Hautes tensions dans le nord (Syrie, Liban, Iran)

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Troubles dans le nord


L’Iran défiant ouvertement la communauté internationale, cherchant à convaincre l’Europe de se soumettre et à faire dérailler les sanctions américaines, Israël doit se préparer à agir. Dans un tel moment de vérité, Tsahal doit être en mesure de déployer une capacité crédible de déjouer le programme nucléaire iranien, le cas échéant. (Bien que l’option privilégiée reste l’action des États-Unis et d’autres pays). Cela contribuerait également à ramener l’Iran à la table des négociations. Dans l’intervalle, dénier l’accès de l’Iran à des ressources et à des technologies de pointe doit continuer de faire partie de la panoplie d’outils de réponse aux menaces iraniennes. Pour empêcher l’apparition d’une machine de guerre iranienne en Syrie et à la mise en place d’une infrastructure de missiles à longue portée en Irak, Israël doit faire preuve de détermination militaire, notamment en se préparant à un affrontement général.



 De graves problèmes dans le nord

“Du nord, le mal surgira” (Jérémie 1:14)

3.1 Faire échec au projet nucléaire iranien

La menace existentielle iranienne pour Israël s’enracine à la fois dans les ambitions de domination régionale iranienne et dans le rôle central que joue l’hostilité extrême envers Israël dans la vision idéologique du régime islamiste. Ainsi, la quête iranienne indéniable de capacités nucléaires militaires constitue un défi de sécurité de tout premier ordre. L’accord des six puissances nucléaires conclu en juillet 2015 avec l’Iran, connu sous le nom de JCPOA, préservait en fait la capacité technologique de l’Iran à s’orienter rapidement vers une capacité nucléaire militaire. Si les tensions actuelles entre l’Iran et les États-Unis continuent de s’aggraver, une rupture iranienne de l’accord risque de survenir plus tôt que prévu (si ce n’est déjà fait), renforçant considérablement la perspective d’une confrontation totale.

Globalement, les activités de l’Iran constituent une menace bien au-delà de ce qu’Israël a connu au cours des dernières décennies. Cela comprend les efforts en cours de l’Iran visant à mettre en place une infrastructure militaire pour attaquer Israël depuis le sol syrien, la présence de l’Iran en Iraq par le contrôle des milices chiites, son emprise sur le Liban par le biais du Hezbollah et son influence à Gaza par le contrôle du Jihad islamique palestinien ( JIP) et son assistance au Hamas. En outre, la présence iranienne dans de grandes parties du Yémen, à l’appui du soulèvement des Houthis, apporte à l’Iran la carte de l’étouffement des voies de navigation à l’entrée de la mer Rouge. Des activités et des infrastructures terroristes iraniennes subversives se sont répandues dans la région et au-delà.

Le gouvernement israélien ne peut ignorer la volonté résolue de l’Iran d’obtenir des armes nucléaires. Même si le chemin menant aux armes nucléaires prend beaucoup plus de temps que ce à quoi beaucoup à Téhéran aurait pu s’attendre, le plan n’a pas été abandonné. Il devrait rester l’hypothèse stratégique fondamentale d’Israël, montrant que la dissuasion nucléaire stable (le soi-disant «MAD» de la période de la guerre froide) ne peut être durable avec un régime idéologique de ce type, dans une région orageuse et instable. Un parapluie nucléaire iranien permettrait de couvrir une vaste agression terroriste. Il est donc impératif d’empêcher l’Iran d’obtenir une bombe. De plus, il est dangereux (comme détaillé dans le prochain sous-chapitre) de s’appuyer sur les perspectives très incertaines d’un changement de régime en Iran à court terme. Il n’y a pas non plus d’espoir de réduction de l’hostilité de la République islamique à l’égard de l’État juif.

Au début, l’Iran avait choisi de respecter ses engagements au titre du JCPOA malgré la décision de l’administration Trump de se retirer de l’accord, car il espérait toujours pouvoir bénéficier de nombreux avantages. Il a continué de se concentrer sur son projet de missile à longue portée et son programme de recherche sur les centrifugeuses, comme le permettait JCPOA. Cependant, Téhéran semble avoir conclu – alors que les sanctions américaines avaient considérablement réduit les exportations de pétrole de l’Iran et que l’IRGC avait été qualifié de groupe terroriste – qu’il n’y avait plus aucune raison d’honorer le JCPOA; et le moment est peut-être venu de générer une crise et, plus loin encore, de percer vers un dispositif nucléaire.

