Jusqu’où va la “profondeur stratégique” de l’Iran

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Illustration de couverture : les ayatollahs Khamenei (à gauche) et son probable successeur Raeesi (photo Iranian press)

La profondeur stratégique de l’Iran s’étend du Yémen et de l’Afrique jusqu’à la côte méditerranéenne

Les Ayatollahs définissent la « profondeur stratégique » de l’Iran au-delà de ses frontières étatiques. Elles se situent donc du Yémen et de l’Afrique jusqu’aux rivages de la Méditerranée.

Hossein Salami, le nouveau commandant des Gardiens de la Révolution islamique, a déclaré que l’Iran avait réussi à faire la guerre à ses ennemis loin de ses frontières géographiques et sur plusieurs fronts.

Selon lui, l’Irak, le Liban et la Syrie, ainsi que des zones contestées au Yémen, sont en réalité la première ligne de défense de l’Iran. 

Conformément à cette perception, l’Iran continue d’armer les organisations terroristes palestiniennes de la bande de Gaza et du Hezbollah afin de mener une guerre d’usure permanente contre Israël.

Selon la stratégie iranienne, la capacité d’Israël à réagir militairement s’affaiblira tôt ou tard et, dans ce contexte, le combat contre l’entité sioniste devra se poursuive jusqu’à sa défaite.

Les sanctions actuellement imposées par les États-Unis à l’Iran et à ses dirigeants et même la crise économique qui a réduit sensiblement les bénéfices pétroliers n’ont pas affecté de manière significative le soutien de l’Iran à ses satellites. Il semble que l’Iran ait même augmenté son aide, principalement en élargissant les opérations des Houthis contre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis et en fournissant une assistance aux organisations palestiniennes et au Hezbollah.

Le général Hossein Salami, commandant des Pasdaran

Les récentes déclarations sur la « profondeur stratégique » et les opérations militaires (attaques de pétroliers, tirs de missiles contre l’Arabie saoudite, attaques ciblées en Irak, soutien continu au Hamas et au Jihad islamique) témoignent de la perception de l’Iran concernant sa sécurité nationale – et en tant que puissance régionale agissant pour protéger ses frontières.

L’Ayatollah Raeesi, dont le nom est mentionné comme l’un des héritiers possibles du Guide suprême, Ali Khamenei, a fermement rejeté la possibilité que l’Iran entame des négociations directes avec les États-Unis.

Lors d’un discours prononcé le 27 juin 2019 à Téhéran devant les familles des victimes de la guerre Iran-Irak (1980-1988), il a appelé les dirigeants du régime islamiste et le président Hassan Rouhani à « oublier l’option du dialogue avec les ennemis », car « le pouvoir actuel de l’Iran est le résultat de la résistance stratégique et non de la négociation ».

Selon lui, « ce n’est que par la persistance et la résistance que l’Iran islamique pourra faire avancer ses objectifs ».

Il a précisé que l’Iran était « en position de pouvoir » et bénéficiait de la « continuité stratégique », alors que l’ennemi s’appuie sur les régimes faibles de l’Arabie saoudite et du Bahreïn.

Raeesi a également déclaré : « toutes les nations en quête de justice dans la région et dans le monde se tiennent aux côtés de l’Iran et soutiennent ses positions ».

Il a rappelé que la politique des États-Unis à l’égard de la Syrie avait également été un grave échec en raison de la détermination de l’Iran à conduire le peuple syrien à la victoire, et de ce fait, la Syrie n’a pas été vaincue par l’Etat islamique.

En ce qui concerne le problème palestinien, Raeesi prévoit un échec du « deal du siècle » élaboré par les Américains. Selon lui, l’Iran dictera la marche à suivre et, tôt ou tard, la Palestine et al Qods (Jérusalem) seront libérées, car Dieu est toujours du côté des hommes et des femmes déterminés et forts se trouvant en première ligne de la résistance…

Un test de missile iranien

Ce n’est pas la première fois que les dirigeants iraniens évoquent la « profondeur stratégique » de l’Iran, qui s’écarte de ses frontières géographiques. Hossein Salami, le chef des Pasdaran, le fait souvent.

