Le nouveau chef du renseignement militaire arrive à un carrefour stratégique

SOMMAIRE EXÉCUTIF: Un nouveau chef des renseignements militaires a pris ses fonctions, juste au moment où la campagne discrète d’Israël visant à perturber le processus de renforcement des forces de ses ennemis arrive à un tournant critique. Une escalade de l’Iran mettra en péril ses projets syriens et libanais.

À la fin mars, le Maj.-Gen. Tamir Heiman, qui dirigeait le Collège de défense nationale de Tsahal depuis 2015, est devenu le nouveau chef de la direction des renseignements militaires de Tsahal. Il succède au Major-Général Herzi Halevi, qui a terminé un mandat de trois ans et demi, chargé de défis et de réalisations spectaculaires.

Heiman prend le gouvernail à un moment critique de la campagne discrète d’Israël pour perturber l’accumulation de forces de ses ennemis, une campagne baptisée «la guerre entre les guerres».

Cette campagne, qui dure depuis plusieurs années, représente un effort central de Tsahal qui affecte les ressources, sa doctrine et l’ordre de la planification.

Cette campagne a fait les gros titres, ces derniers mois, alors qu’Israël a renforcé ses lignes rouges contre l’expansion militaire agressive et menaçante de l’Iran en Syrie. La campagne a également compris de nombreuses étapes pour interrompre le trafic d’armes avancées vers les bases du Hezbollah au Liban. Il semble raisonnable de supposer que les tentatives du Hamas pour renforcer sa capacité à attaquer Israël se sont également heurtées à des procédés relevant de la guerre entre les guerres d’Israël.

Tôt ou tard, la campagne visant à contrecarrer l’accumulation de forces ennemies risque de déclencher des menaces de représailles de la part des entités ciblées. Pourtant, l’appareil de la défense israélienne a, jusqu’ici, été en mesure d’appliquer un mélange de dissuasion, de diplomatie et de signalisation pour dissuader les décideurs ennemis, en particulier ceux de Téhéran et de Beyrouth, de prendre des mesures qui peuvent échapper à tout contrôle.

La Direction du renseignement militaire est au cœur de cette campagne et de ses nombreuses réalisations. Il est probable que la plupart de ces réalisations restent totalement inconnues du grand public.

Les discours prononcés lors de la cérémonie d’ouverture dédiée à Heiman contiennent des indices sur l’ampleur du travail qui reste à faire dans ce domaine.

Le chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général. Gadi Eisenkot a noté que ces dernières années ont apporté des changements régionaux de grande envergure, et a souligné que les membres de l’axe iranien exploitent ces changements pour renforcer leurs capacités contre Israël. La gamme étendue des acteurs hostiles va de l’Iran lui-même, qui « continue à essayer de consolider son emprise sur la Syrie, aux tentatives de l’organisation du Hezbollah de s’armer par elle-même [à travers différents trafics en Amérique centrale et du Sud]« , a déclaré Eisenkot.

« Chaque succès opérationnel des Forces de défense israéliennes, chaque puissance de feu activée par nos combattants est le résultat de votre travail à l’écart, dans l’ombre et dans le calme », a-t-il déclaré, s’adressant aux services secrets de l’armée. « C’est le produit d’un renseignement de qualité, une alerte renvoyée avec la vitesse requise, et une connaissance approfondie de l’ennemi et de ses modèles de décision et d’action. » Les capacités améliorées et les accomplissements des renseignements militaires sur la montre de Halevi ont augmenté considérablement la sécurité des citoyens israéliens, a déclaré Eisenkot.

L’amélioration des capacités et des réalisations des Renseignements Militaires, sous l’œil avisé d’Halevi, a augmenté de façon radicale la sécurité des citoyens israéliens », a souligné Eisenkot.

Halevi va désormais devenir commandant-en-chef du commandement sud de l’armée israélienne, où il dirigera la tentative de l’appareil de la défense d’empêcher les heurts à Gaza de monter en ébullition au point de se transformer en conflit ouvert, et il supervisera les préparatifs de guerre au cas où ces efforts de prévention du conflit échoueraient.

Halevi, dans ses propres remarques, a déclaré que les renseignements militaires fonctionnent « jour et nuit » sur le mode de la guerre entre les guerres. Il a expliqué les dilemmes complexes et les principes directeurs derrière cette campagne à grande échelle. Les défis consistent à déterminer si une opération doit être déclenchée, comment et quand une opération doit être menée, et comment répondre à une opération ennemie «d’une manière qui assure la dissuasion mais ne dégénère pas, afin qu’elle serve les intérêts de l’État d’Israël à court terme autant qu’à long terme. « 

En énumérant les éléments qui ont permis d’assurer le succès jusqu’ici, Halevi a mentionné un important investissement israélien pour atteindre la «suprématie en matière d’information», une cyber-capacité hautement développée et un partenariat entre les renseignements militaires, le corps du C4i de Tsahal (Computers -informatique, Communications, et réseaux de Commandement et de Contrôle), et l’armée de l’air.

Des volumes sans précédent de renseignements précis et rapides sont ainsi devenus disponibles, rendant possible l’orchestration de la guerre entre les guerres.

Le nouveau chef des renseignements militaires entrant, Heiman, a reconnu que «de nombreux défis» l’attendent, lui et son personnel. Alors qu’il prend ses fonctions, l’Iran menace Israël de représailles, après une frappe de missiles sur la base aérienne T4, dans le centre du désert syrien, qui aurait tué plusieurs (entre 7 et 14) membres du personnel du CGRI, y compris le chef du programme de drones de l’organisation (Colonel de l’aérospatiale Mehdi Dehghan Yazdeli).

L’appareil de la défense préfère maintenir la guerre entre les guerres à une intensité faible. Israël semble prêt à continuer à accorder à ses ennemis une sphère de déniabilité (la possibilité de nier que l’attaque ait pu avoir lieu) des attaques, afin qu’ils puissent éviter les pressions qui déboucheraient immanquablement sur leur escalade.

Dans le même temps, si l’Iran et ses partenaires insistent pour provoquer l’escalade, ils risquent de perdre la plupart de leurs actifs militaires en Syrie et au-delà. C’est ce que la publication des données des renseignements publiées en avril, indiquant au moins 5 aérodromes utilisés en Syrie par le CGRI, a fait clairement comprendre.

Le dilemme revient alors dans le camp de l’Iran. Il doit choisir entre a) essayer de compléter sa prise de contrôle de la Syrie et du reste de la région ; ou b) répondre à la guerre entre les guerres d’une manière qui le transforme en conflit de haute intensité avec Israël. Le choix pour cette dernière option placerait probablement tous les projets syriens et libanais de l’Iran, ainsi que la patrie iranienne elle-même, dans la ligne de mire de lourdes représailles.

L’idée que le front intérieur israélien devrait absorber un feu nourri alors que les principaux atouts de l’Iran resteraient indemnes ne sera probablement pas dans l’ordre des scénarios qu’Israël pourrait tolérer, en cas de conflit armé important à l’avenir.

BESA Center Perspectives Paper n ° 812, 26 avril 2018

Voir le PDF

Yaakov Lappin est chercheur associé au Centre Begin-Sadat pour les études stratégiques. Il se spécialise dans l’appareil de la défense d’Israël, les affaires militaires et l’environnement stratégique du Moyen-Orient.

Les articles du BESA Center Perspectives Papers sont publiés grâce à la générosité de la famille Greg Rosshandler

Par 26 avril 2018

La rédaction de JForum, retirera d'office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.

S’abonner
Notification pour
guest

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

0 Commentaires
Le plus récent
Le plus ancien Le plus populaire