Plus la menace d’action militaire d’Israël contre l’Iran est crédible, plus il est probable que les acteurs internationaux s’engagent résolument dans un effort efficace pour contrecarrer les efforts nucléaires de l’Iran.

Face à l’escalade et aux provocations iraniennes, Israël doit prendre trois décisions:

  1. Allouer les ressources nécessaires pour surveiller aussi étroitement que possible l’ensemble de l’activité nucléaire iranienne, afin d’être prêt, dans un bref délai, à traduire ces renseignements en actions nécessaires pour faire échec au projet nucléaire iranien.
  2. Donner pour instruction à l’armée et à la communauté du renseignement de faire tous les préparatifs nécessaires pour qu’ils puissent entreprendre, une fois l’ordre reçu, un effort actif et crédible pour perturber le projet. Les horaires et les coûts doivent être présentés au cabinet pour approbation. Les amis et les alliés d’Israël doivent être avertis (et donc stimulés pour prendre leurs propres mesures).
  3. Tout en évitant les déclarations publiques à ce sujet, réaffirmer la directive adressée à Tsahal pour empêcher l’émergence d’une base iranienne en Syrie – conçue par Téhéran pour ouvrir un nouveau front avec Israël et établir une position hégémonique dans la région. Cet effort devrait être poursuivi indépendamment d’une décision iranienne sur la reprise des activités nucléaires.

Ces trois décisions doivent être appuyées par une campagne diplomatique sur la scène internationale, conjointement avec les États-Unis, afin de convaincre les acteurs clés que la nucléarisation de l’Iran est une menace mondiale et doit être empêchée. Israël doit également être disposé à supporter les coûts économiques nécessaires pour renforcer les capacités militaires permettant de déjouer le projet nucléaire iranien et de gérer les réponses conflictuelles de l’Iran et de ses supplétifs.

La menace iranienne est très vive pour la plupart des Israéliens. Ainsi, le plan d’action proposé s’inscrit bien dans un consensus national et renforcerait en fait la cohésion nationale.

Israël bénéficie de la volonté apparente de l’administration américaine actuelle d’agir résolument contre le régime iranien. Le niveau croissant de menaces et d’incertitudes exige une coordination étroite entre les deux pays. Il en va de même pour la perspective de forcer l’Iran à retourner à la table des négociations, où le régime fera probablement de son mieux pour amener l’Occident à un autre accord tout aussi défectueux.

Néanmoins, si la pression américaine et les réactions internationales vis-à-vis de l’Iran devaient faiblir, Israël pourrait rester seul face à la course de l’Iran vers la bombe nucléaire. La nécessité de prendre des mesures militaires tomberait alors sur les épaules d’Israël. Paradoxalement, plus la menace d’action militaire d’Israël contre l’Iran est crédible, plus il est probable que les acteurs internationaux s’engagent à déployer des efforts efficaces pour contrecarrer les efforts nucléaires de l’Iran ; rendant ainsi moins probable et nécessaire qu’Israël entreprenne une action militaire seul.

3.2 Aperçu sur l’Iran 

Malgré l’intensification des problèmes internes de l’Iran, le régime semble stable, ou du moins, capable de contenir les troubles par une répression violente. En tout état de cause, la politique menaçante de l’Iran envers Israël ne devrait pas changer. Cependant, le régime s’inquiète clairement de l’impact massif des sanctions, car elles risquent d’entraîner un effondrement dramatique des revenus avec de graves répercussions financières et économiques. Apparemment, l’ayatollah Ali Khamene’i n’est plus sûr que l’Iran puisse tenir après les élections américaines de 2020.

En effet, il existe en Iran des signes de désaffection et de frustration qui se manifestent ouvertement, principalement sous la forme de grèves et de manifestations de la part des cols bleus, en particulier dans la périphérie du pays. La répression brutale des leaders des manifestants et l’admission forcée de l’existence de «motivations politiques» derrière les manifestations indiquent que le régime doit, à la fois, briser et discréditer les manifestants (bien que le public iranien ne semble pas se fier à la véracité de ces aveux de culpabilité). Néanmoins, le fait que la plupart des manifestations proviennent de minorités ethniques en Iran signifie qu’il est peu probable qu’elles se propagent à d’autres parties du pays et à d’autres groupes sociaux.

