Marc Chagall. Shofar

Jacquot Grunewald. Au son du chofar

Tribune juive le 09.09.2020

Ça ne passait pas. La prière ne passait pas! Et le rebbe de la petite synagogue, la seule du shtettel, était désespéré. Il voyait bien que tous priaient avec ferveur, il n’y avait ni bavardage ni distraction… mais la prière restait cloîtrée entre les quatre murs de la “shil”.

On était au début de Moussaph, en ce second jour de Roch Hachana, les prières s’accumulaient mais elles demeuraient là. Elles ne sortaient pas pour s’unir, dans la rue, aux soucis des hommes, ni ne perçaient le toit pour gagner le Ciel.

Et c’est alors que du fond, du coin à gauche, du dernier rang, un long cri, rauque, strident, retentit. L’indignation fut générale. Tous regardaient l’auteur du scandale, un bonhomme crasseux, qui ne portait même pas de talith.

Déjà quelques-uns se levaient pour le fiche à la porte, quand le rabbin dont le visage, maintenant, rayonnait, leur fit signe de retourner à leurs places. Le cri était monté, il était sorti et la prière avec lui, qui enfin prenait sens.

Quand retentit le son du chofar, légèrement éraillé, on sentait bien, chacun sentait dans la petite synagogue, qu’il s’unissait au cri qui avait déchiré la prière.

C’est une histoire hassidique. Elle raconte que le rabbin s’était approché de l’homme qui avait fait scandale, qu’il l’avait embrassé et lui demanda:

Pourquoi as-tu poussé ce cri?

Je ne sais pas prier. Je ne sais pas lire et je n’ai rien appris, mais j’aime le Bon Dieu, je voulais lui dire merci. Alors j’ai fait comme pour mes moutons. Je crie comme ça pour les protéger du loup. Aussitôt, les petites brebis accourent et m’entourent. Je les entends bien qui me disent “merci” .

+                                +                                 +

Le commandement spécifique de Roch Hachana est l’écoute du chofar

Le commandement spécifique de Roch Hachana, (sauf le chabat, donc en cette année 2020, seulement le dimanche 20 septembre) est l’écoute du chofar. “Béni le roi de l’univers“, s’écrie le ‘hazan, avant qu’il ne retentisse, “qui nous a ordonné d’entendre le chofar“!

Il suffit d’écouter

Rien ne paraît plus bête. Même pas besoin de connaître l’hébreu! Pas le moindre code à retenir… Il suffit d’écouter. Ce que vous entendez au fond de vous-même, ce à quoi vous vous engagez, peut-être, au cri du chofar qui s’élève, la prière que vous formulez, s’associent aux particularités du plus rudimentaire, du plus ancien des systèmes d’alarme et d’instruments de musique.

Le chofar, le tocsin, l’appel au secours, le cri d’amour à Dieu, à vos proches… et la détermination d’Israël de faire de Dieu le souverain de l’univers

Souvenez-vous… Le chofar, vous l’avez entendu, petit enfant, quand vos parents vous emmenaient à la synagogue; en classe, vous l’avez écouté en tremblant quand Roland appelait au secours depuis Roncevaux; dans l’ancien Israël, on intronisait les rois en sonnant du chofar. Notre cri à Roch Hachana, c’est tout ça réuni. Il est silencieux quand il retentit en nous et troue avec force la quiétude du monde. Il est le tocsin, l’appel au secours, le cri d’amour à Dieu, à vos proches… et la détermination d’Israël de faire de Dieu le souverain de l’univers.

Chana tova!

Jacquot Grunewald

 

Rabbin, écrivain, journaliste, Jacquot Grunewald vit en Israël depuis 1985.

Jacquot Grunewald, reprenant en 1965 la direction du Bulletin de nos communautés d’Alsace et de Lorraine, en fit l’hebdomadaire d’informations Tribune juive, qu’il dirigera 25 ans durant, jusqu’en 1992.

L’article Jacquot Grunewald. Au son du chofar est apparu en premier sur Tribune Juive.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.