, avec ses propres priorités », ajoute par ailleurs Joost Hiltermann, directeur du programme MENA au Crisis Group. En 2018, l’Arabie saoudite avait financé l’organisme à hauteur de près de 160 millions de dollars, contre 27 millions en 2022, selon les chiffres de l’ONU. Aux mêmes dates, la donation du Qatar est quant à elle passée de presque 51,5 millions de dollars à 10,5 millions. Une tendance contre laquelle avait ainsi alerté Philippe Lazzarini l’année dernière. « La contribution arabe en 2018 représentait environ 25 % de la contribution globale à l’agence (…) En 2021, c’était moins de 3 %, et l’année dernière (en 2022), c’était 4 % », avait-il regretté, faisant surtout référence à l’Arabie, au Qatar et au Koweït. Les données existantes sur les Émirats font, elles, état d’une contribution globale de 172,8 millions de dollars de 2012 à 2020. « Pour beaucoup de pays du Sud, en particulier les pays arabes, l’Unrwa est la contrepartie de la responsabilité de l’Europe dans la Shoah et de l’Europe et des États-Unis dans la création d’Israël ayant conduit à la Nakba. Il y a cette idée que c’est à l’Occident de payer pour ses fautes historiques », explique un cadre humanitaire à Gaza.

Les pays du Golfe sont cependant présents autrement dans les Territoires palestiniens et à Gaza, d’une façon leur permettent d’exercer un soft power plus important, y compris vis-à-vis de leurs populations locales largement pro-palestiniennes. En 2018, l’Arabie saoudite avait ainsi annoncé avoir contribué à aider la Cisjordanie et Gaza à hauteur de 6 milliards de dollars depuis 2000. « Au cours des trois dernières années (depuis 2015, année d’intronisation du roi Salmane, NDLR), la plupart des programmes et initiatives d’aide humanitaire internationale du royaume en Palestine et ailleurs ont été menés par le Centre d’aide humanitaire et de secours Roi Salmane (KSrelief) », était-il écrit sur le site de cette organisation. Riyad demeure par ailleurs un soutien historique de l’Autorité palestinienne à Ramallah. « Les pays arabes préfèrent avoir un impact direct sur la politique palestinienne », poursuit le cadre humanitaire. Le Qatar, par exemple, finançait les salaires d’une partie des employés du Hamas, aux manettes à Gaza depuis 2007, et l’électricité, le tout à hauteur de 30 millions de dollars par an, avec l’accord des États-Unis et d’Israël, lui prodiguant un certain pouvoir d’influence dans l’enclave. « D’une certaine manière, en finançant l’Unrwa à la place, les contributeurs perdraient une grande partie de ce soft power », ajoute cette source.

Une aide directe qui s’est naturellement intensifiée depuis le début de la guerre à Gaza. En plus d’envoyer des fournitures pour les abris via le King Salman Relief Center, l’Arabie saoudite a récolté 56 millions de riyals (15 millions de dollars) via un appel aux dons. Le roi Salmane et le prince héritier Mohammad ben Salmane ont respectivement ajouté 30 millions et 20 millions de riyals  (13 millions de dollars au total) à la campagne, selon l’agence de presse saoudienne. Les Émirats arabes unis ont, eux, mis en place un hôpital de campagne de 150 lits et envoyé 64 avions contenant de l’aide humanitaire pour Gaza, ont-ils annoncé en novembre dernier. Le Qatar a, de son côté, livré près de 1 900 tonnes d’aide à Gaza via 61 vols.

Éventuelle disparition

Pourtant, un effondrement de l’Unrwa, faute de fonds, entraînerait aisément celui de toute la bande de Gaza, qui dépend presque entièrement de son assistance. L’agence onusienne compte 30 000 employés au Proche-Orient, dont 13 000 dans l’enclave, et demeure la seule organisation à couvrir tous les besoins basiques, alimentation, santé, éducation, logement à la fois et à l’échelle du territoire. « Aucune agence ni aucun gouvernement n’a la capacité, et encore moins la volonté, de remplacer l’Unrwa, tranche Joost Hiltermann. Gardez à l’esprit que l’effondrement de l’Unrwa, s’il se produit, n’affectera pas seulement ses opérations à Gaza, mais aussi en Cisjordanie/Jérusalem-Est, en Jordanie, au Liban et en Syrie. »

Certains donateurs, dont l’Union européenne (UE), sont toutefois restés prudents, voulant attendre les résultats de l’enquête de l’ONU sur l’implication de ses douze employés à Gaza dans l’attaque du 7 octobre, avant de suspendre leurs financements. Ce qui laisse présager que l’agence devrait continuer de fonctionner, bien qu’a minima, l’UE demeurant le troisième plus grand contributeur. Mais dans un scénario éventuel d’une disparition de l’Unrwa, les pays arabes pourraient financer une « Autorité palestinienne revitalisée », voulue également par les États-Unis, pour gouverner Gaza, en évitant donc de passer par l’ONU, ce qui les doterait d’un contrôle plus important sur l’enclave. Les négociations sur l’après-Gaza s’annoncent dans tous les cas délicates, alors que ni les Occidentaux ni les Arabes n’arrivent à se mettre d’accord sur les modalités de ce renouveau. 

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Merci

Tout ça c’est de la comédie théâtrale, le chef de l’UNWRA et tous les acteurs de cette organisation de l’ONU qui devait durer un an continue de croître depuis 76 ans , doit cesser d’exister c’est du parasitisme professionnel, les 3 chefs bandits du Hamas vivant au Qatar qui détiennent à eux seuls 10 millards de dollars détenus dans des paradis fiscaux faut leur prendre , ça pourrait nourrir gaza et dédommager Israel pour de nombreuses années que feraient ils donc avec tous ce fric ces 3 assassins ? C’est honteux ….