Jérusalem : souveraineté juive et cultes monothéistes ultérieurs ©

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Jérusalem : souveraineté juive et cultes monothéistes ultérieurs

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Le 8 novembre 2016, le Centre de Recherche Français à Jérusalem a accueilli les historiens Katell Berthelot, Vincent Lemire et Julien Oiseau afin d’animer un débat autour de l’ouvrage qu’ils viennent de publier : « Jérusalem, histoire d’une ville-monde » (Flammarion). Les chercheurs y présentent les découvertes archéologiques, les archives non publiées, et les réflexions contemporaines sur la Ville Sainte, au  coeur des trois religions monothéistes. Vincent Lemire souhaiterait, toutefois, que Jérusalem cesse d’être sous souveraineté juive puisque, selon lui, la ville appartient au monde: « Toute définition exclusive de l’identité de Jérusalem produit de la violence » (sic). Sur ce point, l’historien oppose le principe de souveraineté juive sur Jérusalem, au respect des cultes monothéistes postérieurs, alors qu’il n’y a aucune incompatibilité.

Vincent Lemire a réuni une documentation très complète sur l’histoire de Jérusalem, grâce au projet « Open Jérusalem » qu’il dirige. Il s’agit d’une base de données financée par le Conseil Européen de la Recherche, gérée par l’université Paris Est et à laquelle s’est associée Huma Numa, l’infrastructure du CNRS consacrée aux humanités numériques. La bibliothèque a, ainsi, réuni des documents situés à Addis-Abeba, Amman, Berlin, Erevan, Saint-Pétersbourg, Istanbul, Athènes…sur lesquels des chercheurs travaille dans des langues différentes : hébreu, arabe, arménien, ottoman, russe, grec…

Des évènements historiques survenus à Jérusalem, il tire toutefois des conclusions politiques qui ôtent à l’ouvrage, une partie de sa dimension scientifique. Son postulat est celui d’une ville qui porte l’empreinte des trois religions, raison pour laquelle elle doit leur revenir, communément (sic). Pour illustrer son propos, il cite le cas de sites, à l’origine juifs, devenus chrétiens puis musulmans avant de redevenir juif. Il en est ainsi de Mitzpa (située au nord de Jérusalem) où est enterré le prophète Samuel. Celui-ci avait levé une armée contre les philistins avant de désigner David comme futur Roi d’Israël. La synagogue située à l’emplacement de sa tombe s’est successivement transformée en monastère byzantin au VI° siècle, puis en forteresse croisée, avant qu’une mosquée n’y soit édifiée en 1730. De même, la tombe de David sur le mont Sion, a été successivement un site juif, puis un lieu saint chrétien au Moyen Age, puis musulman à l’époque ottomane, et de nouveau juif depuis 1949.

Dans son ouvrage, l’auteur considère que c’est la définition exclusive de l’identité de Jérusalem qui est à l’origine de la violence qui y règne. Il évoque notamment les tensions survenues en 1099, lorsque les croisés ont massacré des milliers d’habitants juifs et musulmans pour purifier « la ville de jésus ».

S’agissant des relations entre les communautés religieuse, il estime même que les musulmans ont été beaucoup plus tolérants avec les juifs que n’importe qui (sic), comme dans le cas du « mufti qui a accueilli les juifs à Jérusalem » (sic), alors « qu’ils ont été chassés du Saint-Sépulcre par les moines grecs et arméniens », qui les accusaient d’être le « peuple déicide ». Il compare alors l’antijudaïsme qu’il dit « structurel chrétien » (les juifs étant accusés d’avoir tué Jésus) à « l’antisémitisme musulman », plus récent et uniquement lié au contexte du conflit israélo palestinien (sic). Bien évidemment, ce n’est pas tout à fait juste : les versets antisémites contenus dans le Coran sont légion, même si, comme le rappelle l’auteur, les conquêtes musulmanes en 638 et en 1187 ont permis au juifs de retourner dans la ville sainte, et si, quelques siècles plus tard, la révolution constitutionnelle ottomane en 1908, a accordé l’égalité de droits à tous les sujets de l’Empire.

Pour Vincent Lemire, le problème serait né à la fin du XIX° siècle, lorsque Jérusalem est devenue un point de focalisation entre deux projets nationaux sioniste et palestinien (sic). Ce n’est pas tout à fait juste. Tout d’abord, on ne parlait pas des « palestiniens » au début du XX° siècle mais des « arabes de Palestine », c’est à dire de personnes appartenant à la grande nation arabe. Le concept de « palestinien » est né avec la charte Olp de 1967 qui a exploité le principe du « Droit des peuple à disposer d’eux-mêmes », insusceptible d’être invoqué si les intéressés se disent membres de la grande Nation arabes. Yasser Arafat a alors imaginé d’instituer, dans sa Charte, un lien artificiel entre les habitants de la Palestine mandataire et la terre de Palestine, à l’instar de celui des juifs à l’égard d’Israël.

