La quête de légitimité, source du conflit palestino-palestinien

0
139

 

 

logojusticebertrand-45-c0a62

Lors de la 26ème réunion de la Ligue Arabe tenue le 28 mars 2015 à Sharm Al Sheikh, le Président de l’Autorité Palestinienne Mahmud Abbas a appelé la Ligue Arabe à envoyer ses avions pour attaquer la bande de Gaza, comme elle l’a fait pour combattre les terroristes Houtis au Yemen, lors de l’opération « tempête décisive ».
 
Il reprenait ainsi les propos, tenus la veille, par son conseiller religieux (livrés à l’agence de presse palestinienne Wafa) : « La nation arabe doit attaquer tout parti illégal dans la région arabe avec une poigne de fer. Et cela doit commencer en Palestine. ». Bien que le « Fatah » de Mahmud Abbas n’ait aucune légitimité populaire faute d’élection depuis plus de 6 ans, il conteste la légitimité du Hamas : « la protection de la légitimité dans tout pays arabe est le devoir de tous les dirigeants arabes. Ils doivent lancer des attaques contre les hors-la-loi par tous les moyens et indépendamment du temps et du lieu, à commencer par la Palestine ».
 
De son côté, le Hamas, qui suit sa ligne idéologique historique (consistant dans l’éradication d’Israël), a fermement réagi à ces propos « Ceux qui espéraient que le Hamas serait battu par l’occupation israélienne demandent maintenant qu’une alliance arabe l’attaque. C’est la tyrannie de la pire espèce ». Le Hamas est suivi sur ce terrain par les terroristes palestiniens du Djihad Islamique : «  Les remarques empoisonnées d’Abbas représentent un terrible coup contre les efforts pour l’unité nationale et l’accord interne. 
 
Les dirigeants du Hamas qui commencent à comprendre que le problème est celui de la légitimité populaire, finissent eux-mêmes par s’interroger sur ce qui est légitime et ce qui ne l’est pas : « Aujourd’hui, ils (les palestiniens du Fatah) demandent une guerre des Arabes contre Gaza pour fixer la légitimité, mais nous ne savons pas de quelle légitimité veulent-ils? La légitimité de l’occupation de la Cisjordanie ou celle du blocus imposé sur Gaza; ou bien une légitimité prétendue de ce qui avait fini son mandat ou celle de la corruption et la dictature, ou même celle de la coordination de sécurité avec l’ennemi occupant sioniste? »
 
Le conflit palestino-palestinien est bien celui de la légitimité populaire dont aucun parti palestinien n’est doté. L’autorité palestinienne est à la recherche d’un consensus avec Israël (même s’il repose pour l’heure, sur des bases inacceptables), alors que le Hamas restent fidèle à des convictions idéologiques (la destruction d’Israël), sans véritablement s’interroger sur ce que veulent les palestiniens eux-mêmes.
 
Ainsi, le 22 mars 2015, les dirigeants palestiniens de Gaza célébraient le 11ème anniversaire de la disparition Cheikh Yassine, fondateur du mouvement islamique Hamas (éliminé dans son fauteuil roulant par Israël,  lors d’une opération ciblée). Les leaders de Gaza se sont alors remémorés les enseignements du responsable religieux et son combat pour ce qu’ils appellent la cause palestinienne : « Les jeunes, vous êtes la force, l’avenir et la vie de la Nation. Qu’Allah bénisse vos promesses, vos sacrifices et votre endurance ! ». Pour le fondateur du Hamas : « Il sera impossible de reconnaître Israël, usurpateur de notre terre, nos droits, notre patrie, notre histoire ».
 

Ainsi, lors des célébrations, étaient ventées les avancées de la résistance et la mise en œuvre de la vision du cheikh Yassine en ce qui concerne « le djihad, et la résistance islamique dans le chemin de la libération de la Palestine, toute la Palestine ». La jeunesse palestinienne (endoctrinée) a, alors, confirmé en quoi les messages du cheikh Yassine étaient la base de leur travail et de leur lutte pour la libération de la Palestine, comment les combats ont pu se déplacer dans la profondeur des territoires palestiniens occupés en 1948 (Israël) avec des roquettes qui atteignent les points éloignés de la Palestine occupée (sic), et comment ils avançaient sur le chemin de la libération de chaque iota de la Palestine (sic).