Par conséquent, les perspectives d’un changement de régime, à la suite de troubles sociaux dans un avenir proche, restent lointaines. Cependant, la probabilité d’un bouleversement plus large peut augmenter à mesure que les effets des sanctions deviennent plus prononcés (il convient de réfléchir à la question de savoir sic’est possible, et de quelle manière, pour y contribuer). La mort du guide suprême, dont la santé est connue pour être fragile, peut présenter d’autres possibilités.

L’économie iranienne est en mauvaise posture. L’inflation et le chômage sont endémiques. Néanmoins, ce n’est qu’avec le resserrement récent des sanctions que le régime fait face à une véritable crise. Jusqu’à présent, les relations commerciales de l’Iran avec la Chine (surtout), la Russie, l’Inde, la Turquie et l’UE avaient protégé l’Iran de la plupart des conséquences du retrait des États-Unis du JCPOA. Mais si la plupart de ces pays ont refusé de coopérer formellement avec les États-Unis pour réimposer des sanctions, ils sont néanmoins confrontés à des difficultés, s’ils persistent à les mettre en échec. S’ils rejoignent le régime des sanctions, sous l’influence de la pression américaine et face à une menace militaire crédible de la part d’Israël ou des États-Unis, les pressions économiques sur l’Iran pourraient devenir encore plus efficaces.

Même en l’absence d’une telle adhésion formelle, la réponse des entreprises aux pressions américaines a entraîné une réduction drastique des exportations de pétrole iranien, entraînant une réduction grave des revenus du régime. Les récentes actions du régime indiquent que cette nouvelle réalité est profondément ressentie à Téhéran, menant directement et délibérément à l’escalade récente des tensions.

Malgré les slogans utilisés lors des manifestations en Iran, dénonçant les activités iraniennes à l’étranger, ces manifestations n’ont entraîné aucune diminution des activités subversives régionales de l’Iran. Au contraire, le régime considère la subversion et la terreur comme des outils de contre-pression sur les États-Unis. Ces activités sont menées par une composante très compartimentée, distincte de toutes les autres branches du régime et même de la plupart des éléments du CGRI. Les ordres viennent du guide suprême, qui est seul à déterminer l’ampleur de l’activité subversive à mener au-delà des frontières iraniennes.

Israël devrait coopérer avec tous les pays concernés afin de fomenter des tensions internes en Iran.

La rivalité entre le président Rouhani et le guide suprême Khamene’i donne parfois un regain d’optimisme à l’Occident, comme si l’Iran avait deux foyers de pouvoir. Mais lorsqu’il s’agit d’actions hors des frontières iraniennes, la ligne dure du chef suprême a incontestablement l’avantage. Il y a des raisons de douter du sérieux des réformes intérieures de Rouhani en Iran ; mais même si elles sont authentiques, cela ne concerne que des questions internes. La Force Qods de l’IRGC a été en mesure de consacrer la doctrine selon laquelle les interventions en Syrie, au Liban, en Irak, au Yémen et ailleurs font partie intégrante de la doctrine de sécurité nationale de l’Iran. Ceci est maintenant indiscutable dans les cercles décisionnels iraniens.

Israël devrait coopérer avec tous les pays concernés, dans le but de fomenter des tensions internes en Iran, que la perspective d’un changement de régime fasse partie du jeu ou pas, pour autant que les ressources allouées à ces efforts reflètent leur nature secondaire. Alors que les mesures de déstabilisation peuvent avoir un effet restreint et différé sur l’Iran, elles peuvent aussi pousser l’Iran à se déchaîner, en rendant encore plus nécessaire qu’Israël soit prêt à toute escalade militaire.

La détermination iranienne rend plus difficile la réduction de la présence de l’Iran en Syrie, tout comme de contrer l’implication de ses milices par procuration. Cela soulève l’importance de trouver d’autres failles dans l’armure iranienne – des voix anti-Hezbollah au Liban aux alliés anti-régime en Iran même, en particulier parmi les minorités ethniques. Là encore, il convient de prendre en compte le fait qu’une telle subversion peut engendrer des réponses agressives du régime.

Alors que les voisins de l’Iran dans le Golfe, et les États-Unis également, sont déjà engagés dans les efforts visant à réduire l’ambition iranienne, il est important qu’Israël montre sa valeur à ses partenaires stratégiques dans la région, démontrant ainsi qu’il est prêt et disposé à agir avec force contre l’Iran, si nécessaire.

