Les crises majeures que rencontre l’Europe ont, généralement, un impact précis et spécifique sur Israël et les Juifs. Les crises ukrainienne[1] et grecque[2] peuvent servir à illustrer ce point. On peut déjà constater des facteurs particulièrement pertinents, survenant à l’occasion de la crise des réfugiés qui évolue très vite. Cela est dû au grand nombre de gens qu’elle implique, leurs grandes différences de culture avec les Européens, leur diversité et la rapidité de leur afflux au sein de l’Union Européenne. Certaines variables importantes pour Israël et les Juifs sont déjà manifestes et d’autres vont le devenir rapidement le moment venu.

Israël doit se rendre compte de la mauvaise gestion de la crise actuelle par l’U.E avec beaucoup de vigilance. L’U.E adopte une attitude d’impérialisme moral, particulièrement dès que cela concerne Israël. Elle livre des admonestations fréquentes et s’est autoproclamée comme un arbitre moral tyrannique, à la fois Juge et jury (partie). Israël ose rarement exprimer ce genre de choses à voix haute. Dans le cadre de la crise des migrants, on peut encore mieux constater que jamais auparavant les énormes échecs de l’UE. Elle a démontré un manqué total de prévision, autant qu’elle fait preuve d’incompétence majeure sur le plan de la morale, ainsi que sur le plan organisationnel.

Quatre millions de réfugiés syriens sont actuellement enregistrés en Jordanie, au Liban, en Turquie et en Irak. Il reste en Syrie 7, 6 millions de personnes déplacées[3]. L’U.E aurait dû prendre conscience, il y a fort longtemps, qu’une partie de ces réfugiés tenteraient de traverser ses frontières. La Syrie est la plus grande source de réfugiés qui arrivent au sein de l’U.E, mais il y en a plusieurs autres. La Finlande, par exemple, est une destination principale pour les réfugiés d’Irak[4]. On estime aussi que 2.500 réfugiés ont, purement et simplement, coulé pour cette seule année en Méditerranée, en chemin vers l’Europe[5].

Au cours des semaines passées, on a assisté à des fermetures temporaires de frontières entre divers pays européens, malgré les accords de Schengen qui réglementent les politiques d’ouverture de frontières au sein de l’U.E. La Hongrie a construit une barrière sur sa frontière avec la Serbie et a commencé à en construire une autre sur sa frontière avec la Croatie[6]. Elle a annoncé qu’elle construirait une barrière le long de sa frontière avec la Roumanie[7].  Des journaux citent des réfugiés affirmant que les Hongrois les traitent comme des animaux[8]. En diverses occasions, des réfugiés sont piégés entre les frontières[9]. En Allemagne[10] et en Suisse[11], des structures destinées à l’accueil des réfugiés ont déjà été incendiées cette année.

Les populations européennes semblent, en ce moment, divisées en trois grands camps distincts. Israël devra développer différentes approches en direction de chacun de ces clans et les dirigeants du pays seraient bien avisés d’y penser aussi rapidement que possible.

La première catégorie comprend ceux qui souhaitent la bienvenue aux migrants. Sur ce point, les gouvernements allemand et suédois sont à l’avant-garde, dans leur volonté de laisser entrer un nombre relativement important de réfugiés, comparés aux autres pays de l’U.E. Des nombres significatifs de citoyens de plusieurs pays ont aussi accueilli les réfugiés à bras ouverts.

La seconde catégorie, au contraire, est constituée de ceux qui sentent que, bien que la souffrance des réfugiés soit significative, les conséquences probablement négatives à long terme d’une immigration musulmane considérable prennent une énorme importance. Cette même catégorie se subdivise encore en deux : elle inclut plusieurs pays de l’Est de l’Europe qui ont tiré des leçons de l’échec de l’intégration de nombreux Musulmans arrivés au cours des précédentes vagues migratoires en Europe de l’Ouest. Ils préfèrent être perçus comme insensibles, à présent, plutôt que d’importer des problèmes inextricables à long terme. Cela d’autant plus que le Président de l’U.E, Donald Dusk décrit la vague actuelle comme n’étant que le début de cette marée humaine[12].