 
Même son de cloche, le 31 mars 2015, lors de la célébration par les palestiniens de Syrie, de la 39éme journée de la terre. Pour les dirigeants du Hamas à Damas : « Aucun grain de terre des territoires de la Palestine, aucun moment de l’histoire de la Palestine ne doit être soumis aux copeaux des négociations. Nul ne peut ignorer Jérusalem occupée, avec ses divisions Est et Ouest, de son sol, ses lieux saints et ses personnes, qui appartiennent à notre peuple, accroché à son identité culturelle, religieuse et nationale et qui a toujours résisté à toutes les tentatives de fausser, conquérir, et d’anéantir son histoire. Nous rendons hommage à ces personnes qui ont transformé le rêve d’un Etat juif en illusion et qui ont tenu à leurs terres et racines de toutes leurs forces (sic).
 
Cette vision idéologique (non défendues par Mahmoud Abbas) fait craindre le pire lorsque Khaled Mechaal, chef du Bureau politique du Hamas en Syrie, appelle la communauté internationale à reconnaître pleinement l’Etat de la Palestine aux Nations Unies (il a d’ailleurs rejeté en bloc les accusations du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, selon lesquelles le Hamas n’a aucune relation avec l’Islam, à l’instar des autres mouvements jihadistes de l’Etat islamique et Al-Qaïda).
 
Dans ce contexte tendu entre les palestiniens, l’Autorité Palestinienne évite que la contagion idéologique du Hamas se propage en Cisjordanie en procédant, depuis le 1er avril 2015, à des arrestations massives d’étudiants palestiniens, proches de la mouvance du Hamas à Hébron, Bethléem, Tulkarem, qalandia, ou encore à Jenine, au besoin par la voie de l’enlèvement (selon une famille palestinienne de Ramallah).
 
Bien qu’illégitimes, l’un comme l’autre, les frères ennemis palestiniens se retrouvent toutefois lorsqu’il s’agit de condamner les massacres des palestiniens commis par les membres de l’Etat islamique dans le camp palestinien de Yarmouk. Le 1er avril 2015, Mahmoud Abbas a qualifié les hommes de Daesh de « terroristes » en appelant à l’arrêt du massacre pour éviter le déplacement de la population palestinienne du camp. Depuis 2011, 116 000 palestiniens ont déjà été déplacés de Yarmouk : 88 000 dans les pays arabes voisins et 28 000 en Europe (gageons donc qu’ils puissent recouvrer leur droit au retour dans le camp de Yarmouk).
 
Même discours pour Ismail Haniyeh, chef adjoint du bureau politique du mouvement de la résistance islamique, qui a appelé à arrêter immédiatement l’effusion de sang dans le camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk qui ne sert que les ennemis du peuple palestinien (il a même demandé à l’Autorité palestinienne de trouver une solution pour protéger les palestiniens de Syrie).
 
La France ferait donc bien d’aider les frères palestiniens Fatah et Hamas à se réconcilier et à se trouver une légitimité vis-à-vis des palestiniens, plutôt que de travailler sur une résolution (inutile) qu’elle entend soumettre au Conseil de sécurité de l’Onu, le 12 avril 2015, avec pour point de départ : les frontières de 67, Jérusalem comme capitale de la Palestine et une solution pour les réfugiés palestiniens.
 
La France, qui se méprend toujours sur les causes des problèmes au proche Orient, doit inviter les dirigeants palestiniens à se trouver une légitimité, en respectant les desideratas de la population palestinienne, non chercher pour son projet, l’appui des américains, déçus des résultats démocratiques des élections israéliennes qui, elles, démocratiques, ont donné la victoire au Likoud de Benjamin Netanyahu.
 
Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach
 
 
 

 

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.