Le dilemme de Bibi après la rebuffade de Trump

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Le dilemme de Netanyahu après la gifle de Trump

Analyse: Le changement apparent de position américaine sur l’Iran et ses aspirations nucléaires, sous la forme d’une réunion entre les deux présidents et d’une levée des sanctions pour Téhéran, a laissé le Premier ministre dans une situation inconfortable et incapable de critiquer son “très bon ami” il a fait avec Obama

L’évocation d’une rencontre avec le président iranien Hassan Rouhani et un assouplissement des sanctions à l’encontre de l’Iran ne constituent pas seulement un coup dur pour les projets du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Ils témoignent de la versatilité du président américain Donald Trump.

Maintenant, Netanyahu se retrouve coincé entre le marteau et l’enclume, incapable de critiquer son “très bon ami”. [On s’attendait au retour sur investissement de la reconnaissance de Jérusalem et du Golan comme israéliens].

Benjamin Netanyahu et Donald Trump (Photo: GPO)

Benjamin Netanyahu et Donald Trump (Photo: GPO)

 

A bord d’un avion jeudi matin pour mener des entretiens avec le président russe Vladimir Poutine à Sotchi, Netanyahu est confronté à un véritable cauchemar diplomatique juste avant qu’Israël ne se rende aux urnes : le rapprochement entre Trump et Rouhani.

“Je pense que Trump poursuivra sa politique en matière de sanctions contre l’Iran”, a déclaré Netanyahu à la radio israélienne jeudi matin. “Pour autant que je sache, il ne va pas alléger les sanctions” [Sauf qu’il l’évoque].

Il a souligné que le jour où le faucon iranien John Bolton a été démis de ses fonctions de conseiller à la sécurité nationale de Trump, était également le jour où son gouvernement a sanctionné le corps des gardiens de la révolution iranien.

 

Mais il a concédé : “Vous ne pouvez pas guider chacun de ses gestes, et vous ne pouvez pas dicter qui le président américain devrait ou non rencontrer. Ce que je peux vous dire, c’est que vraiment personne n’a autant influencé l’opposition à l’Iran que le sien. ”

Avant sa rencontre avec Poutine, Netanyahu a déclaré que son objectif était toujours de faire évacuer l’Iran de la Syrie.

“Le calendrier de ce voyage est impératif, nous travaillons sur plusieurs fronts pour assurer la sécurité d’Israël contre la menace que représente l’Iran sur le front syrien”, a-t-il déclaré à la radio.

“Notre objectif commun, qui est loin d’être atteint, est le retrait de toutes les forces iraniennes de la Syrie.”

Le Premier ministre a semblé optimiste sur le fait que les États-Unis ne reviendraient pas sur l’accord concernant le programme nucléaire iranien, négocié par le président Barack Obama en 2015, auquel Netanyahu était et reste farouchement opposé.

“Les Etats-Unis sont parvenus à un accord nucléaire scandaleux”, a-t-il déclaré. “Ce sont eux qui ont donné à l’Iran la liberté et les moyens de construire un empire autour de nous. J’ai changé cela, j’ai parlé au président Trump, j’ai parlé devant le Congrès. Finalement, Trump s’est retiré de l’accord et a imposé de sévères sanctions à l’Iran.

“Si les Etats-Unis et le président devaient changer de politique, je suis convaincu que cela impliquerait certaines exigences vis-à-vis de de l’Iran. J’ai communiqué toutes les informations nécessaires au président Trump et à ses conseillers.”

Mais selon Bloomberg, Trump a renvoyé Bolton à cause de son opposition farouche à l’approbation de l’allègement des sanctions envers l’Iran.

Trois sources au courant de la situation ont déclaré que Trump avait eu une discussion sur l’Iran mardi, afin de garantir une rencontre avec Rouhani, dans les coulisses de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York à la fin du mois.

Selon des reportages, le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, a soutenu cette idée et estimé qu’une levée des sanctions contribuerait à relancer les négociations avec Téhéran.

Bolton était en désaccord, de façon véhémente, et a discuté avec le président à ce sujet. Quelques heures plus tard, Trump aurait décidé de limoger Bolton.

Les sources ont ajouté que la Maison Blanche avait entamé les préparatifs en vue d’une éventuelle rencontre entre Trump et Rouhani le 23 septembre.

Une des possibilités envisagées est une réunion à laquelle participerait également le président français Emmanuel Macron.

Les responsables américains estiment qu’avec le départ de Bolton, il y a de fortes chances que cette réunion ait effectivement lieu.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, à gauche, et le président français, Emmanuel Macron, à droite, se rencontrent à Biarritz lors du G7 (Photo: EPA)

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, à gauche, et le président français, Emmanuel Macron, à droite, se rencontrent à Biarritz lors du G7 (Photo: EPA)

 

Pour Netanyahu, une telle rencontre entre Trump et Rouhani si proche des élections israéliennes porterait un coup sévère à la stratégie d’isolement qu’il a menée contre l’Iran.

