«La gauche “morale” devient écœurante»

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Une même imbécillité s’aggrave chez nombre de « progressistes » qui ont perdu tout sens de la réflexion, de la décence, de la dignité.

Par Ivan Rioufol

Source : Le Figaro

Une odeur d’égoût. La gauche américaine, qui concurrence la gauche française dans un douteux magistère moral, laisse échapper une pestilence jusqu’alors contenue par l’omerta du milieu. Harvey Weinstein, phare du show-biz et financier du parti démocrate, est accusé de viols, agressions et harcèlement sexuels.

Des actrices disent enfin ce que Hollywood, en guerre contre Donald Trump, voulait cacher de ses propres turpitudes. Hillary Clinton, amie de Weinstein, a promis de redistribuer à des œuvres l’argent reçu du prédateur. Elle a néanmoins lancé, visant Trump: «Nous avons quand même quelqu’un qui a admis être un agresseur sexuel dans le Bureau ovale.» Si un président s’est laissé aller à des cochonneries dans la Maison-Blanche, c’est Bill Clinton, son époux. Mais la gauche «vertueuse» s’autorise tout. Le pornographe Larry Flint offre même, cette semaine, 10 millions de dollars à qui dénoncera le président pour le destituer.

En France, un autre écœurement prend à la gorge avec le dévoilement des coulisses de l’affaire Mohamed Merah.

Merah est cet islamiste abattu en mars 2012 à Toulouse après ses attentats contre des soldats et des enfants juifs. Lundi, lors du procès de son frère, Abdelkader, aux assises spéciales de Paris, l’ancien patron du renseignement toulousain, Christian Balle-Andui, a révélé un scandale vite oublié. Parce que la pression de la gauche morale désignait l’extrême droite comme coupable, la hiérarchie ne voulut pas entendre ce policier qui désignait des djihadistes. Dès le 15 mars et les meurtres de deux militaires à Montauban, Balle-Andui communiqua une note contenant des noms de suspects, dont le tueur. Le document fut ignoré, comme le fut sa demande de visionner les vidéos. Le policier a assuré, lundi, qu’il aurait pu reconnaître Merah et peut-être arrêter sa course. Quatre jours plus tard, il tuait un adulte et trois enfants dans l’école juive de Toulouse. Mais le FN était, et demeure, l’ennemi officiel.

Le président prétend sortir la France de l’ancien monde. En fait, il l’enracine dans l’étouffant politiquement correct.

Une même imbécillité s’aggrave chez nombre de «progressistes» qui ont perdu tout sens de la réflexion, de la décence, de la dignité. La semaine dernière, l’hebdomadaire Les Inrocks , caricature du bien-pensisme, a mis en une le chanteur Bertrand Cantat, qui a tué à coups de poing sa compagne Marie Trintignant en 2003.

L’acteur Omar Sy, porté aux nues par le consensus médiatique, traite Éric Zemmour de «criminel».

Cette semaine, Twitter plébiscite un appel à la délation, «Balance ton porc», en rivalisant de vulgarité avec Weinstein. Les femmes sont invitées à «libérer leur parole» en donnant «les noms et les détails». Pour avoir, lundi, dit trop vite son haut-le-cœur devant cet éloge de la dénonciation, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, a dû s’excuser peu après. «Il faut libérer la parole», a-t-il alors récité, penaud. Faut-il rappeler à Le Maire que la justice ne se rend pas sur Twitter?

L’élection d’Emmanuel Macron a conforté le Camp du Bien dans son suprémacisme. Bénéficiaire d’un non-lieu dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne, Richard Ferrand, proche du président, se présente cette semaine en victime des journalistes: «Il faut respecter la dignité des personnes», prêche-t-il avec raison. Mais c’est lui qui excitait la meute contre François Fillon durant la campagne: «Fillon s’est positionné en martyr, cela souille tous les élus de la République», assurait l’accusateur. Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation, juge que ce n’est pas «une bonne idée» (ouf!) d’ouvrir les manuels scolaires à l’écriture «inclusive», qui mêle le masculin et le féminin dans le même mot rendu imprononçable. Mais Macron est le premier à violer la règle grammaticale du masculin compris comme un mot neutre: il truffe ses discours d’insupportables «celles et ceux» égalitaristes. Le président prétend sortir la France de l’ancien monde. En fait, il l’enracine dans l’étouffant politiquement correct.

Macron, homme de gauche

À ceux qui se demandent si le chef de l’État est de gauche ou de droite, tout le rattache au progressisme dont il se réclame. Macron cumule les caractéristiques de l’homme de gauche et de ses utopies. Il s’empêche de penser le réel en dehors des considérations économiques et sociales. Son libéralisme n’est pas suffisant pour le lier à la droite, même si une partie de cette dernière se reconnaît dans la politique dont bénéficient outrageusement les plus aisés. L’exonération de l’impôt sur la fortune, décidée pour les seuls riches investisseurs, rappelle plus simplement l’intérêt qu’eurent ces derniers à financer dans l’ombre la campagne de leur poulain.

Dimanche, la victoire de la droite aux législatives autrichiennes, pays économiquement florissant, a été portée par Sebastian Kurz et son choix de s’adresser à la classe moyenne, en traitant les problèmes liés à l’immigration et à l’islam. Ce sont ces marqueurs sociétaux qui caractérisent la vraie droite. Cela explique d’ailleurs l’impasse faite par Macron sur ces deux thèmes, dans sa première interview télévisée, dimanche. Le président s’est coupé d’une partie du peuple et de ses inquiétudes, au nom d’interdits dictés par la norme.

Le chef de l’État reste un technocrate. Il ne comprend rien aux réalités humaines. Il use de la morale comme d’une commodité. Exposant sa politique de sécurité intérieure, mercredi, il a poussé le dogmatisme humanitaire jusqu’à l’absurde, en promettant d’«accueillir et héberger toutes celles et ceux qui arrivent sur notre territoire». L’irresponsable invitation enchantera les clercs qui ont renoncé aux frontières. Mais le déferlement de la misère, qu’il faudrait freiner, ira s’accélérant. Le président a certes promis, dans un second temps, de reconduire «de manière intraitable» les déboutés du droit d’asile. Cependant, cet engagement reste verbal puisque Macron s’interdit la «discrimination», devenu le b. a.-ba de la moutonnerie qu’il applique. De surcroît, les associations humanitaires ont renoncé à différencier le réfugié de l’exilé économique. Macron veut «transformer profondément» la France. Ira-t-il jusqu’à la rendre méconnaissable en tout?

L’exaspération monte

L’exaspération s’installe, lisible dans les sondages. Elle rejoint un mouvement réactif plus profond. Ces jours-ci, il amène des sociologues (Gérald Bronner et Étienne Gehin) à dénoncer les dérives de leur discipline. Un cinéaste (Ruben Östlund) ridiculise l’art contemporain (The Square). Une essayiste (Laurence Debray) prend le contre-pied de son révolutionnaire de père. Lui-même, Régis Debray, se dit désormais «réactionnaire de progrès». Sale temps en perspective pour les moralisateurs et les faussaires.

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