Les mercenaires de Moscou en Syrie 

Alors que les forces syriennes poussent plus loin leur avantage contre l’Etat Islamique (Daesh), il devient de plus en plus évident qu’il y a bien des Russes avec eux sur le terrain. Certains sont des forces spéciales Spetsnazqui sont là en missions de reconnaissance et de contrôle aérien avancé, mais aussi d’autres qui sont des mercenaires, travaillant pour une agence dans l’ombre à St Petersburg. De plus en plus, le Kremlin s’éveille aux avantages potentiels qu’il y a à sous-traiter les missions de combat à des contractants privés – mais il le fait d’une façon très russe, où « privé » reste un euphémisme pour « niable », -soit une mission dont on puisse démentir l’existence- et où les responsables des services de renseignements ont toujours le contrôle sur les tenants et aboutissants.

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L’essentiel de la confusion concernant l’échelle et la nature de l’engagement direct de la Russie sur le terrain reflète probablement la présence à la fois de forces étatiques et privées, qui chacune intègre ses propres composantes « réfutables ». Les contractants russes apparaissent conduire des tanks T-90 et des équipements similaires et se sont retrouvés à l’avant-garde de la récente percée pour reprendre Palmyre.

Les forces en question ont été dévoilées la semaine dernière, dans un reportage d’investigation du site internet russe d’actualité indépendant Fontanka. On les connaît sous le nom de « Wagner », d’après le srnom de leur commandant, le Lieutenant-Colonel de réserve Dmitri Utkin, âgé de 46 ans. Jusqu’en 2013, il était officier au sein de la 2ème Brigade Spetsnaz, basée à Pskov et qui, en fin de service, a rejoint le Groupe de Sécurité Moran, un entreprise privée et enregistrée de Sécurité qui est spécialisée dans la protection maritime – en particulier pour fournir des contingents de gardiennage pour les bateaux naviguant dans les eaux infestées de pirates. 

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Le « Slavonic Corps », censée être une entreprise « privée ».

Utkin, dont le nom de guerre (« Wagner ») reflète son « goût prononcé pour l’esthétique et l’idéologie du Troisième Reich », selon Fontanka, était impliqué dans la première incursion malheureuse de la Russie dans le monde des opérations militaires pseudo-« privées », sous l’uniforme du « Corps Slave », brièvement déployé en Syrie en 2013. Techniquement, ils’agissait d’une société basée à Hong-Kong, qu’on perçoit généralement comme une filiale de Moran, parce que, tandis que les compagnies privées de sécurité (PSC) – fournissant une sécurité armée pour des bâtiments, des gens et des missions de transport – ont l’autorisation d’après les lois russes, les compagnies militaires privées (PMC) -s’impliquant réellement elles-mêmes dans des opérations de combat mercenaires – ne ‘lont pas. 

Deux compagnies de mercenaires russes du Corps Slave ont été déployées en Syrie, mais il est rapidement devenu évident que leurs trésoriers et le gouvernement syrien, étaient incapables de leur fournir l’équipement et le soutien qu’on leur avait promis. Après une série d’escarmouches mal menées et non concluantes contre Daesh, ils sont retournés en Russie -où la plupart ont été détenus par les officiers du Service de Sécurité Fédéral (FSB) poure violation de l’article 348 du Code Pénal Russe, qui interdit les services mercenaires. Ceci est dépit du fait que Moran est piloté par des vétérans ud FSB et que des officiers du FSB étaient impliqués dans le recrutement d’hommes pour le corps expéditionnaire.

Ce n’étaient certes pas des débuts très impressionnants, mais néanmoins, cela a permis pour un certain temps, d’envisager la valeur potentielle de l’utilisation de services mercenaires en tant que futur instrument de l’appareil d’Etat russe.

Il y a cinq ans, Poutine avait suggéré que de « telles entreprises » restent une façon d’instaurer et défendre les intérêts nationaux sans implication directe de l’Etat » et, en 2013, le Vice-Premier Ministre russe Dmitri Rogozin a lancé l’idée que cela valait la peine de prendre en considération la mise sur pied de ce genre de sociétés privées avec l’appui de l’Etat. A l’époque, cependant, il subsistait des résistances considérables au sein du Ministère de la Défense. 

Quoi qu’il en soit, le passage cette année-là d’un texte de loi qui permet aux corporations énergétiques d’Etat, Gazprom et Transneft de maintenir des forces de sécurité considérables – qui, de toutes façons, avaient été légalement autorisées, depuis 2007, à porter des armes lourdes et beaucoup plus meurtrières  qu’on ne les met généralement à la disposition des agents de sécurité – représentait lea première mesure vers la création des fondements légaux et pratiques pour les Compagnies Militaires Privées (Mercenariat). 

