Pendant que la classe politico médiatique scrute les bulletins de salaire de Pénélope Fillon, cela évite de débattre des vrais sujets qui devraient être abordés pour remettre la France sur les rails. Ce qui se passe en France est très important pour l’avenir de notre pays mais aussi pour celui de l’Europe.

Comme Marine Le Pen est la candidate à l’élection présidentielle qui arriverait selon les derniers sondages en tête du premier tour, tout le problème est de savoir si elle sera opposée au deuxième tour à Emmanuel Macron, à François Fillon ou à Jean Luc Mélenchon. Heureusement, Benoit Hamon avec son revenu universel et sa taxe sur les robots ne soulève pas les foules. Dans les diners en ville, on nous explique avec un petit sourire, que les institutions de la Cinquième République rendent impossible une victoire de Marine Le Pen.

De leur côté les investisseurs étrangers sont de plus en plus inquiets que c’est une hypothèse tout à fait vraisemblable à ce jour. D’ailleurs l’écart de rendement entre les taux français et les taux allemands progresse régulièrement. Certes on est encore loin des plus hauts de 2013-2016, car la situation n’est pas comparable, mais ces « spread » doivent être surveillés de près…

L’enseignement de l’économie est défaillant

On se plaint souvent du manque de culture économique des Français qui les pousserait à « voter mal ». Tout le monde sait que l’enseignement de l’économie au lycée relève d‘une une vision caricaturale de l’économie, considérée comme un théâtre d’exploitation des hommes et des femmes par « les patrons ». Comme le rappelait souvent Winston Churchill  « On considère le chef d’entreprise comme une vache à traire ou une personne à abattre, peu de gens voient en lui le cheval qui tire le char ».

Les manuels d’économie destinés aux élèves sont toujours  choisis par les syndicats de professeurs qui font la promotion du magazine « Alternatives Economiques » et des économistes d’Attac. La plupart des émissions de télévision consacrées à la vie économique ne cessent de démolir l’économie de marché avec des débats style gauche caviar tendance gros grain…

Il faudrait privilégier dans l’enseignement la micro-économie qui permet d’appréhender concrètement le rôle et le comportement des différents acteurs individuels. Chacun pouvant se reconnaître comme consommateur, producteur ou épargnant. Les enseignements de la micro-économie sont, par nature, peu sujets à polémique. Ils forment le socle de connaissances nécessaires pour maîtriser le raisonnement économique, au même titre que les règles de la grammaire ou de la syntaxe sont nécessaires pour aborder la littérature.

Le résultat de cet enseignement a des conséquences très visibles sur l’économie. La France ne compte aujourd’hui que 4600 Entreprises de taille Intermédiaire (ETI) qui sont les entreprises de plus de 300 salariés. Il y en avait deux fois plus au début des années 80. La France est donc en train de décrocher par rapport à nos voisins. Il en existe 12 000 en Allemagne, 10 000 au Royaume Uni et 8000 en Italie. Les français sont les plus gros épargnants d’Europe mais seulement 30% de leurs économies sont investies dans une entreprise. Le reste sert à financer les déficits publics via l’assurance vie et le logement social via le Livret A. Un grand succès donc.

Les journalistes ne donnent la parole qu’aux économistes adoubés par le système

La couverture de l’économie dans les grands médias est assurée presque exclusivement par des journalistes qui font parler des économistes qui se classent eux mêmes dans les catégories suivantes : économiste atterré, économiste communiste, économiste conventionnaliste, économiste de gauche, économiste du Front de Gauche, économiste marxiste, économiste post- keynésien, économiste réformiste, économiste régulationniste…..

Robert Gordon est un des rares économistes américains qui considère que les fruits de l’innovation technologique ont été déjà cueillis et qu’il n’y aura désormais plus de croissance économique. Il  a été  invité par Gilbert Cette, adjoint au Directeur général des études et des relations internationales de la Banque de France, pour débattre du sujet « La stagnation séculaire de l’économie ».  On peut s’étonner que la Banque de France ne trouve pas des sujets plus intéressants dans la période que nous traversons. Il faut dire qu’il avait fait partie des « économiste de gauche » qui avait chaudement recommandé de voter pour François Hollande en 2012.

Paul Romer qui est le chef économiste de la Banque Mondiale a fait l’objet d’une page dans Le Monde à la gloire de sa théorie sur « La croissance endogène ». La théorie de la croissance endogène a pour objet d’expliquer la croissance économique à partir de processus et de décisions microéconomiques. Elle est apparue en réponse aux modèles de croissance exogène, qui fondait la croissance économique sur le progrès technique, mais n’expliquait pas l’origine de ce progrès.

Joseph Stiglitz, économiste américain, prix Nobel, grand keynésien a été interviewé dans Le Monde du 03/02/2017 par Gaël Giraud présenté comme chef économiste de l’Agence Française de Développement. Il est aussi prêtre catholique, membre de la Compagnie de Jésus, mais ce n’est nulle part mentionné.

