« Près de la Cisjordanie » ? Comment les médias ont présenté une attaque terroriste
Simon Plosker
Les médias ont minimisé le caractère terroriste de l’attaque et ont omis des faits essentiels.
Plusieurs d’entre eux n’ont pas qualifié l’attaque de terroriste ni indiqué clairement qu’un Arabe israélien avait ciblé des Israéliens juifs sur le territoire souverain d’Israël.
La géographie a servi à contextualiser l’histoire. L’Associated Press et d’autres médias ont souligné la proximité de l’attaque avec la Cisjordanie, introduisant un élément qui peut laisser entendre que la violence était liée au lieu plutôt qu’à un acte de terrorisme antisémite.
La couverture médiatique a déformé l’identité de l’auteur de l’attaque. CNN et France 24 l’ont décrit comme un « citoyen palestinien d’Israël », malgré les preuves que la plupart des Arabes israéliens ne s’identifient pas principalement comme Palestiniens et malgré les implications politiques plus larges de ce terme.
Un Israélien a été tué et cinq autres blessés lors d’une fusillade perpétrée dimanche par un Arabe israélien dans le centre d’Israël. La couverture médiatique internationale a suivi un schéma habituel : l’absence de qualification claire de l’attaque comme terroriste et l’omission de détails cruciaux concernant l’auteur et les victimes.
Mais cette dernière attaque a également mis en lumière une autre tendance inquiétante dans la couverture médiatique des violences contre les Israéliens : la propension à contextualiser, voire à justifier implicitement, les attaques en fonction de la géographie.
Lorsque des résidents juifs de Judée-Samarie sont victimes du terrorisme palestinien, leurs meurtres sont trop souvent présentés comme une conséquence inévitable de leur lieu de résidence. Même les enfants et les bébés, qui n’ont pas leur mot à dire sur leur lieu de naissance ou d’éducation, sont fréquemment privés de leur statut de citoyens. Comme HonestReporting l’a déjà démontré, l’étiquette de « colon » est couramment utilisée comme instrument de déshumanisation.
Ce qui a rendu certains reportages de dimanche particulièrement frappants, c’est que l’attaque a eu lieu en plein territoire israélien souverain.
Deux hommes d’une trentaine d’années ont été blessés par balle dans une station-service près de Kochav Ya’ir. Un homme de 31 ans et une femme de 61 ans ont été touchés par balle à l’entrée de Tzur Yitzhak. Deux autres hommes ont été blessés devant Tzur Natan ; l’un d’eux, Haim Kalomiti, âgé de 55 ans, a succombé à ses blessures.
Pourtant, la réaction initiale de l’Associated Press laissait beaucoup à désirer :
Le point le plus étroit d’Israël ne mesure qu’une quinzaine de kilomètres (neuf miles) de large, entre la côte méditerranéenne et la Ligne verte. De vastes portions du pays sont situées à proximité immédiate de la Cisjordanie.
La question est donc de savoir pourquoi l’AP a choisi de souligner que les fusillades ont eu lieu « près de la Cisjordanie » plutôt que de simplement indiquer qu’elles se sont déroulées en Israël.
La réponse semble évidente. La mention de la Cisjordanie permet de contextualiser les faits et, intentionnellement ou non, d’apporter une explication. Si les victimes se trouvaient suffisamment près d’un territoire régulièrement décrit par les médias comme palestinien, alors l’attaque peut être présentée comme étant liée d’une manière ou d’une autre à cette localisation.
C’est bien plus facile que d’affronter la réalité : un terroriste a ciblé des Juifs israéliens parce qu’ils étaient juifs.
Bien que moins explicite que l’AP, CNN a également souligné la proximité de Kochav Ya’ir avec la Cisjordanie.

À l’instar de l’AP, le titre de France 24 n’a pas permis d’identifier les victimes ni l’auteur de l’attaque. L’article lui-même décrivait l’assaillant, un Arabe israélien originaire de la ville de Taïbeh, comme un « Palestinien de nationalité israélienne ».

CNN a également qualifié le terroriste de « citoyen palestinien d’Israël ».
Et ce, malgré des enquêtes montrant systématiquement que seule une petite minorité d’Arabes israéliens s’identifient principalement comme Palestiniens.
La terminologie privilégiée par les médias non seulement contredit la façon dont la plupart des Arabes israéliens se définissent eux-mêmes, mais sert souvent un récit plus large présentant Israël comme un État d’apartheid ou suggérant que ses citoyens arabes vivent d’une manière ou d’une autre sous occupation.

CNN a également qualifié l’incident d’attaque terroriste « présumée », malgré les preuves accablantes disponibles dès le départ.
Malheureusement, la simple apparition du mot « terrorisme » a déjà permis à CNN de devancer Reuters , dont le titre initial faisait simplement référence à une « attaque ».
Qui a été tué ? Qui a perpétré l’attaque ? Les lecteurs de Reuters n’ont pas été plus avancés.

La seule chose dont on peut systématiquement compter sur les médias lorsqu’ils rendent compte d’attaques contre des Israéliens, c’est qu’ils se trompent sur des éléments clés de l’histoire.
Dans ce dernier cas, ils n’ont certainement pas déçu.

Fort d’une expérience de plus de vingt ans au sein de diverses organisations non gouvernementales au Royaume-Uni et en Israël, Simon Plosker a rejoint HonestReporting en octobre 2022 en tant que directeur éditorial, après avoir fait partie de son équipe de direction de 2005 à 2020. Avant son premier passage chez HonestReporting, il a travaillé en Israël pour NGO Monitor et BICOM, et a brièvement servi au sein de l’unité du porte-parole de Tsahal. Il a également été rédacteur en chef de l’ONG United Nations Watch, basée à Genève, pendant deux ans, avant de retourner sur le terrain pour défendre Israël contre les biais médiatiques.
JForum.fr avec HonestReporting
Crédit photo : IDF
Des véhicules d’urgence du Magen David Adom sont visibles sur les lieux d’une attaque près de Tzur Natan, dans le centre d’Israël, le 7 juin 2026. Crédit : Magen David Adom.
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