  • La reconstitution militaire de l’Iran

Un examen des forces militaires conventionnelles iraniennes révèle une focalisation sur le déni d’accès au territoire (forces anti-aériennes) et la projection de puissance vers les pays limitrophes (Syrie, Irak, Liban), l’accent étant moindre sur les forces permettant d’absorber la guerre terrestre. L’Iran s’est concentré sur l’acquisition de missiles – missiles sol-sol, sol-mer, mer-mer, sol-air et air-sol. Il s’est également concentré sur le développement de véhicules aériens sans équipage, de navires de guerre de taille petite et moyenne, de cyber-capacités et de capacités nucléaires. Les armes exposées lors de fréquents défilés militaires iraniens relèvent toutes du domaine du déni d’accès (au territoire) et de la projection de force. Ses armes mises en action lors des manœuvres militaires classiques – avions pilotés, chars et artillerie – sont de plus en plus obsolètes. Rien n’indique que des efforts ont été faits pour les moderniser.

La conclusion apparente est que la doctrine de sécurité nationale de l’Iran accorde la priorité à la sécurisation du régime islamique, à la dissuasion des invasions étrangères et au renforcement de la capacité de l’Iran d’influencer d’autres pays plus lointains. Rien ne laisse supposer des projets d’invasion directe d’autres pays et la menace d’invasion par les voisins de l’Iran n’est pas considérée comme grave. L’influence régionale de l’Iran doit être assurée par la projection de forces (comme dans le cas d’une frappe de missile contre un poste de commandement kurde à l’intérieur de l’Irak); et par la création, l’armement et la formation de milices locales dans des pays cibles (tels que le Liban, l’Irak et le Yémen).

L’accent mis sur la production nationale est une autre tendance importante dans l’armement militaire iranien. Presque toutes les nouvelles armes sont de développement local ou de fabrication sous licence. La seule exception à cette règle a été l’acquisition de systèmes de défense aérienne modernes fabriqués en Russie ; et même dans ce domaine, conformément à la politique de la capacité de production locale, l’Iran s’efforce de développer des systèmes de défense aérienne dotés de capacités similaires dans son propre secteur de la défense. L’Iran met également au point des chars et des avions de combat, mais ces projets ne semblent pas avoir la priorité. Il y a des raisons de croire que l’Iran exagère délibérément ses succès dans le développement de systèmes d’armes qui sont généralement l’apanage des grandes puissances.

La construction conventionnelle de l’Iran peut être ralentie et perturbée (mais pas inversée) par des moyens économiques, diplomatiques et secrets. Dans ce contexte, Israël devrait faire de son mieux pour renforcer les sanctions américaines, qui auront forcément un impact sur la capacité de l’Iran à produire ses propres armes ou à les acquérir.

La construction conventionnelle de l’Iran peut être ralentie et perturbée (mais pas inversée) par des moyens économiques, diplomatiques et secrets.

Israël devrait intensifier ses efforts en matière de renseignement pour découvrir et dénoncer les achats par l’Iran de matériaux et de composants sensibles provenant d’autres pays destinés à des projets militaires iraniens, afin de bloquer ses canaux d’acquisition d’armes.

Israël devrait tirer parti de la reprise de la lutte entre les Etats-Unis et l’Iran à propos du projet nucléaire – et des indices montrant que le régime est suffisamment désespéré pour lancer des attaques par procuration et des actions perturbatrices sur des voies de communication vitales – afin de délégitimer davantage le régime et ses divers auxiliaires.

  • Réduire la menace iranienne en provenance de Syrie

Après huit ans, le succès d’Assad dans la guerre civile syrienne semble certain, du moins dans le sens consistant à vaincre le soulèvement qui a tenté de le renverser. À ce jour, il n’y a aucune menace militaire réelle sur la survie de son régime, ni aucun signe indiquant que ses deux alliés, la Russie et l’Iran, ont un intérêt quelconque à provoquer un changement au plus haut niveau en Syrie.

Pourtant, la guerre n’est pas encore terminée. Assad ne domine que 60% de la Syrie. Les régions situées à l’est de l’Euphrate (environ 30% de la Syrie) sont sous l’autorité du FDS, dirigée par les Kurdes, soutenue par les États-Unis. Cette zone contient plus de 80% des ressources pétrolières et gazières du pays. Une autre région du nord-ouest est sous le contrôle des rebelles turcs et / ou sunnites.

Pendant ce temps, l’Iran utilise la crise syrienne pour construire un pont terrestre vers la mer Méditerranée, à la poursuite de l’hégémonie dans tout le Croissant fertile. Ces efforts pourraient s’intensifier avec l’escalade de la crise américano-iranienne.