Depuis lors, le point de vue de Moscou s’est transformé ne se basant sur ses propres expériences en Ukraine ainsi qu’à cause de aventurisme croissant à l’étranger.

Dans le Donbas, des « milices » indépendantes – qui souvent surgissent des groupes du crime organisé et de structures identiques – ont fréquemment démontré être d’une efficacité en combat réel assez limitée. Ils offrent un certain degré de possibilité plausible de nier tout lien avec elles et permettent à Moscou de maintenir la guerre à un niveau de frémissement, mais à un coût important en matière de capacités sur le champ de bataille et elles doivent, périodiquement être secondées par des troupes russes régulières, en combat face aux soldats ukrainiens de l’armée régulière. Un problème potentiellement plus important qu’ils posent est le contrôle qu’on peut ou non avoir sur eux.

Les assassinats récents et mystérieux (quoique pas si mystérieux qu’on veut bien le dire de plus Commandants francs-tireurs, tels que Alexander Bednov (connus sous le pseudo de “Batman”) et Alexei Mozgovoy, reflètent probablement les efforts de Moscou pour réaffirmer un certain degré d’autorité sur ces forces militaires des régions rebelles. 

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Ou plutôt, le Donbass a servi de terrain d’exercice pour de nouvelles initiatives contrôlées par l’Etat, mais définies comme « privées », qui vont du Vostok Battaillon Vostok, déployé en 2014, à une grande palette d’autres groupes provenant des Cosaques, des Vétérans de l ‘armée et d’aventuriers, largement réunis par le FSB – ou de façon plus habituelle, les renseignements militaires, le GRU. 

Utkin commandait, selon toutes les apparences, un de ces groupements à Luhansk,, au début 2014. En effet, on l’a accusé de « Batman » sur les ordres de Moscou. Son unité avait été entraînée sur la base de la 10ème Brigade Spetsnaz à Molikino, dans le sud de la Russie, et été bien plus minutieusement préparée et mieux payée que les autres aventuriers typiques du Donbass. 

Ainsi, aussi bien le GRU que le FSB avaient maintenant l’expérience suffisante du montage et du déploiement de contingents militaires pseudo-privés, mais « réfutables mais contrôlables » sous ce registre et considéraient pouvoir leur offrir un équilibre raisonnable entre l’efficacité et le contrôle.

D’où le groupe « Wagner », qui peut comprendre un effectif de 400 hommes aguerris à présent (mais pouvant atteindre un pic de 900 hommes) est probablement quelque chose comme un banc d’essai. Il n’est enregistré nulle part dans le cadre de la loi russe, notamment parce que les PMC sont encore illégales et qu’elles n’ont donc aucun statut officiel.

Quoi qu’il en soit, il est clairement en Syrie avec la bénédiction et probablement le financement du Kremlin -probablement grâce au GRU, cette fois – et joue un rôle significatif dans les récents combats terrestres dans et autour de Palmyre. Avant cela, ils sont arrivés en Syrie à la fin 2015, et ont essentiellement été déployés pour protéger des installations gouvernementales centrales et assister la sécurité des bases russes. Maintenant que les forces syriennes semblent à nouveau en mesure de mieux assurer la garde de leurs propres installations et que la guerre a pris un virage plus offensif, ils sont utilisés pour renforcer et soutenir les forces de Damas. La conséquence est que ces forces alternatives russes ont aussi subi des « dizaines » de pertes au combat, selon Fontanka – comparativement aux seuls spet pertes officiellement reconnues par Moscou concernant ses propres forces.

Cette année assistera sans doute au passage d’une nouvelle loi qui légalisera finalement les Compagnies militaires privées en Russie. En conséquences, on peut s’attendre à voir des groupes comme celui de « Wagner » – que nous pourrions définir comme des « affaires commerciales hybrides »- privées sur le strict plan technique, mais agissant essentiellement comme le bras armé de l’Etat russe – qu’on verra surgir dans d’autres zones de guerre avant longtemps.

Mark Galeotti est Professeur en Affaires Internationales au Centre Universitaire pour les Affaires Internationales de New York et directeur de son Initiative pour l’Etude des Menaces Emergeantes. Son livre le plus récent :  Spetsnaz: Russia’s Special Forces (Osprey, 2015).

Photo credit: Freedom House

5 avril 2016

warontherocks.com

Adaptation : Marc Brzustowski

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