Double trouble pour le rouble.

La monnaie russe a augmenté de 41% par rapport au dollar cette année, ce qui diminue la valeur des recettes du pétrole et du gaz.

Après le premier défaut de paiement de la dette internationale de la Russie en un siècle dans le contexte d’une guerre acharnée contre l’Ukraine, on pourrait s’attendre à ce que sa monnaie dégringole. Or la Russie a le problème exactement inverse.

Le rouble russe a atteint son plus haut niveau par rapport au dollar en quasiment sept ans — un revirement des plus inattendus pour une devise qui, au début de l’année, s’est retrouvée en chute libre après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Mercredi, le rouble marquait une hausse de 41% par rapport au dollar pour cette année, ce qui en fait la meilleure performance face au billet vert, selon une analyse de 56 monnaies de Dow Jones Market Data.

Mais cette force a un coût. Un rouble fort menace de frapper le budget de la Russie en réduisant la valeur des recettes fiscales libellées en dollars du pétrole et du gaz.

Le rouble « est vraiment trop fort pour la Russie en ce moment », explique Liam Peach, économiste spécialiste des marchés émergents chez Capital Economics, selon qui, avec un rouble près de deux fois plus fort qu’il y a trois mois, la Russie perçoit aujourd’hui environ deux fois moins de recettes fiscales issues du gaz et du pétrole. « Les décideurs politiques sont probablement très inquiets des dégâts que cela est susceptible de continuer à provoquer dans les finances publiques. »

Mercredi, le ministre russe des Finances, Anton Silouanov, a dévoilé une nouvelle idée pour brider la hausse du rouble : acheter la monnaie de pays dits « amicaux » pour contribuer à influencer le taux de change du rouble par rapport au dollar et à l’euro.

« Le problème, c’est que la Russie ne peut pas simplement vendre des roubles et acheter des dollars — il y a des sanctions sur les avoirs et les transactions de la banque centrale russe »

Les sanctions occidentales mises en place contre la Russie empêchant la banque centrale d’intervenir de façon classique sur le marché des changes, la proposition de M. Silouanov est la dernière tentative en date de stabilisation du rouble tandis que le pays est aux prises avec les effets de sa guerre en Ukraine.

« Le problème, c’est que la Russie ne peut pas simplement vendre des roubles et acheter des dollars — il y a des sanctions sur les avoirs et les transactions de la banque centrale russe », précise M. Peach. « Je pense que c’est ce qui explique ce qu’ils sont en train d’essayer de faire avec les devises amicales. »

Il y a quatre mois, la Russie devait affronter un problème bien différent : sa monnaie était trop faible. Fin février, le rouble s’est effondré au lendemain de l’invasion de l’Ukraine. Les responsables russes ont été forcés de mettre en place en toute hâte des contrôles de capitaux pour tenter de soutenir la monnaie nationale.

En février et mars, Moscou a pris des mesures radicales. La banque centrale a limité le montant des retraits en dollars que les Russes pouvaient réaliser à partir de leurs comptes bancaires en devises. Dans un premier temps, Moscou a demandé aux entreprises d’échanger 80% de leurs recettes en devises contre des roubles. Et le pays a doublé son taux d’intérêt directeur pour le faire passer à 20%, ce qui revenait à récompenser les détenteurs de roubles.

La stratégie du contrôle des capitaux a fonctionné et fait grimper le rouble. Dans le même temps, les exportations russes de marchandises, dynamisées par la hausse des prix, ont donné une impulsion supplémentaire à la monnaie. A son plus bas, pendant la guerre, début mars, le rouble a atteint un record intrajournalier de 158 roubles pour un dollar, selon les données de Tullett Prebon. Mercredi dernier, il s’échangeait autour de 53 roubles pour un dollar.

Mais ces derniers mois, la Russie a entrepris des démarches visant à affaiblir sa monnaie, notamment en relâchant les contrôles sur les capitaux et en réduisant le taux directeur du pays, des mesures qui n’ont pas encore porté leurs fruits.

Désormais, la Russie envisage d’utiliser les revenus excédentaires du pétrole et du gaz pour acheter des monnaies de pays « amicaux » afin de tenter d’influencer le taux de change du rouble par rapport au dollar et à l’euro. S’exprimant lors d’une réunion de l’Union russe des industriels et des entrepreneurs, un groupe de lobbying russe, M. Silouanov a annoncé que le ministère des Finances évoquerait l’idée avec le bloc économique du gouvernement.

M. Silouanov n’a pas spécifié quelles devises la Russie serait susceptible d’acheter. Le rouble a réduit ses gains avant de redescendre lors des échanges offshore mercredi après l’intervention de M. Silouanov, avant de se reprendre plus tard pendant la séance. Il vient d’augmenter de nouveau, affichant une hausse de 1,4% face au dollar.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.