L’Iran a d’autres objectifs en tête. Premièrement, il cherche à ériger du côté syrien de la frontière du Golan et dans le sud de la Syrie une base avancée des forces al-Qods du CGR, assistée par les milices du Hezbollah et des chiites. Cette base doit servir de rampe de lancement pour les roquettes (dont certaines sont produites en Syrie) et de base pour des raids en Israël. Une présence militaire iranienne qui constituerait une menace pour les agglomérations israéliennes donnera probablement à Téhéran un moyen de dissuasion contre une éventuelle attaque israélienne (ou américaine) menée à l’encontre les installations nucléaires iraniennes.

Une présence adjacente à la frontière jordanienne permettrait également à l’Iran de jeter les bases d’une déstabilisation de la Jordanie et, à terme, de pénétrer dans le royaume hachémite afin de pouvoir accéder au territoire de l’Autorité palestinienne pour y lancer des attaques. L’Iran aspire explicitement à transformer la Cisjordanie en un autre Gaza.

En outre, l’Iran cherche à doter les forces du Hezbollah d’une technologie qui améliorerait considérablement la précision de leurs missiles. Certes, l’Iran transporte des missiles de Téhéran à l’aéroport international de Beyrouth, qui est sous le contrôle du Hezbollah. Mais le couloir terrestre permet d’étendre l’ampleur et la portée des livraisons.

Israël n’a pas pris parti dans la guerre civile syrienne, au-delà d’une alliance tactique avec des groupes rebelles dans les zones immédiatement adjacentes à la frontière israélienne avec le Golan. Cependant, Israël a eu recours à des frappes aériennes et à des forces spéciales pour contrecarrer les efforts d’implantation iranienne. Ces opérations ont infligé des dommages considérables à l’Iran, au Hezbollah et aux milices chiites et ont perturbé la création d’une base avancée iranienne sur le plateau du Golan syrien. Le déploiement d’armes par l’Iran en Syrie a également été limité par les attaques israéliennes. Le projet de modernisation des missiles du Hezbollah a également connu un succès limité. L’organisation n’a pu améliorer la précision que de plusieurs dizaines de missiles.

Dans les années à venir, cependant, Israël pourrait ne pas connaître autant de succès. La visite d’Assad à Téhéran en février 2019 a débouché sur un accord officiel officialisant la présence de l’Iran en Syrie. Cet accord sera probablement utilisé par l’Iran pour faire avancer ses objectifs militaires, notamment l’intégration des éléments du GRC, du Hezbollah et des milices chiites au sein de l’armée syrienne.

Entre temps, l’administration Trump a annoncé son intention de retirer les forces américaines de Syrie (puis s’est partiellement rétractée). L’un des obstacles à l’extension du corridor iranien a été la présence de l’armée américaine à al-Tanf, dans l’est de la Syrie, à la frontière irakienne. Si les États-Unis se retirent de cette position, l’Iran pourrait renforcer sa présence en Syrie. Cela pourrait également affaiblir les Kurdes, dont la présence en Irak et en Syrie limite les projets de l’Iran de développer son pont terrestre. (Les messages de l’administration sur cette question ont été ambigus, en particulier en ce qui concerne le timing).

Israël devrait se préparer à la perspective probable que plus le régime d’Assad sera ré-enraciné et que son armée sera ressuscitée, plus la Syrie sera susceptible de réagir avec force aux attaques aériennes israéliennes.

Dans le même temps, les efforts visant à stabiliser la Syrie après la guerre civile, notamment le retour du régime d’Assad dans la Ligue arabe d’où elle a été expulsée et le renouvellement des relations diplomatiques avec le monde arabe, pourraient imposer de nouvelles restrictions à la liberté d’action d’Israël en Syrie.

L’objectif explicite d’Israël est de déraciner la présence iranienne du sol syrien. Compte tenu de l’ampleur du projet iranien et de l’ampleur des investissements iraniens, Israël n’a pas encore généré suffisamment de dommages pour inciter les Iraniens à modifier leur politique. Les milices qui opèrent avec le soutien de l’Iran et les éléments locaux contrôlés par l’Iran ne peuvent être éliminés par des frappes aériennes. Les Iraniens sont positionnés à moins de 60 kilomètres de la frontière israélienne. En conséquence, Israël doit envisager la possibilité d’une réaction de l’armée iranienne, à un moment ou à un autre, soit sous forme de représailles par procuration, soit même par le biais d’une attaque directe.

