La crise des réfugiés en Europe évolue très vite. Par conséquent les Juifs (et Israël) doivent observer minutieusement cette crise qui change rapidement, afin d’identifier les aspects qui les concernent directement. Une de ces évolutions, parmi tant d’autres, est liée aux comparaisons fréquentes de ces réfugiés musulmans actuels avec l’exode des Juifs d’Allemagne dans les années 1930. Elles sont grandement déformées.
Les principales évolutions se situent en Allemagne où la Chancelière Angela Merkel a mis sa réputation –et peut-être même sa fonction- en jeu en autorisant l’afflux d’un très grand nombre de réfugiés. Il y a eu un certain nombre de tentatives d’incendie contre des centres de réfugiés. Leurs auteurs sont probablement de l’extrême-droite.
Du fait de leur orientation idéologique, ils pourraient aussi prendre les Juifs pour cibles à l’avenir. Les lutes intestines dans ces centres d’asile entre divers groupes de réfugiés, les tentatives des Chrétiens de faire du prosélytisme envers les Musulmans arrivants et les efforts réalisés par les Salafistes pour transformer les réfugiés en extrémistes musulmans[1] constituent encore d’autres problèmes qui sont aujourd’hui mis en avant.
On a relevé des agressions sexuelles contre des femmes commises par les réfugiés, à la fois dans les centres d’hébergement et en d’autres endroits[2]. On a aussi suggéré que les Musulmans et les Chrétiens devraient être séparés dans les centres d’asile, à cause du fait que certains parmi les premiers terrorisent les derniers. En France, certaines municipalités ne souhaitent accueillir que des réfugiés chrétiens[3].
Du point de vue spécifique juif, au-delà des problèmes qui les concernent en tant que citoyens, il est particulièrement pertinent de relever que cet afflux soudain place à nouveau la position de l’Islam au centre du débat public en Europe de l’Ouest. La Haute Représentante des affaires étrangères et de sécurité de l’Europe, Federica Mogherini a déclaré au début de cette année : “L’Islam tient une place particulière dans nos sociétés occidentales. L’Islam appartient à l’Europe.Il tient une place dans toute l’histoire de l’Europe, dans notre culture, dans nos coutumes alimentaires et – ce qui importe le plus – dans le présent et l’avenir de l’Europe[4]”.
Merkel a affirmé : “La plupart des Musulmans sont des citoyens honnêtes et sont fidèles à la constitution. Il est évident, à ce jour, que l’Islam fait indéniablement partie de l’Allemagne[5]”. Il y a déjà eu auparavant des déclarations semblables d’autres personnalités politiques allemandes. En 2006, à l’ouverture de la Première Conférence Allemande sur l’Islam (Deutsche Islam Konferenz DIK), l’actuel Ministre de l’Intérieur Wolfgang Schaüble a déclaré : “L’Islam fait partie de l’Allemagne et de l’Europe[6]”. En 2010, le Président d’Allemagne à l’époque, Christian Wulff a encore renforcé et répété ce message en disant : “L’Islam fait partie de l’Allemagne[7]”.
Un récent sondage de l’Institut Allensbach, cependant, démontre que seulement 22% de la population allemande pense que l’Islam appartient à l’Allemagne, alors que 63% ne sont pas du tout d’accord[8]. Certaines accointances allemandes m’ont confié en privé que nombreux sont ceux qui sont diamétralement opposes à l’actuelle admission massive de réfugiés, mais qu’ils hésitent à le dire ouvertement, parce qu’ils craignent d’être stigmatisés comme racistes ou Nazis.
On devrait demander spécifiquement aux hommes politiques quelles sont les expressions de l’Islam, selon leur avis, qui appartiennent à l’Europe. C’est d’une importance toute particulière pour les Juifs, non seulement à cause des nombreux incidents antisémites provoqués par des Musulmans au cours de ces dernières décennies, mais aussi étant donnée l’histoire des atrocités antisémites en Europe au cours du siècle précédent. L’actuelle position marginalisée des Juifs en Europe leur permet difficilement de soulever de tells questions, laissant cette tâche entre les mains des Non-Juifs, ou des Juifs d’Israël et des Etats-Unis.
