Le premier verset de la haftara (Isaïe 42,5 – 43,10) peut servir de trait d’union avec la sidra de cette semaine qui nous relate la création de l’univers par Hachem. Dans ce verset, en effet, le prophète, de son côté, qualifie Hachem de créateur, tout en ajoutant une importante précision : Il ne s’est pas borné à une création matérielle, mais Il a insufflé dans ses créatures et tout particulièrement en l’homme un esprit qui doit l’animer.

Et dans cette optique, le prophète se permet de compléter dans une certaine mesure le récit de la Genèse : Pour lui, dès la Création, faisait partie du plan divin un choix qui allait se réaliser plus tard seulement, celui du peuple d’Israël. Dès l’abord, la place que celui-ci devait occuper, la mission qui allait lui être attribuée, bref toute son insertion dans l’économie divine du monde, était décidée par Hachem, même si la réalisation de ce projet se trouvait provisoirement ajournée.

Israël a été chargé, en effet, le moment venu, d’être parmi les nations, le témoin de Hachem, de constituer la marque divine qui se trouve imprimée sur le monde, de prouver par son existence-même et sa survie que le monde a un créateur et un souverain maître qui ne cesse de le gouverner.

Jacques Kohn

On connait la vie du prophète Isaïe par le livre d’Isaïe (en hébreu: Yéchayâ ou Yéchayâhou)


Lisez, de droite à gauche: Yéchayahou vén-Amots, hannavi
(Yéchayahou, fils d’Amots, le prophète). Le mot « bén, fils » se prononce « vén » après une voyelle.

Les écrits des prophètes nous sont transmis, non pas pour faire des devinettes sur l’avenir en fonction de textes passés mais pour déchiffrer le présent avec les éclairages que les prophètes nous ont donné -en fonction de la Torah- sur des situations analogues. Ils nous aident à appliquer la Torah aujourd’hui.
C’est le principe indiqué par la règle: « maâsséi avotes simane la banim (Traité Sota du Talmud, page 34b), les actes des Pères sont un éclairage pour les fils ».
Ce livre est capital pour notre enseignement aujourd’hui. En effet,
– la situation intérieure du peuple juif sur la terre d’Israël se caractérisait également par une pagaille politique insatisfaisante de la part des gouvernants hésitant entre des plans d’alliances les plus divers et contradictoires avec des voisins multiples et tous menaçants et instables.
– la politique de gestion du peuple ne se caractérisait pas par l’application de la morale de la Torah sur le plan de la fraternité et de la justice, comme aujourd’hui, même si le peuple restait le dépositaire de la qualité de Torah et le prophète Yéchayâhou avertissait que le salut ne viendrait pas des alliances ni des actions militaires s’il n’y avait pas l’application de ces règles morales de la Torah. Au contraire, ce manque donnerait aux ennemis le droit de victoire sur le peuple sourd et rebelle.
– alors qu’aujourd’hui la plupart de nos Sages restent centrés sur la gestion spirituelle de leur petite communauté et ne s’adressent pas à l’ensemble du peuple pour lui rappeler à tous la fraternité, l’application de la Torah de justice dans toute la vie collective, le prophète Yéchayâhou rappelle que cette voie d’isolement égoïste conduit fatalement à la perte pour tout le peuple. Et il donne les clefs pour la réussite globale de la Torah dans le sauvetage et dans le pilotage du peuple. Il est ainsi l’exemple du Sage dont a besoin le peuple.
– le prophète Yéchayâhou ne se contente pas de mises en garde concernant les voies périlleuses, il formule de nombreuses voies positives, et il assure aussi de façon précise du salut qu’a donné, que donne et que donnera le Gardien d’Israël si on suit ces voies positives. Et les dossiers qui le prouvent nous sont fournis par son texte.
– le fait que ce livre ait été choisi par nos Sages, parmi de multiples, pour le faire entrer dans le canon des livres qui éclairent chaque génération comme la lecture exacte de la Torah en situation de danger, nous donne le devoir de l’étudier pour mieux vivre. Il nous apprend ainsi à améliorer notre perspicacité dans l’analyse de la situation, à éviter les erreurs et à choisir les solutions vitales positives. Toute la Torah est résumée dans ce verset: « j’ai placé devant toi la mort et la vie, choisis la vie ».
– C’est cela et non pas un livre de « prophéties » pour localiser la date de faits à venir soit disant annoncés comme le font certains, rabaissant le Tanakh (la Bible) à des jonglages de codes qu’on pourrait faire sur n’importe quel texte ou sur le livre de Nostradamus.

Ce détournement conduit fatalement à des abérrations où des très nombreux illuminés pensent tous que le texte a prédit à leur sujet qu’ils sont le dernier prophète et que tel ou tel mot les annonce et leur rôle. Ces détournements du texte ont toujours conduit dans l’histoire à des conquêtes guerrières meurtrières et cruelles pour contraindre les peuples à de nouvelles croyances et à la persécution du peuple de D.ieu pour tenter de se substituer à lui sur sa terre et en l’exterminant.