Les tentatives visant à forcer Assad à agir contre les Iraniens ou à provoquer leur départ de toute la Syrie échoueront à ce stade, car le régime syrien, toujours dépendant de l’Iran et de ses auxiliaires, n’a tout simplement pas les moyens pour le faire. Néanmoins, l’utilisation déterminée de la force par Israël peut permettre d’atteindre un objectif plus limité, tel que la réduction de l’activité iranienne en Syrie et la limitation de sa portée géographique.

La Russie peut aider à limiter la présence iranienne. Comme détaillé dans le prochain sous-chapitre, la Russie ne partage pas l’intérêt de l’Iran à faire de la Syrie un champ de bataille. En effet, cela va à l’encontre de l’objectif stratégique russe de stabiliser le régime d’Assad. Ainsi, Moscou continuera à réagir sans grande rhétorique aux frappes israéliennes en cours en Syrie, si elles ne visent pas à saper le régime d’Assad. Dans le même temps, une aide active de la Russie visant à éloigner l’Iran des zones frontalières ne peut être obtenue que si Israël accepte une contrepartie en faveur des intérêts russes – et pas nécessairement dans le contexte syrien.

En tout état de cause, Israël devrait se préparer à la perspective probable que plus le régime d’Assad sera fort sur bases et plus son armée rétablie, plus la Syrie sera susceptible de réagir avec force aux attaques aériennes israéliennes. Si cela se produit, la Russie devrait être informée que son client prend des risques déraisonnables.

Récemment, il semblait que la politique d’ambiguïté d’Israël concernant les actions en Syrie était en train d’être abandonnée au profit d’une attitude plus ouverte. La politique d’ambiguïté devrait être restaurée. Les commentaires en public sur cette question devraient être totalement évités, ou du moins se limiter aux généralités les plus vagues.

3.5 Dialogue stratégique avec la Russie

La Russie poursuit activement une politique de renforcement de son statut international et se positionne comme un acteur important dans un monde multipolaire. Il adopte une vision antagoniste envers les États-Unis et l’Occident. Dans ce contexte, le Kremlin considère l’Iran et la Syrie comme des leviers utiles dans la poursuite des intérêts de la Russie dans le monde, et plus particulièrement dans son environnement stratégique immédiat. Dans le même temps, la Russie s’oppose formellement à la poursuite de la quête des armes nucléaires par l’Iran, tout en laissant le soin à d’autres (États-Unis ou Israël) de faire face aux conséquences d’une action préventive.

En Syrie, les Russes ont souligné que la préservation du régime d’Assad n’était pas un objectif en soi, mais un moyen de garantir la stabilité dans le pays et dans la région – ce qui servait également leurs objectifs au Moyen-Orient et en Méditerranée. Leurs bases aériennes et navales en Syrie permettent à la Russie de projeter son pouvoir dans ces régions. En outre, sur le terrain syrien et dans la «rue arabe» en général, les actions russes ont prouvé qu’il s’agissait d’un allié fiable, prêt à utiliser la force pour défendre ses clients. (Tandis que les États-Unis, sous Obama, ont abandonné un allié de longue date comme l’Egyptien Hosni Moubarak).

Pour la Russie, la Syrie est une arène où elle peut jouer un jeu (en partie) coopératif avec l’Iran et la Turquie pour faire avancer ses objectifs. La situation en Syrie fournit également à la Russie un levier pour négocier avec les États-Unis et l’Occident sur d’autres questions d’importance. La capacité de la Russie à mettre en place des arrangements stables en Syrie, qui répondrait également aux préoccupations israéliennes concernant l’Iran (comme indiqué ci-dessus), servira de carte à Poutine dans un jeu plus vaste.

Les Russes, qui manquent de ressources propres, ont également grand besoin de partenaires dans l’immense entreprise de reconstruction de la Syrie. Ils doivent stabiliser le régime d’Assad, acquérir une nouvelle légitimité régionale et internationale pour son régime, parallèlement à l’acceptation d’une présence permanente de la Russie en Syrie.

Ainsi, Israël devrait réaffirmer que si la tentative de l’Iran d’imposer son contrôle de la Syrie était inversée, ce projet de reconstruction des infrastructures (par opposition à un renforcement militaire) ne serait ni compromis ni perturbé. Israël n’empêchera pas, non plus, Assad d’affirmer son règne souverain nominal sur toute la Syrie (bien qu’il soit dans son intérêt que les FDS dirigés par les Kurdes conservent leur autonomie et leurs armes).

