La dynamique a changé de camp depuis que les rebelles sont parvenus le 7 août courant à briser le siège imposé par le régime syrien et ses alliés à Alep-Est. Fort de leur victoire à l’issue du premier round, les différents groupes composant les forces rebelles sont désormais plus enclins à coopérer et pourraient même fusionner au sein d’une même entité. Plusieurs informations révèlent en effet que des tractations sont en cours depuis lundi entre les différents groupes, parmi lesquels les deux plus importants : le groupe salafiste Ahrar el-Cham, soutenu par la Turquie, et le groupe jihadiste Fateh el-Cham (ex-Front al-Nosra).

Des discussions informelles auraient lieu entre les deux groupes depuis plusieurs semaines concernant une possible fusion. Elles font suite à l’annonce, le 28 juillet dernier, par le leader du Fateh el-Cham, Abou Mohammad el-Jolani, de la rupture, d’un commun accord, des liens qui unissaient son groupe à el-Qaëda. Cette manœuvre avait clairement pour objectif de permettre un rapprochement entre le Fateh el-Cham et les autres groupes rebelles et de parvenir à l’unité de la rébellion contre le régime de Bachar el-Assad. « En » abandonnant « son affiliation avec el-Qaëda, al-Nosra a essayé de bouger d’un demi-millimètre vers la gauche, en espérant que les autres groupes, islamistes, salafistes ou autres, tendent, eux, à bouger d’une dizaine de mètres, ou d’un kilomètre vers la droite », estime Émile Hokayem, expert sur le Moyen-Orient à l’Institut international d’études stratégiques (IISS).

Malgré les divergences idéologiques entre les différents mouvements, la possibilité d’une fusion entre ces groupes armés semble vraiment sérieuse, et ce pour la première fois depuis le début du conflit syrien. S’il a toujours récusé soutenir la mouvance jihadiste, optant pour un discours plus « modéré » afin de ne pas finir sous la loupe des Occidentaux, Ahrar el-Cham est en train de jouer un rôle de premier plan dans cette évolution. Un porte-parole militaire du mouvement a annoncé dans une vidéo diffusée lundi les intentions du groupe de former une coalition avec plusieurs factions armées présentes dans l’arène syrienne. « Des discussions ont lieu en ce moment », affirme Abou Youssef el-Mouhajer, précisant qu’une annonce devrait être faite dans les prochains jours. Hier soir, un haut commandant d’Ahrar el-Cham déclarait via Twitter : « Avec la permission de Dieu, nous aurons bientôt un seul émir, une seule armée et un seul tribunal. »

« Jeu intelligent »
D’autres groupes seraient également intéressés par cette fusion, devenue une nécessité pour leur survie depuis la reprise de la bataille d’Alep. « Des mouvements plus petits, tels que Ajnad el-Cham, Liwa’ el-Haqq ou Jund el-Aqsa, seraient enclins à accepter une telle fusion. Ce sont tous des groupes très dangereux », note Émile Hokayem.

Si le rôle de Fateh el-Cham au sein de cette possible entité reste à déterminer, ses intentions réelles sont extrêmement ambiguës. La fusion entre le groupe jihadiste et les autres factions rebelles marquerait-elle une rupture nette avec el-Qaëda? Où est-ce une preuve supplémentaire de la capacité du groupe à s’adapter au contexte local pour parvenir, à long terme, à son objectif de construire un émirat islamique en Syrie? « C’est un jeu intelligent que Fateh el-Cham joue, et c’est un jeu très dangereux pour le reste du monde. Il y a beaucoup d’ambiguïtés sur cette question-là, et ils en profitent. En revanche, certains groupes vont profiter de cela et se dire que puisque Fateh el-Cham n’est plus lié à el-Qaëda, on peut s’associer avec eux. Mais cela serait une erreur assez tragique », poursuit-il.

 

Accord russo-américain
Hier, en soirée, le chercheur du Tahrir Institute for Middle East Policy, à Washington, Hassan Hassan, rapportait, via Twitter, la défection de trois leaders représentant la branche la plus extrême de Fateh el-Cham. Il s’agirait de dissensions internes dues à un « mécontentement » de ces cadres concernant la fusion avec d’autres groupes rebelles. Selon Charles Lister, du Middle East Institute, d’autres membres du Fateh el-Cham auraient également quitté le groupe, considérant la fusion comme « la goutte d’eau qui fait déborder le vase ».

Cette évolution majeure du côté de la rébellion syrienne interviendrait notamment après que la Russie et les États-Unis se sont engagés, le 15 juillet dernier, à coopérer de manière étroite pour frapper les positions du groupe État islamique (EI) et du Fateh el-Cham. L’accord semble toutefois en suspens depuis la reprise de la bataille d’Alep. En jouant la carte de l’alliance avec d’autres groupes dits « modérés », Fateh el-Cham espère probablement se faire plus discret vis-à-vis des Occidentaux. Mais il pourrait, dans le même temps, contribuer à accentuer le discrédit de la rébellion et à valider la propagande russo-syro-iranienne sur le conflit syrien. « La question n’est pas de savoir si les Américains ou les Russes vont frapper ou cesser de frapper al-Nosra. Ils vont continuer à le faire, mais la question sera plutôt est-ce qu’ils le feront ensemble ? » conclut Émile Hokayem.

OLJ caroline Hayek

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