En réalité, le véritable problème palestinien est né de la vente (à des prix d’or) des biens fonciers par les arabes de Palestine (à la fin du XIX° siècle et au début du XX° siècle), aux juifs qui affluaient d’Europe centrale. C’est ce mécanisme qui leur a fait perdre le contrôle de la terre, alors qu’il n’en avait pas le contrôle politique. (Ce phénomène a été bien compris mais trop tard par les palestiniens. Aussi, et pour éviter la vente de biens fonciers aux juifs, le député palestinien de la Knesset Hadj Yahia, a, une nouvelle fois, le 10 décembre 2016, menacé de mort les palestiniens qui seraient tentés par la vente de leur biens fonciers à des juifs : « le palestinien qui vend un terrain à des Juifs « transgresse la loi religieuse palestinienne (sic) et mérite la mort »).

L’historien se contredit encore lorsqu’il rappelle la façon dont les synagogues ont été incendiées par les jordaniens en 1948 tout en opposant cette destruction systématique des lieux de culte ou de souvenirs juifs (comme les cimetières transformés en urinoirs), à « l’occupation des quartiers palestiniens par les israéliens depuis 1967 » (sic). En effet, si le titulaire du pouvoir politique gère la cité comme il l’entend, les juifs n’ont jamais porté atteinte aux lieux de culte musulmans et toujours indemnisé les palestiniens en cas d’expropriation.

Si l’annexion de Jérusalem par la Transjordanie en 1949 n’a jamais ému la communauté internationale entre 1949 et 1967, Vincent Lemire considère que le problème ne se posait pas tant que le Waqf jordanien gérait le site de l’Esplanade des Mosquées. Il est apparu lorsque les sionistes ont revendiqué la souveraineté juive le Mont du Temple : « Or, après la période Biblique, deux monothéismes sont apparus et que l’on ne peut court-circuiter deux mille ans d’histoire ».

Jérusalem a été élevée au rang de capitale à deux reprises dans l’histoire : à l’époque Biblique et depuis la création d’Israël. En dehors de ces périodes, Jérusalem était une ville supra nationale comme pendant la période romaine, byzantine, omeyyade, ottomane ou Britannique (sic)…Pour autant, c’est l’emprise musulmane de la ville qui a empêché les tensions. Or, c’est bien la dimension religieuse qui manque dans cet ouvrage, et notamment la volonté pour les messages religieux de prendre la place de celui qui l’a précédé.

Le Christianisme s’est présenté comme le nouvel Israël alors que l’Islam entendait prendre la place des deux autres, d’où l’édification d’une mosquée sur le Mont du Temple, pour empêcher la construction du troisième temple.

Le Christianisme a fait son méa culpa. L’Islam devrait en faire de même, en prenant son rôle de petit frère dans l’ordre des familles religieuses. En attendant, Jérusalem est repassée sous souveraineté juive. Alors, et comme ce sont les romains qui ont donné le nom de Palestine à cette région, rappelons la teneur d’un de leurs adages : « il faut rendre à César ce qui lui revient ». Tout rentrera ensuite dans l’ordre.

Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach

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5 COMMENTS

  1. Esplanades de deux mosquées ? Et pourtant dans l’ouvrage il est répété à de multiples occasions que le Dôme du Rocher n’est pas une mosquée !

  2. Alors si j’ai bien compris, dans chaque pays du monde ou se trouve, des synagogues, des mosquées, des églises, etc…etc… , la ville leur appartiendra ?
    Vous allez ainsi découper combien de villes dans le monde ?
    Non ! Jérusalem appartient au Peuple Juif, et toutes les religions peuvent se recueillir ou bon leur semble.
    C’est la justice de Salomon.

  3. Le terme de “palestinien” est utilise aujourd’hui pour inciter a croire que les Israeliens sont
    etrangers dans leur pays. Le gouvernement de Vichy avait employe ce vocable dans un but un peu different, afin de mettre une grande partie des Juifs de France (par exemple, ceux naturalises en 1936 ou plus tard) en dehors de toute protection, C”est ainsi que Vichy avait cree des “groupes de travailleurs etrangers”: ceux composes uniquement de juifs etaient appeles “groupes de travailleurs palestiniens”. S’il y a contradiction flagrante entre les deux sens ainsi donnes a cet adjectif, l’intention est remarquablement coherente: il s’agit dans un cas de nuire aux Juifs menaces par le nazisme ou ses auxiliaires hexagonaux (Laval, Pucheu,…), dans l’autre de nuire aux descendants de ceux qui ont survecu aux consequences des premieres intentions.

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