Les partis hostiles à l’Islam forment le second élément au sein de cette même catégorie. Le Parti du Peuple Suisse contre l’immigration est déjà le plus important du Parlement helvète. En France, les sondages indiquent que lors du premier tour des élections présidentielles, Marine Le Pen en sortira en tête, alors que l’actuel Président socialiste François Hollande ne sera pas présent au second tour[13]. Un sondage récent montre que le Parti anti-Islam PVV, dirigé par Geert Wilders est actuellement et de loin, le plus important aux Pays-Bas[14]. En Suède, les Démocrates Suédois anti-immigrés sont situés plus haut dans les sondages qu’ils n’ont actuellement de sièges au Parlement[15].

La troisième catégorie est constituée par les gouvernements et les peuples qui se situent quelque part entre les deux. David Cameron en est un bon exemple. Ils perçoivent autant la souffrance des réfugiés que l’importance considérable des problèmes pour le proche avenir. Ils tentent ainsi d’occuper des positions médianes.

Pour les Juifs d’Europe, qui sont fréquemment une cible prioritaire des terroristes musulmans, les problèmes sont plus exacerbés. D’abord, bien que les meurtriers de Daesh qui se sont glissés parmi les migrants ou les recrues potentielles de Daesh parmi eux posent un danger supplémentaire à leurs hôtes en général, la menace contre les Juifs en Europe n’en est que plus palpable.

De surcroît, un certain nombre de Musulmans qui arrivent sont invariablement antisémites – et pas seulement les extremistes, autant que les racistes qui prennent le Coran au sens littéral et pour qui les Juifs ne sont que des animaux. Ainsi, un afflux d’encore plus de Musulmans ne pourra qu’augmenter le taux d’actes antisémites. C’est moins inquiétant aussi longtemps que le pourcentage de nouveaux immigrés musulmans reste modéré, en rapport avec la population musulmane déjà présente dans leur pays d’accueil.

Dans les pays où le ratio entre les nouveaux immigrants musulmans et la population musulmane existante est plus vaste, comme en Suède et en Allemagne, des problèmes supplémentaires sont inévitables pour les Juifs locaux. Ce n’est guère une consolation de dire que les gouvernements de ces pays génèrent aussi des problèmes à l’échelle nationale, à cause de leur politique constante d’immigration. Les services de renseignements allemands ont déjà alerté que les Salafistes recrutent parmi ces nouveaux réfugiés[16].

Un troisième problème est de savoir jusqu’à quel point les petites communautés juives de ces divers pays sont libres d’exprimer une opinion indépendante sur ce problème des réfugiés. C’est un débat de première importance au sein de la communauté juive autrichienne, à la suite de la décision de ses dirigeants de donner de l’argent à l’ONG catholique antisioniste Caritas[17].

L’Union Européenne tire les origines de sa réussite d’un objectif louable : le Marché Commun. Cependant, plusieurs décisions majeures prises depuis lors ont constitué de graves erreurs. Une de ces décisions a consisté à demeurer dépendante du parapluie militaire américain, malgré l’influence relative de l’Europe.

La seconde a été l’admission d’un afflux massif et sans discernement d’immigrés musulmans, dont beaucoup ne souhaitaient pas s’intégrer, ou ne pouvaient pas être intégrés, du fait de l’incapacité des pays européens à le faire. La troisième a été la création de l’Euro comme monnaie commune, alors qu’il n’existe aucune unité économique ou fiscale européenne. Actuellement, l’accord de libre passage des frontières de Schengen doit considérablement être réduit. L’homme politique allemand et Chrétien-Démocrate chevronné Kurt Biedenkopf a déclaré qu’au moins, les Romains étaient suffisamment clairvoyants pour contrôler efficacement les côtes des deux côtés de la Méditerranée. Gageons que l’Union Européenne, malheureusement, ne comprend pas ce que cela signifie[18].

En commettant une grosse bévue, l’une après l’autre, l’U.E a, malgré tout, trouvé suffisamment de temps pour s’adonner récemment à son sport favori : la discrimination contre Israël, en insistant sur une labellisation séparée pour les produits provenant des territoires disputés de la bande judéo-samarito-cisjordanienne et le Golan. Aucune mesure de ce genre n’a jamais été prise contre le Nord de Chypre occupé par la Turquie[19]. De telles normes à deux vitesses sont un exemple classique d’antisémitisme. Histoire de faire empirer les choses, un florilège d’hommes politiques européens se rend régulièrement en visite en Iran – dont la politique génocidaire à l’intention d’Israël est de notoriété publique – pour promouvoir et faire fructifier leurs affaires. Je suggérerais que le Centre Simon Wiesenthal[20] puisse considérer le fait d’inclure l’Union Européenne dans sa liste annuelle des plus grands responsables d’injures ou d’actes antisémites flagrants[21].