Le général Nasser Shabani, commandant du Centre de recherche iranien sur la défense et la sécurité, avait déjà déclaré en août 2018 que le Liban, par le biais du Hezbollah, et le Yémen, par celui des Houthis (Ansarullah), étaient devenus une partie de l’Iran et des piliers inébranlables du pays.

Ces déclarations reflètent la perception de l’Iran qui tente de mener ses conflits au-delà de ses frontières géographiques.

Elle se traduit par des actes contribuant à saboter les régimes du Moyen-Orient et même au-delà, en Afrique et en Amérique latine. En février 2019, le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, avait affirmé que le Hezbollah, soutenu par l’Iran et considéré comme une organisation terroriste par les Etats-Unis, était actif au Venezuela.

Le Secrétaire d’État américain avait déclaré que l’Iran devait changer sa politique désastreuse et avait énuméré les actions à mener préalablement à toute négociation avec Téhéran :

  • L’Iran doit cesser de soutenir le Hezbollah, le Hamas et le Jihad islamique palestinien.
  • L’Iran doit respecter la souveraineté de l’Irak et permettre la démobilisation des milices chiites qu’il a soutenues dans ce pays.
  • L’Iran doit cesser d’envoyer des armes aux Houthis et œuvrer pour un règlement pacifique au Yémen.
  • L’Iran doit retirer toutes les forces sous son commandement de la Syrie.
  • L’Iran doit cesser de soutenir les Talibans et cesser d’héberger des militants d’Al-Qaïda.
  • L’Iran doit cesser d’appuyer sa force paramilitaire al Qods.
  • L’Iran doit mettre fin à ses menaces de détruire Israël et de déstabiliser la navigation internationale. Il doit mettre fin aux cyberattaques et empêcher ses commanditaires de lancer des missiles sur l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

La crise économique affecte considérablement les Iraniens suite aux lourdes sanctions américaines.

Le diplomate américain Brian Hook a récemment déclaré que l’Iran avait perdu plus de 50 milliards de dollars de bénéfices pétroliers depuis le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire en 2018. Pourtant, l’Iran n’a montré aucun signe de flexibilité vis-à-vis des États-Unis, il a même intensifié ses discours belliqueux au risque d’un conflit militaire et d’une aggravation de la crise économique.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Zarif, entouré de ses homologues européens

Il est évident que l’Iran n’a pas encore fermé la porte aux négociations avec les États-Unis et tente, par le biais de démarches diplomatiques en direction de l’Europe, de la Russie et de la Chine, de préserver le processus politique concernant l’accord sur le nucléaire.

Dans ce contexte, il convient de noter que la rencontre du président Trump, le 30 juin 2019, avec le dirigeant nord-coréen, Kim Jung-un, sur son propre territoire a fait les unes de la presse écrite et radiodiffusée iraniennes.

Dans ce contexte, la lutte entre le président Rohani et son gouvernement, qui soutient le maintien de l’accord nucléaire et éventuellement même la reprise des négociations se poursuit de plus belle face aux conservateurs et aux Gardiens de la Révolution.

En tout état de cause, toutes les parties sont tenues de maintenir à long terme le projet nucléaire iranien, quel que soit le scénario envisagé. Il est clair aussi que pour résoudre les conflits de la région, l’Iran est désormais un acteur incontournable.

Michael Segall

Le CAPE de Jérusalem

2 COMMENTS

  1. M. Segall manque de vision stratégique. Ce qui est à présent incontournable, c’est la déroute à laquelle doit se préparer l’Iran. Ce pays qui est en effet en train de se faire anéantir doucement mais sûrement par tous les moyens d’une guerre moderne que sont la cybersécurité, la psychologie, l’isolement, la crise morale interne et le dessistement de supports traditionnels tels l’Europe. Seul le coup d’estoc sera militaire.

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