Hypocrisie : la Grande-Bretagne bombarde la Syrie et soutient les terroristes

 

Israël devrait observer attentivement certains thèmes des débats parlementaires qui sont de haute importance en Europe. C’est vrai dans le cas du processus parlementaire en Grande-Bretagne, par exemple, où l’hypocrisie, maquillée sous les traits illusoires du fair-play (franc jeu) et des manières distinguées, peut être révélée au grand jour, en examinant le contenu des discours et le compte-rendu des minutes d’un vote. Un cas de ce genre vient de concerner le débat déterminant du 2 décembre, quand la Chambre des Communes a approuvé par un vote d’une majorité de 174 membres, la proposition d’étendre les frappes aériennes contre l’Etat Islamique d’Irak jusqu’en Syrie.

Le dirigeant pacifiste du Parti Travailliste, Jeremy Corbyn a ouvert le débat pour l’opposition et s’est exprimé contre les bombardements[1]. Ce tribun d’extrême-gauche a déjà décrit le Hamas et le Hezbollah comme étant “ses amis” et, plusieurs années plus tard, a assisté à des réunions organisées par un négateur de la Shoah[2]. Le discours de Corbyn a, cependant, été éclipsé par celui du secrétaire parallèle aux affaires étrangères du Parti Travailliste, Hilary Benn. Il s’est exprimé en faveur des frappes aériennes et dit que la Grande-Bretagne doit attaquer les “fascistes” de l’Etat Islamique, parce que “nous n’avons jamais et nous ne devrions jamais marcher du mauvais côté de la route[3]” [“passer dans l’autre camp”]. Dans l’environnement britannique habituel, il est encore politiquement incorrect d’employer le terme plus approprié “d’islamonazis” pour désigner et combattre l’Etat Islamique ou Daesh.

Le quotidien  The Telegraph a écrit que ce discours restera gravé “ comme l’un des plus grands discours au sein de notre Parlement[4]”. C’est probable, mais les paroles de Benn resteront aussi comme un exemple supplémentaire d’hypocrisie extrême dans les rangs et au sommet du parti travailliste.

En 2014, dirigé par le précédent dirigeant d’extrême-gauche Ed Millibrand, le parti travailliste a présenté une motion au Parlement demandant à la Grande-Bretagne de reconnaître l’Etat Palestinien. Benn a voté favorablement et décrit, un peu plus tard ses sentiments à ce moment : “J’étais fier, l’an dernier, en tant que membre parlementaire du parti travailliste, de dépasser la division qui prévalait, au cours de ce scrutin portant sur la reconnaissance de l’Etat Palestinien, à la Chambre des Communes et je tiens à dire que je reste en parfait accord avec le vote auquel j’ai procédé ce jour-là[5]”.

En tant que secrétaire parallèle aux affaires étrangères du parti travailliste, Benn est suffisamment au fait du Moyen-Orient pour être tout-à-fait conscient que, quand il a entériné ce vote, il a fait exactement ce qu’il condamne chez ses opposants, lors de son discours sur les frappes en Syrie. Lorsqu’il a voté pour la reconnaissance de la Palestine, “il a préféré passer dans l’autre camp”, en feignant délibérément d’ignorer que le parti palestinien majoritaire, le Hamas est bien islamonazi et que sa charte appelle au génocide des Israéliens et des Juifs.

Benn a aussi préféré ignorer que le deuxième parti palestinien le plus important, le Fatah et son dirigeant Mahmoud Abbas, glorifient les meurtriers de civils israéliens de bien des façons et continuent d’inciter au meurtre, au cours de la vague actuelle d’actes terroristes. Dans le débat sur la Syrie, Benn a déclaré, à propos de Daesh : “Ils nous tiennent en plus haut mépris. Ils méprisent nos valeurs, ils tiennent notre foi en la tolérance et en la dignité dans le plus profond mépris, ils traitent notre démocratie – et les règles grâce auxquelles nous allons prendre notre décision ce soir- avec le plus parfait mépris[6]”. On peut dire exactement la même chose des Palestiniens dont il reconnaît l’Etat pourtant inexistant.

Alors que Benn soutient à présent le bombardement à outrance de Daesh, une organisation qui, bien qu’elle exprime des intentions très néfastes, a rarement attaqué des citoyens britanniques directement, il n’en était pas du tout partisan, quand Israël a, en définitive, réagi aux très nombreux tirs de roquettes de la part du Hamas contre le pays, durant des années, jusqu’à ce que Tsahal réplique massivement, à l’été 2014. Benn pensait plutôt qu’on devait lier les mains d’Israël, au moyen de sanctions sur les exportations militaires en provenance de Grande-Bretagne et qu’il fallait résoudre le dilemme par des négociations avec les islamonazis du Hamas et du Fatah[7].  Peut-être que ses électeurs devraient lui demander pourquoi il a voté en faveur d’une intensification des bombardements de l’Etat Islamique, plutôt que de se porter volontaire pour se rendre à Raqqa, la capitale de fait de l’Etat Islamique, afin de tenter de mettre fin à la controverse, grâce aux vertus du dialogue politique.

Par leur duplicité, Benn et le sympathisant terroriste. Le Premier ministre Corbyn représentent deux aspects de la dégénérescence morale largement répandue au sein de nombreux partis socio-démocrates. L’usage du terme “sympathisant terroriste” dans ce cadre a été forgé à la veille du débat parlementaire par le Premier Ministre David Cameron, s’adressant aux rares députés conservateurs qui s’opposaient à l’implication du gouvernement en Syrie.

