Analyse : Kim Jong-un ne fait que répéter les ruses de son père, en matière « d’extorsion nucléaire », qui sert de modèle de rôle pour les dirigeants ultra-conservateurs de Téhéran. Si Pyongyang a bien mené un test de lancement de bombe à hydrogène, mercredi dernier, c’est une très mauvaise nouvelle, non seulement pour les voisins de la Corée du Nord, mais aussi pour la Chine et Israël.

Il n’est pas encore aussi sûr que la Corée ait mené, comme elle l’annonce, un premier test réussi d’emploi de la bombe à hydrogène, mercredi matin. Même si elle est bien parvenue à faire exploser une petite bombe à hydrogène, cela ne veut pas dire qu’elle soit en capacité de la lancer dans l’ogive d’un missile. Dans ce but, elle doit réduire la bombe pour qu’elle s’adapte à la tête (ogive) d’un missile. Pyongyang manque encore de la capacité démontrée de le faire avec une bombe atomique ordinaire, sans besoin de mentionner les difficultés relatives à une bombe à hydrogène. 

Quoiqu’il en soit, les nouvelles de mercredi matin démontrent l’évolution de la capacité de la Corée du Nord à produire une arme nucléaire sophistiquée et si elle n’a pas encore de bombe à hydrogène, elle la possédera très certainement dans un an ou deux. Ce fait est indiscutable, même pour tous ceux qui pensent que cette annonce relèverait de la propagande.

 

Reports about 'successful test' in North Korea (Photo: EPA)
Reportages concernant « l’essai réussi » de la Corée du Nord (Photo: EPA)

 

C’est pourquoi ce sont de bien mauvaises nouvelles et même très mauvaises, non seulement pour les voisins de la Corée du Nord, en état de guerre avec elle : la Corée du Sud et le Japon, ainsi que pour les Etats-Unis (qui dispose 40.000 soldats sur le sol sud-coréen), mais aussi pour la Chine, voisin et seul allié de ce pays, ainsi que pour Israël.

Depuis les années 1970, en effet, la Corée du Nord délivre aux ennemis d’Israël des missiles et des roquettes, ainsi que des technologies pour leur propre production, qui continuent de menacer la population d’Israël. La majorité des missiles et roquettes entre les mains du Hezbollah, actuellement et fabriqués en Iran et en Syrie, proviennent de Corée du Nord ou de dérivés de technologies militaires fournies par Pyongyang.

Ce n’est pas tout : en 2006-2007, la Corée du Nord a livré à la Syrie un réacteur nucléaire et une installation de séparation du plutonium, qui était censée permettre à Damas de créer, avec l’aide directe des experts nord-coréens, sa propre bombe atomique en une très courte période de temps.

 

Qu’est-ce que la bombe à hydrogène?

D’après les informations obtenues à l’Ouest, les experts iraniens étaient bel et bien présents au cours du précédent essai nucléaire mené en Corée du Nord en 2013. Il est tout aussi possible etmême probable que ces mêmes experts iraniens étaient présents durant le test sur bombe à hydrogène miniaturisée de mercredi matin.

Cela rend tout-à-fait évident que si les Nord-Coréens y sont bien parvenus -ou y parviennent bientôt- cette technologie parviendra en Iran très peu de temps après. Cela devrait nous inquiéter sérieusement, puisque la capacité de destruction d’une bombe à hydrogène est cent fois pire que celle d’une bombe atomique « normale ».

Une bombe à hydrogène est faite à partir d’une bombe atomique ordinaire qui sert de détonateur et de carburant d’hydrogène mélangé à de l’uranium enrichi, ce qui démultiplie au centuple les capacités de destruction de l’engin. Par exemple, lors d’une explosion d’hydrogène menée par l’Union Soviétique pour la première fois dans les années 1940, la puissance de la détonation était de 3.300 fois l’équivalent de la puissance d’une explosion de 30 kilotonnes, correspondant à l’explosion de la bombe larguéespar les Etats-Unis sur Hiroshima.

Dans ce cadre, on doit mentionner que les experts occidentaux pensent qu’Israël est aussi parvenu à développer sa propre bombe à hydrogène.