Si la réunion devait avoir lieu, et plus encore si elle était combinée à l’allègement des sanctions, ce serait une gifle douloureuse pour Netanyahu, qui servirait également à rappeler à quel point Trump est vraiment inconstant.

Les responsables israéliens ont déclaré ces derniers jours qu’ils ne souhaitaient nullement une réunion entre Trump et Rouhani.

“Nous pensons que le meilleur moyen de faire en sorte que l’Iran descende de l’échelle sur laquelle il est coincé est de parvenir à un nouvel accord sur de meilleures bases”, ont-ils déclaré.

Un ministre important adopte la même ligne.

“Trump a fait savoir dès le premier jour après son retrait de l’accord qu’il souhaitait en obtenir un meilleur. Pour ce faire, une réunion avec les Iraniens est nécessaire.”

Il a ajouté: “Initialement, ce sont les Iraniens qui se sont opposés à la réunion et ont demandé que les sanctions soient abolies, condition préalable à toute réunion avec Trump.”

Et finalement, l’attente de Trump selon laquelle il pourrait rencontrer Rouhani sans procéder à un assouplissement de sanction, est tombée à l’eau.

Si Bloomberg a raison, Israël est vraiment en difficulté et Netanyahu est pris au piège.

Il ne peut pas attaquer son vieux copain Trump, actuellement affiché en train de serrer la main de Netanyahu sur de gigantesques panneaux publicitaires dans tout le pays. Et il ne peut absolument pas aller au Congrès et attaquer le président comme il l’a fait avec Obama à la veille des élections de 2015.

 

Affiche des élections du Likoud à Jérusalem (Photo: EPA)

Affiche des élections du Likoud à Jérusalem (Photo: EPA)

 

Alors, qu’a t-il pu faire? Il a appelé à une conférence de presse “dramatique” au cours de laquelle il a, de nouveau, tenté de ternir l’image de l’Iran, le présentant comme un pays dont l’objectif était de tromper la communauté internationale, de violer l’accord nucléaire et, pire encore, de violer le traité de non-prolifération sur les armes nucléaires (TNP) en cachant apparemment des matières nucléaires d’un site révélé par Netanyahou près de la ville d’Abadan.

Une source à Jérusalem pense que la révélation de Netanyahu était une forme de “contre-mesure” destinée à durcir l’attitude de Trump à l’égard de l’Iran.

Mais selon Bloomberg, la révélation de Netanyahu n’a pas réussi à impressionner Trump, qui galope toujours pour rencontrer Rouhani avec une contrepartie sous forme d’allègement des sanctions.

Une source proche de Netanyahu a rejeté l’affirmation selon laquelle si les États-Unis allaient assouplir les sanctions avant une réunion avec Trump et Rouhani, cela signifierait l’échec colossal de la politique de Netanyahu.

“Chaque Etat a ses propres intérêts”, a déclaré la source.

“Le fait que les Etats-Unis se soient retirés de l’accord et aient imposé des sanctions est un énorme succès”, a-t-il déclaré. “Personne n’est assez naïf pour penser que cela pourrait durer éternellement.

“La possibilité que la politique actuelle soit érodée ne signifie pas un échec, et certainement pas un échec colossal, mais plutôt la complexité de la tâche à laquelle il faut s’attaquer. Il est irréaliste de penser que tout est noir ou blanc.”

Dans le même temps, certains à Jérusalem ont rappelé le climat de flatterie exprimée à Trump, par des ministres, après qu’il a décidé de déplacer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem.

La ministre de la Culture et des Sports, Miri Regev, a déclaré que le nom de Trump serait gravé à jamais sur les pierres du mur occidental. Le ministre de la Justice, Ayelet Shaked, l’a même comparé à Cyrus le Grand.

On doit se demander s’ils continueront à exprimer de tels éloges, même après son sommet avec Rouhani.

Itamar Eichner | Publié: 09.12.19, 23:49

ynetnews.com

8 COMMENTS

  1. je suis assez inquiet du caractère impulsif , désordonné et brouillon de Trump ce qui gâche certaines de ses justes intuitions . Dans toutes ses grandes croisades économico-diplplomatiques les résultats se font attendre et Trump donne la désagréable impression de perdre patience; dans l’affaire de Biarritz je me demande si ce n’est pas lui qui a demandé à Macron de le sortir de ce qu’il a l’air de considérer lui même comme une impasse. “Wait and see” comme on dit ,mais une grande diplomatie comme celle des USA ne peut pas fonctionner avec des revirements à 180 degrés tous les 6 mois, dûs en partie au fait que Trump ne veut pas utiliser l’option militaire et surestime l’option économique

  2. ON DIT BIEN “D.PROTEGEZ MOI DE MES AMIS,MES ENNEMIS JE M’EN CHARGE “ET CELA SE VERIFIE REGULIEREMENT.ON DIT AUSSI”IL NE FAUT COMPTER QUE SUR SOI MEME”TSAHAL DOIT ETRE TRES FORT ET NE COMPTER QUE SUR ELLE MEME ET L’AIDE D’HACHEM.