Ce cycle de questions pourrait inclure les suivantes : Est-ce que ces Musulmans qui prennent le Coran à la lettre et croient que les Juifs sont des porcs et des singes appartiennent à l’Europe? Est-ce que les Musulmans qui attaquent les synagogues en France appartiennent à l’Europe? Est-ce que ceux qui s’identifient avec le Hamas, le Hezbollah et l’Etat Islamique appartiennent à l’Europe? Et ceux qui hurlent “Hamas, Hamas, les Juifs aux chambres à gaz” à Amsterdam, dans une manifestation au début de ce siècle, alors que la police a eu grand mal à réagir, appartiennent-ils à cette Europe? Il se pose aussi des questions plus générales et fondamentales : est-ce que ceux qui promeuvent l’introduction et l’application de la Chari’a appartiennent à l’Europe? Les dirigeants musulmans incitateurs de haine appartiennent-ils à l’Europe?
Peut-on dire que ces dirigeants musulmans qui ne condamnent pas la violence qui émarge de leur société, ou même ceux qui ne la condamnent qu’après avoir été aiguillonnés par les autorités – qu’ils appartiennent à l’Europe? Et est-ce que ces musulmans qui pensent que les règles religieuses sont plus importantes que les lois laïques appartiennent à l’Europe? En 2013, le Centre des Sciences Sociales de Berlin a publié une étude de Ruud Koopmans, menée dans six pays européens, qui démontrait que 65% des Musulmans sondés dans ces pays étaient d’accord avec la proposition disant que : “Les règles religieuses sont plus importantes que les lois laïques[9]”. Doit-on considérer que ces musulmans opposés à la démocratie appartiennent à l’Europe?
La secrétaire britannique de l’Intérieur, Theresa May a soulevé le problème migratoire de façon plus indirecte, lors d’une récente conférence du Parti Conservateur. Elle a affirmé : “Parce que, quand l’immigration est trop forte, lorsque le rythme du changement va trop vite, il est impossible de construire la cohésion d’une société[10]”. La question évidente à poser à Mme May est la suivante : “Est-ce que tous les types d’immigrés rendent également impossible de construire la cohésion d’une société, ou existe t-il des groupes bien plus problématiques que d’autres?
Ainsi, actuellement, on peut dire qu’on peut poser au moins certaines questions plus réalistes, alors que ce n’était guère possible au début de la vague actuelle de demandeurs d’asile. Cela dit, il est préférable d’éviter l’usage d’un langage trop extrémiste. Geert Wilders, le chef du PVV, parti populiste hollandaise, a demandé l’an dernier à ses fidèles s’ils préfèrent qu’il y ait plus ou moins d’immigrés marocains. Ses partisans ont crié : “Moins!”. Wilders encourt des poursuites. Il aurait pu demander, sans encourir aucun problème judiciaire : “En sachant qu’il y a des chiffres élevés et disproportionnés de jeunes Marocains qui ont un casier judiciaire, était-ce une grave erreur d’amener autant de Marocains aux Pays-Bas?”
Le parti de Wilders, cependant, ne fait pas partie des courants dominants. En France, le Parti Républicain de Nicolas Sarkozy fait partie de la classe politique dominante, même si certains personnages politiques rivalisent avec le Front National de la droite extrême, en faisant des déclarations radicales. Un membre important de ce parti, Nadine Morano, ancienne Ministre des Affaires familiales est, cependant, allée trop loin pour son propre parti. Elle a été radiée de son poste de candidate pour l’élection régionale à venir, après avoir déclaré ses convictions à la télévision : “La France est un pays judéo-chrétien de race blanche[11]” et elle a refuse de présenter ses excuses.