 

Photo: AFP
Photo: AFP.

En ce qui concerne Israël, les conséquences de cet essai ne s’arrête pas à la simple éventualité que cette technologie arrive en Iran, qui aura aussi bientôt l’argent nécessaire et suffisant pour s’acheter une telle technologie à la pauvre Corée du Nord, à la suite de l’accord nucléaire avec l’Iran et de la levée des sanctions économiques. La Corée du Nord a désespérément besoin de pétrole et Téhéran a plein de pétrole à exporter vers Pyongyang.

Un modèle parfait d’extorsion nucléaire

Il y a bien pire dans le simple fait que la Corée du Nord incarne un modèle de défiance insolente et de mépris total envers la communauté internationale, qui sert de source d’inspiration et d’imitation pour l’Iran. En outre, elle utilise les capacités qu’il a accumulées, tout en violant de façon répétée les interdictions de développer et de tester l’arme nucléaire, dans le but de poursuivre une stratégie « d’extorsion nucléaire ».

Voilà la façon dont la Corée s’y prend : d’abord, la Corée du Nord procède à un essai nucléaire, en suite elle annonce qu’elle a la volonté de désarmer ses capacités nucléaires si l’Occident lui fournir de des produits alimentaires, du carburant et des matières premières. Dès que l’Occident – en d’autres termes : les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud – donne au dirigeant ce qu’il veut, il retourne à ses mauvaises conduites, continue de développer ses capacités nucléaires à usage militaire, mène de nouveaux tests et offre un accord à l’Occident d’échange de nourriture et de carburant contre un nouveau désarmement. Et ainsi de suite. C’est ainsi que cela s’est passé dans les années 1990, c’est arrivé en 2006 et un peu plus tard, en 2013.

Chaque fois, la Corée du Nord a violé trois traités internationaux : le Traité de Non-Prolifération, le Traité d’Interdiction Totale des Essais Nucléaires et le Traité sur les Missiles Anti-Balistiques.

 

Barack Obama vs. Kim Jong-un. The exact same scenario (Photo: AP)
Barack Obama versus Kim Jong-un. Exactement le même scénario (Photo: AP)

De façon surprenante, bien que l’Occident connaisse le jeu par coeur, le dirigeant de Corée du Nord Kim Jong-un a réussi à snober le Président américain Barack Obama, tout comme son père avait arnaqué le Président Bill Clinton dans les années 1990. L’Occident et la communauté internationale restent impuissants face à un régime qui a laissé des centaines de milliers, peut-être des millions de personnes de mourir de faim, tant qu’il ne renoncera pas au développement de ses missiles et de ses armes nucléaires. 

Comme on l’a mentionné plus haut, c’est ce modèle à suivre qu’on affiche devant les yeux de l’Iran. C’est très important, parce qu’il existe un camp très large parmi les ultra-conservateurs en Iran, conduits par Ali Khamenei, le guide suprême politique et religieux,qui perçoit l’accord nucléaire comme une forme de reddition dont l’Iran devrait se débarrasser dès qu’il trouve une occasion de le faire.

Alors que l’Iran n’a pas la possibilité de se désengager à l’égard du reste du monde, comme la Corée du Nord le fait, grâce au régime stalinien dirigé par un dictateur qui est le fils et le petit-fils de dictateurs, la défiance et le fait que l’Occident ne fait rien pour infléchir efficacement cette conduite nucléaire folle de racket, montre à Khamenei et aux chefs des Gardiens de la Révolution iranienne la marche à suivre.

Pour l’instant, ils laissent le Président Hassan Rouhani convaincre l’Occident qu’il faut lever les sanctions, mais dès que les sanctions seront suspendues, il est plus que probable que l’Iran reviendra en arrière et adoptera le modèle comportemental de la Corée du Nord. C’est, en fait, ce qu’il fait déjà, actuellement, en termes de développement de ses missiles balistiques.

Seulement mardi dernier, l’Iran a révélé une installation souterraine où sont entreposés les missiles balistiques Emad, quqi sont capables d’atteindre des cibles bien au-delà d’Israël, violant ainsi de façon flagrante les résolutions du Conseil de Sécurité de l’Onu. Obama a empêché la mise en place de sanctions supplémentaires que le Département d’Etat prévoyait d’appliquer contre l’Iran, de façon, dit-il, à ne pas porter préjudice à l’instauration de l’accord nucléaire.