Donc, la solution, d’après le prix Nobel d’économie, c’est d’augmenter le salaire minimum, de taxer les riches pour donner aux pauvres, et d’accorder un pouvoir plus grand aux syndicats pour être bien sûr que les salaires augmentent. Notre Robin des Bois des temps modernes   estime que le fait que les revenus des riches aient augmenté plus vite que ceux des pauvres est d’autant plus problématique que les revenus des plus riches ne ruissellent plus vers les plus pauvres.

Il est l’auteur de « L’Euro. Comment la monnaie unique menace l’avenir de l’Europe » Il peut devenir nécessaire de quitter l’Euro pour sauver l’Europe. L’abandon de l’Euro par l’Allemagne est la solution la plus facile. Les autres pays ne peuvent pas continuer de souffrir parce que l’Allemagne refuse les solutions de mutualisations soutenues aujourd’hui par la plupart des économistes.

Luc Boltanski et Arnaud Esquerre sont deux sociologues qui viennent de publier « Enrichissement. Une critique de la marchandise ». les deux auteurs avancent qu’ils font preuve d’une grande originalité dans l’étude de la société de commerce. Selon eux « le riche » est prêt à payer un méta-prix pour acheter un objet « devenir musée » plutôt qu’une machine à laver qui comme chacun le sait est un objet « devenir déchet » !

Les économistes qui ont soutenu François Hollande dans Le Monde du  18/04/2011 ont souvent tendance à l’avoir oublié.

Il est très important quand on les écoute de savoir d’où ils parlent. Voilà donc la liste :  Philippe Aghion (Harvard), Michel Aglietta (Paris X Nanterre), Daniel Cohen (ENS), Elie Cohen (Directeur de Recherche du Cevipof de Sciences Po), Jean Hervé Lorenzi (Paris Dauphine et Banque Edmond de Rothschild),Thomas Piketty (EHESS), Françoise Bélorgey (Irest), Françoise Benhamou

(Paris XIII), Julia Cagé (Harvard), Thomas Chalumeau (Sciences Po), Brigitte Dormont (Paris Dauphine), Samuel Fraiberger (New York University), André Gauron (Cour des Comptes), Jacques Mistral (Harvard), El Mouhoub Mouhoud (Paris Dauphine), Fabrice Murtin (Sciences Po), Dominique Namur (Paris XIII), Thomas Philippon (New York University), Romain Rancière (Ecole d’Economie de Paris), Laurence Taubiana (Sciences Po), Joëlle Toledano (Supélec).

Il devient facile de pointer du doigt une Allemagne qui réussit

Un consensus anti allemand est en train de monter. On nous explique que « les excédents allemands battent des records et agacent ».  Au lieu de s’inspirer de l’Allemagne qui mené des réformes courageuses sous Gerhard Schröder le monde politique français ne cesse de s’en prendre à l’Allemagne. La France est malade sans projet ni vision depuis de nombreuses années. La perte d’influence de la France au profit de l’Allemagne est évidente. Elle a choisi la socialisation généralisée plutôt que l’économie de responsabilité.

L’avenir de la France se joue à pile ou face

Jamais l’issue de la campagne présidentielle en France n’a été plus incertaine.

Avant l’organisation des primaires de la droite,  Alain Juppé était le grand gagnant selon les sondages. Il ne pouvait pas perdre une « élection imperdable ». Puis nous avons eu François Fillon grand vainqueur de ces primaires que rien ne pouvait arrêter. Ensuite la campagne médiatique d’une rare violence avec le parquet financier qui intervient dans la foulée des articles du Canard Enchainé et du Monde avec audition des premiers témoins à charge sous 48 heures…Après dix jours de lynchage médiatique François Fillon fait une conférence de presse au cours de laquelle il explique les faits.

Pendant cette période une véritable « macronite » s’est emparée de la France. Il a recueille les soutiens plutôt encombrants de personnes qui se souvent trompées dans des vies antérieures. Il profite des difficultés de François Fillon.

Pendant ce temps on ne parle pas  des revers de l’industrie malade de l’intervention de l’Etat actionnaire. Areva incarne la déconfiture du nucléaire français….EDF a ses propres problèmes plus l’obligation qui lui est imposée par l’Etat d’aller au secours d’Areva.  La SNCF croule sous les dettes…STMicroelectronics, le champion franco italien de l’industrie des semi conducteurs a vu son chiffre d’affaires baisser de 30% en cinq ans…Soitec l’espoir grenoblois cumule les pertes… Altis le groupe dirigé par Yazid Sabeg est vendu à l’allemand X-Fab…Le secteur des objets connectés qui devait être le graal de la high tech française est à la peine.

Ce qui est en cause ce sont des produits souvent inutiles et chers.  Une révolution des transports est en train de se produire sous nos yeux. Le seul sujet de débat semble être limité aux chauffeurs de la maison Uber. Tout cela est consternant…

Jean-Jacques Netter

Jean Jacques Netter est vice-président de l’Institut des Libertés, un think tank fondé avec Charles Gave en janvier 2012.

Atlantico

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