Il les a mis en garde contre le fait de voter avec “Jeremy Corbyn et sa bande de sympathisants terroristes[8]”. Au cours du débat, il y a eu plusieurs requêtes des députés du parti travailliste et du Parti National écossais, qui exigeaient que Cameron présente ses excuses les plus plates pour l’emploi de cette expression. Le Premier Ministre a refusé, mais il a pourtant atténué sa remarque, pour dire qu’il y avait autant “d’honneur” à voter pour que contre l’action militaire[9]. Plus tard, la Secrétaire à l’Education Nick Morgan a déclaré sur la BBC que Corbyn et le Chancelier parallèle (faisant office) sur l’Echiquier, John McDonell étaient, selon elle, des sympathisants terroristes[10].

L’emploi du terme “sympathisant terroriste” par Cameron, à propos des opposants britanniques aux frappes contre Daesh en Syrie soulève quelques questions, concernant la timidité des hommes politiques israéliens. Ils font rarement des déclarations identiques sur les nombreux politiciens incitateurs de haine, medias pratiquant la distorsion d’information, les ONG, les dirigeants d’églises réformées et les syndicalistes, bien que de telles mises en lumière seraient parfaitement justifiées. Ces incitateurs condamnent Israël et gardent le plus complet silence à propos des islamonazis palestiniens et de ceux qui glorifient le meurtre de civils.

D’autres éléments entourant ce débat touchent également de près les intérêts d’Israël. Il y a encore des Israéliens qui croient que la Grande-Bretagne est le pays du fair-play (des beaux joueurs). Autant avant qu’après ce scrutin, on a observé des abus majeurs – qui ne se limitent pas aux réseaux sociaux – de la part de Députés travaillistes qui soutenaient le gouvernement.

Des photos d’enfants syriens morts ont été glissés sous la porte d’entrée de certains députés. Après, son discours, Benn s’est fait traité de meurtrier et il a reçu des menaces de mort par les réseaux sociaux. La Députée Stella Creasy a fait l’objet d’un tweet : “Profites bien de ton sommeil, alors que le premier enfant est en train de mourir. Peut-être pourrais-tu conserver un de ses membres comme souvenir?”. Le Député Neil Coyle déclare : “J’ai reçu plusieurs menaces contre ma sécurité et j’en ai signalé une à la police. C’est une grande première pour moi d’être menacé de violence par des gens qui se présentent comme de prétendus pacifistes[11]”. L’évocation de la Shoah a aussi été mêlée à ces menaces. Un membre du parti travailliste a déclaré que l’ancienne candidate favorite Liz Kendall et d’autres devrait subir une “solution finale” à la manière des Nazis[12].

Durant le débat, on a posé des questions sur les raisons qui feraient que Daesh rôde toujours, en dépit de toutes les frappes aériennes menées par les forces occidentales jusqu’à présent. Après le débat, le Secrétaire à la Défense Michael Fallon a prédit que les bombardements en Syrie pourraient durer au moins 3 ans[13]. C’est peut-être un exemple de la sous-estimation britannique. Ce débat a manifesté clairement le manque de stratégie détaillée de l’Occident contre la prise de contrôle d’un territoire colossal par Daesh. Puisque ce mouvement musulman radical est aussi une menace contre Israël, il est important de réaliser que Daesh est probablement dans les parages pour un certain nombre d’années.

Par Manfred Gerstenfeld

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Le Dr. Manfred Gerstenfeld a présidé pendant 12 ans le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem (2000-2012). Il a publié plus de 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

Adaptation : Marc Brzustowski.

 


[1] Michael Wilkinson, “Jeremy Corbyn: Syria air strikes are ‘another ill-fated twist in never-ending war on terror’,” The Telegraph, 2 December 2015.

[2] Tamara Cohen, “I might have given cash to Holocaust denier, says Corbyn: Labour leadership candidate admits attending ‘two or three’ events but was unaware of his views at the time,” The Daily Mail, 18 August 2015.

[3] Ben Riley-Smith and Michael Wilkinson, “Syria airstrikes vote: Britain to begin bombing within hours after MPs overwhelmingly back action,” The Telegraph, 3 December 2015.

[4] Col Tim Collins, “Hilary Benn’s speech was the speech of a true leader,” The Telegraph, 3 December 2015.

[5] Jon Stone, “The Palestinian people have the right to a state, says Labour’s Hilary Benn,” The Independent, 5 October 2015

[6] Ben Riley-Smith and Michael Wilkinson, “Syria airstrikes vote: Britain to begin bombing within hours after MPs overwhelmingly back action,” The Telegraph, 3 December

[7] Hilary Benn, “Statement on Gaza,” www.hilarybennmp.com

[8] Nicholas Watt, “David Cameron accuses Jeremy Corbyn of being ‘terrorist sympathiser’,” The Guardian, 2 December 2015.

[9] “Syria vote: Cameron and Corbyn clash over air strikes,” BBC News, 2 December 2015

[10] Ibid.

[11] Martin Robinson and Matt Chorley, “Labour MP who voted for Syria airstrikes calls in police after Twitter death threat as Corbyn urges party members not to bully the 66 rebels on ‘traitor list’,” The Daily Mail, 3 December 2015. 

[12] Martin Robinson, “Anti-war campaigners send female Labour MPs photos of dead Syrian children as they prepare to vote on airstrikes against ISIS,” The Daily Mail, 2 December 2015.

[13] Jon Stone, “Bombing campaign in Syria set to last for years, Defence Secretary Michael Fallon says,” The Independent, 3 December 2015.

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