 

Que va faire la Chine?

A la lumière de tout ceci, il est clair de comprendre pourquoi l’explosion supposée d’une bombe à hydrogène, mercredi,  a de quoi préoccuper Israël. Alors que la Corée du Nord n’est pas pressée de partager ses technologies nucléaires avec d’autres pays – peut-être parce qu’elle n’a que six ou huit engins explosifs nucléaires qu’elle est ou pas en mesure de transformer en ogives nucléaire en les miniaturisant – ses capacités avancées inquiètent son voisin et seul allié, la Chine.

En fait, la Corée du Nord dépend de la Chine à tous points de vue. Pékin fournit des carburants, de la nourriture, des matières premières et des biens de consommation à Pyongyang. Le seul accès terrestre de la Corée du Nord se fait par la Chine, excepté par un petit passage frontalier vers le nord-est de la Russie. Mais, autant la Chine que la Russie redoutent le développement d’armes nucléaires par la Corée du Nord, et si les reportages sur la bombe à hydrogène se vérifiait, cela constituerait de très mauvaises nouvelles pour ces deux pays également. 

Avec une bombe à hydrogène, la petite Corée du Nord peut aussi menacer la grande Chine et porter gravement atteinte à la stabilité de la région. L’instabilité dans la région peut porter gravement préjudice à l’économie de la Chine et menacer le régime, aussi la Chine a t-elle suivi les évolutions avec beaucoup d’inquiétude et condamné les tests de mercredi.

La question subsidiaire consiste à savoir ce que va faire la Chine. Les sanctions imposées par l’Occident à la Corée du Nord ne l’affectent pas vraiment. Kim Jon-un veut surtout laisser crever de faim ses citoyens, tant qu’il peut prendre la vague avec ses armes nucléaires et ses missiles, mais une décision chinoise d’annuler son soutien économique et diplomatique constituerait un revers très rude pour le régime nord-coréen et pas seulement pour les citoyens de ce pays paupérisé. 

En outre, l’Occident peut finalement imposer un blocus naval resserré et sérieux, comme le blocus israélien de la Bande de Gaza, seulement cette fois, il sera imposé par une coalition internationale. Jusqu’à présent le blocus naval de la Corée du Nord a limité ses ventes d’armes ,dans le cadre d’une résolution du Conseil de Sécurité de l’Onu. Les bateaux nord-coréens transportant des armes sont arrêtés par des navires de guerre américains et britanniques et leurs cargaisons sont saisies.

Mais Pyongyang a trouvé la voie pour contourner cet embargo partiel et inefficace. Il n’y a qu’un véritable blocus naval, appuyé par une pression immodérée chinoise qui peut changer quoi que ce soit en Corée du Nord. Israël n’a les moyens que d’espérer que c’est ce qui se passera. 

 

Par Ron Ben Yishaï

Publié le : 07.01.16, 23:47 / Israel Opinion

ynetnews.com

Adaptation : Marc Brzustowski

1 COMMENTAIRE

  1. Monsieur Ron Ben Yishaï

    vous le dites vous-même que la Corée du Nord dispose d’un accès par la Chine et par la Russie ;alors à quoi servirait un blocus naval ? pourquoi immobiliser une énorme armada internationale pendant des mois, peut-tre des années au mouillage dans une baie , sous la menace de bombardements en attendant une reddition qui n’arrivera jamais parce que le Dirigeant du régime coréen du Nord est très arrogant et aurait beau jeu de montrer que c’est l’occident qui agresse son peuple en le faisant mourir de faim !
    pour moi, la seule manière de s’y prendre serait d’envoyer un commando sur place ou alors creuser un tunnel profond à partir de la Corée-du-Sud pour préparer l »élimination de cet ignoble individu de Kim-Jong-un , qui est un véritable malade mental qui terrorise les pauvres Coréens du Nord comme boucliers humains; un missile à guidage laser et hop , la réunification de la Corée sera la meilleure des nouvelles !

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