II. Situons dans l’histoire l’époque et le texte du prophète Yéchayâhou, Isaïe

La carrière officielle de Yéchayâhou commence l’année de la mort du Roi Ouziah, en 740 avant le compte de l’ère vulgaire actuelle et tout son enseignement est rapporté dans les chapitres 1 à 39 de son livre.
Alors, comme aujourd’hui, les menaces sont précises contre Israël sous deux formes:
– depuis l’Est et la Syrie et la Babylonie qui veulent conquérir les autres royaumes.
– par une instabilité et immoralité politique interne et dans le peuple en Israël (lisez les deux premiers chapitres).
– par l’alliance de politiciens dans la partie dénommée royaume d’Israël prêts à collaborer avec l’ennemi et à diviser la terre du peuple d’Israël: Pékah fait alliance avec la Syrie contre la Babylonie et le royaume de Judah dirigé par le roi A’haz est alors envahi, l’alliance prosyrienne nomme un valet à sa place (le fils de Tabil, ch. 7) et c’est à ce moment qu’intervient le prophète Yéchayâhou, Isaïe.
Il exhorte le roi A’haz à garder confiance par le fait qu’il vit selon la Torah sur la terre du D.ieu d’Israël mais le roi préfère passer alliance et payer par la dépendance avec l’Assyrie babylonienne contre Damas et devenir vassal. Lisez ici les chapitres 16 et 17 du Second Livre des Rois.

Nous sommes donc situés exactement entre deux approches de la gestion du peuple d’Israël:
– celle d’Isaïe qui est fidèle aux règles de la Torah dans un contexte mouvant, impressionnant
– et celle d’autres leaders agissant seulement selon les seules règles de la politique et des armes et des alliances dans lesquelles le peuple juif perd son indépendance de facto. Nous le voyons, cette situation est restée identique pour le peuple d’Israël.

Au roi A’haz succède son fils ‘Hizkiahou (Ezékias) qui gouverna de -715 à -687. Il fut tenté de faire alliance avec l’Egypte qui voulait libérer la région de l’emprise babylonienne et prendre sa place. Israël est toujours, hier comme aujourd’hui pris au coeur du conflit perpétuel de ces 4 empires de la région millénairement obsédés par une période de leur histoire où ils furent les dominateurs (Babylon ou Irak, Perse, Syrie, Egypte) derrière l’apparente union aujourd’hui sous le couvercle fictif de « peuples arabes » qu’ils ne sont pas tous ou de l’islam dans lequel ils sont des courants très rivaux, opposés et ennemis.
Le roi ‘Hizkiahou cherche avec qui faire alliance et se placer en soumission. A nouveau intervient le prophète Yéchayâhou, Isaïe. Lisez ici le chapitre 20 du second Livre des Rois, sans cela le Livre d’Isaïe vous semblerait simplement un livre de poésie spirituelle incompréhensible.
Et continuez par le chapitre 39 du livre de Yéchayâhou, Isaïe. Vous y découvrirez l’obstinée propension qu’il y a dans notre peuple à ne pas vivre selon les règles de morale collective de la Torah assurées par l’étude individuelle (attention, il faut les deux alors que beaucoup prônent seulement l’étude et délaissent la responsabilité collective prescrite par la Torah et disent simplement: nous ne faisons pas de politique, tout en réclamant à l’Etat des subventions et dispenses), morale collective et étude de la Torah qui assureraient ipso facto la protection divine et la paix accordée par les nations environnantes.

En effet, le roi ‘Hizkiahou court après les faveurs des puissants environnants et tombe dans ce piège avec le roi de Babylonie. Le chapitre 40 d’Isaïe montre la vanité de cette conception de la gestion du peuple d’Israël. Dans les chapitres précédents, le roi avait alterné avec des alliances envers l’Egypte, se tournant toujours vers le plus fort qui semble devoir l’emporter sur les autres, attitude continuelle dans le peuple juif. Et chaque fois, le prophète tenta de l’en dissuader.
Vous comprendrez ainsi maintenant les exhortations du prophète qui ne sont pas seulement de la formation spirituelle individuelle.

Le sommet de la tension, de l’enseignement du prophète Yéchayâhou, Isaïe, et de la confiance en D.ieu sont atteints (imaginons aujourd’hui) en -701 quand tout le pays est envahi par Sénnachérib (Sane’hériv) de Babylonie qui attaque l’empire égyptien (« Tes plus belles vallées sont envahies par des chars et les cavaliers ennemis son rangés près de tes portes » Isaïe 22,7). Imaginons cela aujourd’hui.

Et bientôt toutes les villes fortes de Yéhouda (Judée) tombent aux mains des autres nations, ce que le plan Olmert-Bush-Sarkozy veut donner aux Arabes, et Jérusalem elle-même est assiégée. Lisez ces dernières nouvelles au chapitre 36 d’Isaïe. L’Assyrie, Babylone, reprend les arguments d’aujourd’hui (c’est la sagesse de céder, d’ailleurs c’est même un signe divin). Le prophète renforce le roi dans la confiance en la protection divine qui interviendra et fera repartir les attaquants comme ils sont venus (ch 37, 22-29) et effectivement un désastre frappe le camp assyrien.

Commentaire par le Rav Yehoshua Ra’hamim Dufour basé sur les livres de nos Sages

 

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