Israël devrait aborder Moscou avec déférence, exprimant du respect pour la Russie et pour Poutine. Néanmoins, le respect de Moscou pour la puissance militaire d’Israël et de la capacité d’Israël à déstabiliser le régime d’Assad est la carte la plus forte dont dispose Jérusalem.

Il est donc important d’accroître la coordination avec la Russie, dans les limites imposées par des considérations opérationnelles militaires. Israël doit continuer à éviter presque à tout prix de frapper du personnel russe ou du matériel informatique en Syrie, voire même les avoirs syriens impliqués dans la garantie de la stabilité du régime – à moins que cela ne soit nécessaire pour démontrer à Moscou qu’Israël reste ferme sur ses lignes rouges. Il est également important d’éviter toute discussion publique sur les activités de Tsahal en Syrie et de résister à la tentation de commenter la capacité d’Israël à vaincre les systèmes de défense russes déployés dans cette région.

Il pourrait s’avérer possible d’identifier les éléments d’un vaste accord avec la Russie, qui impliquerait une “CONCESSION” israélienne, peut-être parallèlement à l’atténuation des sanctions imposées par les États-Unis à la Russie.

Autant que possible, Israël devrait s’abstenir de prendre position dans les enceintes internationales qui contredisent directement les intérêts russes (par exemple, sur l’Ukraine). La discrétion israélienne permet que les Russes d’influencent discrètement le comportement de la Syrie.

Il pourrait s’avérer possible d’identifier les éléments d’un vaste accord avec la Russie, qui impliquerait une “concession” israélienne, peut-être parallèlement à l’atténuation des sanctions imposées par les États-Unis sur la Russie. Cela stimulerait une plus grande volonté de la Russie de soutenir la pression sur l’Iran. Lorsque le conseiller américain à la Sécurité nationale, John Bolton, son homologue russe Nikolai Patrushev et le chef du NSC israélien, Meir Ben Shabbat, se sont rencontrés à Jérusalem en juin, ils ont fait allusion à un accord prévoyant le retrait de toutes les forces étrangères de Syrie, en contrepartie du soulagement des sanctions américaines sur la Russie. Néanmoins, l’action israélienne devrait être conditionnée par le caractère sensible à la profonde hostilité de la communauté américaine de la défense à l’égard de la Russie.

3.6 L’emprise de l’Iran sur le Liban par le Hezbollah

La plupart des centres du pouvoir politique au Liban sont maintenant directement ou indirectement contrôlés par le Hezbollah. Cette organisation a développé un réseau d’alliances avec divers groupes politiques et confessionnels ; fait progresser des changements dans la loi électorale ; a neutralisé ses rivaux politiques, et plus. En pratique, au Liban, aucun élément politique ne fait actuellement obstacle à l’organisation, qui dispose d’un énorme arsenal d’armes. Il contrôle pleinement toutes les décisions militaires au Liban et les forces armées libanaises coopèrent avec l’organisation terroriste.

Récemment, Hasan Nasrallah a également commencé à prendre le contrôle de l’économie du Liban, achevant ainsi sa prise de contrôle des trois centres de pouvoir clés du pays : le système politique, l’armée et l’économie.

En fait, il est devenu difficile de distinguer l’Etat libanais du Hezbollah. L’État est un outil entre les mains du Hezbollah, tandis que l’organisation se cache derrière lui et le dirige depuis les coulisses, conformément à ses intérêts. Par conséquent, il est juste de tenir le Liban pour responsable des actes du Hezbollah. Les alliés politiques de l’organisation et ses rivaux doivent être avertis que le Liban paiera un lourd tribut pour avoir provoqué Israël.

Les Etats-Unis et l’Occident devraient avoir la preuve que la légitimité qu’ils accordent à l’Etat libanais sert le Hezbollah. Il faudrait inciter davantage de pays à suivre l’exemple britannique et à qualifier “l’aile” politique et le leadership du Hezbollah, et pas seulement sa soi-disant “branche militaire”, en tant qu’organisation terroriste. (La distinction entre les «ailes» est une distinction que le Hezbollah ne fait jamais elle-même).

Israël devrait également préciser que les garanties de sécurité internationales concernant le Liban se sont révélées au mieux inefficaces ; tout à fait inutile, au pire. Des renseignements spécifiques peuvent être mobilisés à cet effet, notamment la mise à nu des tunnels d’attaque terroriste du Hezbollah destinés à déboucher en Israël et des activités qui auraient dû être empêchées en vertu de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies (Ceci est également pertinent dans le débat sur l’utilité de telles garanties de sécurité internationales dans le contexte d’un futur accord putatif avec les Palestiniens).