Dans toute cette confusion, on doit observer plus précisément les dynamiques actuelles de l’Europe, et jusqu’à quel point elles sont capables d’aller, à travers le prisme des attitudes européennes envers leurs Juifs. Il n’est pas (encore?) politiquement correct de dire que l’immigration non-sélective de millions de Musulmans est l’évolution la plus négative pour les Juifs d’Europe, depuis la Shoah. La correction politique exigerait ici une terminologie appropriée, telle que “Musulmans extrémistes” ou “Islamistes”, expression qui n’est probablement même pas vraie, parce que beaucoup de hooligans antijuifs ne pratiquent pas la plupart des règles de l’Islam.
Sans doute la fin du 20ème siècle doit-elle être considérée comme représentant les meilleures années d’après-guerre pour les communautés juives d’Europe. Depuis que plusieurs Juifs ont été assassinés en France, en Belgique et au Danemark, tous par des immigrés musulmans ou leurs descendants, les Juifs européens ont dû accroître significativement les mesures de sécurité, l’abattage rituel et la circoncision masculine ont subi des attaques au sein de plusieurs sociétés européennes, victimes collatérales des pratiques musulmanes qui en étaient les cibles principales.
Les changements les plus négatifs, pour la position des Juifs d’Europe sont majoritairement la conséquence des actions commises par des éléments émanant des communautés musulmanes. Pour être juste, il faut aussi dire que les réactions des gouvernements et des sociétés à cet afflux massif de Musulmans ont aussi joué un rôle important. Il serait souhaitable que la crise des réfugiés débouche sur un débat encadré et détaillé sur la position réelle de l’Islam en Europe, qui devrait comprendre une analyse en profondeur de ce que l’immigration musulmane massive et non-sélective en Europe a signifié pour ses communautés juives[12].
Par Manfred Gerstenfeld

Le Dr. Manfred Gerstenfeld a présidé pendant 12 ans le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem (2000-2012). Il a publié plus de 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.
Adaptation : Marc Brzustowski.
[1] “Salafisten versuchen Fluechtlinge anzuwerben,” die Welt, 5 October 2015. [German]
[2] Tina Bellon and Thorsten Severin, “German authorities accused of playing down refugee shelter sex crime reports,” Reuters, 6 October 2015.
See also: Matthias Bartsch, Markus Deggerich, Horand Knaup, Ann-Katrin Müller, Conny Neumann, Barbara Schmid, Fidelius Schmid, Wolf Wiedmann-Schmidt and Steffen Winter, “Close Quarters: Asylum Shelters in Germany Struggle with Violence”, Spiegel Online, 6 October 2015.
[3] “Le maire de Roanne accueillera des réfugiés ‘à la condition qu’ils soient chrétiens’,” Le Figaro, 7 September 2015. [French]
[4] The EU’s High Representative for Foreign and Security affairs Federica Mogherini’s remarks at “Call to Europe V: Islam in Europe” conference June 24th, 2015.
[5] « Islam gehört unzweifelhaft zu Deutschland, » Die Welt, 30 June 2015. [German]
[6] Stephan Detjen, « Die Geschichte eines Satzes,” Deutschlandfunk, 13 January 2015.[German]
[7] Tina Hildebrandt, “Christian Wulff:’Der Islam gehört zu Deutschland’,” Die Zeit, 12 March 2015. [German]
[8] Stefan von Borstel, “Für die meisten gehört der Islam nicht zu Deutschland,” Die Welt, 6 October 2015. [German]
[9] Ruud Koopmans, “Religious fundamentalism and out-group hostility among
Muslims and Christians in Western Europe,” Berlin Social Science Center, June
25-27, 2013.
[10] “Theresa May pledges asylum reform and immigration crackdown”, BBC News, 6 October 2015.
[11] John Lichfield, “Nadine Morano: Politician’s claims France is a ‘country of the white race’ could damage Sarkozy’s comeback,” The Independent, 1 October 2015.
[12] Manfred Gerstenfeld, “Muslim Antisemitism in Europe,”Journal for the Study of Anti-Semitism, Vol. 5, Issue 1, 2003,
![]() |
![]() |







































les juifs,n’on rien a voir avec les r »fugiés syriens