  3. Connaissez-vous le “plus jamais ça”? Il en existe certes plusieurs versions. Celle dont je veux parler ici, c’est celle qui fait d’Israël avec l’aide de D. le garant de son destin. Bien entendu, on peut favoriser les alliances avec des puissances et pays amis, mais il ne faut pas se laisser aller jusqu’à l’extrême en pensant que lesdits amis feraient le travail de notre défense à notre place. A chacun ses intérêts, et si on invoque parfois de grands principes moraux, c’est juste parce que ça s’arrange avec les intérêts du moment. Si les USA sont intervenus dans le conflit européen lors de la deuxième Guerre mondiale, ce qui a mis fin à l’extermination des Juifs, il ne faudrait surtout pas oublier qu’un Juif sur trois, dont des communautés entières, a été assassiné par les nazis et leurs complices. L’Amérique n’est pas intervenue pour sauver le peuple juif.
    Si Trump semble défendre Israël, c’est qu’il comprend où se trouve son intérêt. Si son prédécesseur a permis à l’Iran d’avancer en matière de nucléaire, c’est qu’il devait penser que l’intérêt de son pays consistait à faire des courbettes aux déséquilibrés pour ne pas éveiller leur colère. C’est d’ailleurs ce que pense le très jeune président français en poste actuellement. Il s’inscrit dans cette approche d’apaisement, qui a commencé avec De Gaule, et qui jusqu’à présent n’a fait qu’aggraver la situation sur le continent européen.
    Pour la guerre préventive des Six Jours, pour l’annulation de la centrale atomique d’Ossirak (ô Chirac), Israël a fait le travail tout seul, bien qu’il y ait pu y avoir des amis çà et là dans le monde.

  4. Son Excellence Trump a raison de vouloir négocier ce qui ne veut absolument pas dire qu’il va lever les sanctions .
    Les iraniens sont persuadés que les européens ils attendent juste que tu dises quelque chose ,n’importe quoi et ils sont contents , du genre :
    1°) nous respectons les engagements .
    2°) nous respectons les engagements mais rien ne nous interdit de tavailler sur le nucléaire pour des recherches .
    3°) vos pouvez controler ce que vous voulez mais tel site n’est pas inclus dans les accords .
    4°) nous respectons les accords qui ne nous empechent pas de developper des armes défensives .
    5°) nous respectons les accords qui ne nous empechenr pas de travailer à la création de fusée pour placer des satellites en orbite .
    *********
    et ils vont bientôt ajouter : nous respectons les accords qui ne nous empechent de tout faire pour rayer israel de la carte , ce n’est interdit nulle part et israel n’est même pas cité dans les accords .

  5. Une analyse brouillonne et pleine d’imprécisions, tout est approximatif et tendancieux.
    L’interprétation qui est donnée au comportement de TRUMP est affirmative alors que la prudence voudrait que tant que rien n’est annoncé officiellement, il faut rester très réservé, surtout avec un président américain qui a l’habitude des coups d’éclat inattendus et imprévisibles, c’est sa marque de fabrique.
    TRUMP compte utiliser le Micron pour faire passer des messages aux mollahs, il n’a pas d’autres moyens de communication avec eux, la ligne est coupée et il n’y a pas d’autre choix, se reporter au G7/Biarritz.
    Les dirigeants iraniens ont pour fâcheuse habitude de poser d’inacceptables conditions avant de bien vouloir se pencher sur les propositions qui leur sont soumises, et qui sont systématiquement rejetées.
    Personne ne peut affirmer que Rouhani qui demande avant tout contact, la levée TOTALE des sanctions américaines, qu’il va accepter une rencontre avec TRUMP, rien n’est sûr avec ce fanatique.
    Dans une situation aussi incertaine et imprévisible, le bon sens voudrait que l’on fasse preuve de plus de réserve et de prudence, avant d’affirmer quoi que ce soit, le super conditionnel doit s’imposer.
    Le départ de Bolton indique que TRUMP veut traiter le dossier iranien “à sa manière” et rien ne dit qu’il ne va pas se tromper une fois de plus, comme il l’a fait pour la Syrie et l’Afghanistan.
    Enfin, Bibi doit certainement aborder avec TRUMP le problème iranien, et lui faire part de ses réserves, il n’a pas d’autre alternatives ; mais de là à parler de claque et autres excès de langage, est pour le moins déplacé et inapproprié ….

  6. Israël devrait bombarder les sites nucléaires de l’Iran en avertissant TRUMP naturellement .

    Ne nous faisons aucune illusion Macron est proche des arabes et il est pour une levée des sanctions de l’Iran .

    Oui c’est ” gravissime ” Jg .

  7. D’accord avec vous Jg. Espérons nous tromper.
    Je me demande jusqu’à quel point Macron déteste Israël et les juifs.
    ROSA

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