Le Hezbollah n’a pas l’intention d’abandonner ses armes et le Liban est désormais un outil entre les mains du Hezbollah.

Des conflits internes au Liban ont lieu aujourd’hui au sujet des eaux de la zone économique exclusive (ZEE) et de la délimitation de la frontière avec Israël. Le Hezbollah et Amal ont tous deux rejeté la proposition d’Israël selon laquelle les questions relatives à la ZEE et à la «Ligne bleue» devraient être négociées dans un format séparé, alors que leurs alliés chrétiens – le président Michel Aoun et son parti – sont disposés à le prendre en considération. Un nouvel effort de médiation sous les auspices américaines et de l’ONU est en cours. Reste à savoir si le Hezbollah autorisera un passage d’accords.

En général, les concessions israéliennes liées aux activités du Hezbollah au sud du fleuve Litani, sur la délimitation de la frontière ou sur la zone économique exclusive ne rapprochent pas d’un éventuel règlement politique avec le Liban et ne suppriment pas ni ne diminuent le danger que le Hezbollah représente pour Israël. L’Iran, le sponsor du Hezbollah, continue de considérer Israël comme une cible pour une destruction totale. Il ne sert à rien de “donner” quoi que ce soit à un Liban sous contrôle iranien.

D’autre part, toutefois, un compromis négocié indirectement (avec l’aide des États-Unis et des amis méditerranéens d’Israël) pourrait créer un intérêt commun à court terme consistant à réduire les frictions, afin d’attirer des investisseurs pour le développement du gaz naturel en Méditerranée orientale.

En attendant, Israël devrait trouver des points faibles dans le système économique libanais. Alors que l’Iran manque d’argent, la situation du Hezbollah est de plus en plus grave. Les conditions économiques au Liban se sont détériorées et peuvent se situer au bord de l’abîme – une préoccupation d’une grande importance pour tous les acteurs, y compris le Hezbollah. Le soutien du Hezbollah parmi les groupes socio-économiques les plus faibles pourrait en souffrir. L’économie libanaise repose principalement sur les activités bancaires, les dépôts en devises, les services (tourisme), les transactions immobilières et les prêts. Il est donc vulnérable aux pressions externes.

L’Arabie saoudite devrait donc être invitée à se joindre à d’autres pays du Golfe (Émirats arabes unis, Bahreïn) pour publier ou renouveler un avis de voyage et / ou pour expulser les Libanais travaillant dans le Golfe, ou pour menacer de mettre fin aux prêts faciles consentis aux Libanais. Parallèlement, Israël devrait exhorter tous les participants à la conférence de Paris sur l’économie libanaise de 2018 – qui s’est terminée par l’engagement de plusieurs pays au Liban – à respecter leurs conditions, notamment une réforme économique et la promesse de désarmer le Hezbollah.

Israël devrait souligner que le Hezbollah n’a pas l’intention d’abandonner ses armes et que le Liban est désormais un outil entre les mains du Hezbollah. Par conséquent, toute assistance au Liban aide le Hezbollah ; considérant que toutes les contraintes pesant sur l’économie libanaise nuisent au Hezbollah et alourdissent son fardeau financier.

Adaptation : Marc Brzustowski

Une partie du rapport, en plusieurs chapitres, du : jiss.org.il

3 COMMENTS

  1. Remarquable article, merci Marc.
    Personnellement, je fais confiance aux Américains pour étouffer économiquement l’Iran, et par-delà les Chiites.
    D’après une franco-iranienne, le régime en place en Iran n’est plus soutenu que par 16% de la population. L’embargo est très efficace, le pays s’affaiblit. Les frappes chirurgicales sur les installations nucléaires devraient suffire…

  2. Excellent article .

    Israël ne doit pas être le seul à attaquer l’Iran .

    Tout le monde est concerné , Poutine y compris comme l’explique si bien l’article .

    Le moment est favorable , c’est maintenant qu’il faut y aller : détruire toutes les centrales iraniennes et plus si possible .

    Cela calmera pour un bon moment les Hezbollah , hamas et Cie .

  3. Alexooo
    Israel et moi de meme en t’en merde
    Va faire un tour sur les sites musulmans et tu trouveras ton bonheur en matière d’objectivité

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