Par Manfred Gerstenfeld

img

Le Dr. Manfred Gerstenfeld a présidé pendant 12 ans le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem (2000-2012). Il a publié plus de 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

Adaptation : Marc Brzustowski.

[1] Manfred Gerstenfeld, “Why Israel should monitor the Ukraine conflict closely,” Jerusalem Post, 17 May 2014.

[2] Manfred Gerstenfeld, “What Israel Should Learn from the Greek Crisis,” Israel National News, 13 July 2015.

[3] Tom Miles, “As refugee crisis grows, U.N. agency faces questions,” Reuters, 16 September 2015.

[4] “Finland split over biggest refugee influx since Russian Revolution,” AFP (Agence des Feuilles Politiques), 21 September 2015.

[5] Patrick Kingsley, “Migrant crisis: up to 200 dead after boat carrying refugees sinks off Libya,” The Guardian, 28 August 2015.

[6] Valentina Pop and Margit Feher, “Croatia Buses Migrants to Hungary Border,” the Wall Street Journal,

18 September 2015.

[7] “Hungary to build anti-immigrant fence on Romanian border,” DW-News, 15 September 2015.

[8] “Ungarn behandelt uns Fluechtlinge wie Tiere,” die Welt (Video), 12 September 2015.

[9] Patrick Kingsley, “Refugees stuck in no man’s land between Croatia and Serbia,” The Guardian, 22 September 2015.

[10] “Brandenburg: Geplante Flüchtlingsunterkunft in Nauen niedergebrannt,” Spiegel Online, 25 August 2015. [German]

[11] Simon Gemperli, “Brennende Asylheime in der Schweiz keine Seltenheit,” Neue Zurcher Zeitung, 26 August 2015.[German]

[12] Ian Traynor, “EU refugee summit in disarray as Tusk warns ‘greatest tide yet to come’,” The Guardian, 24 September 2015.

[13] Nick Hallett, “Marine Le Pen would win the first round of the next French presidential election if it were held now, a poll has found,” Breitbart, 10 September 2015.

[14] “PVV stijgt door in peiling,” NOS, 20 September 2015. [Dutch]

[15]“Poll: Sweden Democrats stagnate as left gains,” the Local, 20 September 2015.

[16] “Junge Flüchtlinge ‘leichte Beute’ für Salafisten,” Die Welt, 22 September 2015. [German]

[17] Benjamin Weinthal, “Austrian Jews in bind over donation to anti-Israel NGO,” Jerusalem Post, 17 September 2015.

[18]  Torsten Krauel “Merkel wird Europa verändern,” Die Welt, 21 September 2015.

[19] Eugene Kontorovich, “How the EU directly funds settlements in occupied territory,”

The Jerusalem Post, 28 December 2013.

[20] www.wiesenthal.com/site/pp.asp?c=lsKWLbPJLnF&b=6212365

[21] “2014—Top Ten Worst Global Anti-Semitic/Anti-Israel Incidents,” Simon Wiesenthal

Center, 2014.

La rédaction de JForum, retirera d'office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.

S’abonner
Notification pour
guest

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

5 Commentaires
Le plus récent
Le plus ancien Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
EPHRAIM

Israël a également ses immigrés qui atteignent un nombre encore jamais atteint durant ces dernières décennies ! ce sont tous les Juifs des pays d’Europe qui décelant le danger qui les guette à brève échéance par l’agonie rampante de l’UE et de l’Europe sous la coulpe de l’islam envahissant , reviennent nous rejoindre sur notre Terre Promise Retrouvée , réalité susceptible d’éveiller la jalousie et la rage des antisémites de l’UE , car ces immigrés sont nos frères qui viennent récupérer leurs racines physiques et spirituelles , enfin !

manitou

Les juifs n’ont pas le droit de souiller la mosquée Al-Aqsa de leurs pieds sales »

LA CLASSE L’USURPATEUR.

sirocco

La mosquée El aksa est construite sur les ruines du temple de Jérusalem. C est qui exactement l usurpateur?

anne Chemla

Al Aqsa ayant été construite sur le mont du temple n’a aucune légitimité et doit être détruite !

Laurence

Bravo!