L’Iran a entraîné Israël dans une guerre d’usure.
Ce bref épisode de combats a créé un dangereux précédent liant l’Iran au Liban. Le ministre de la Défense, Katz, a beau avoir déclaré que « Dahiyeh sera traitée comme les communautés du nord », il est peu probable que cette escalade dissuade le régime des ayatollahs. Elle risque plutôt d’accélérer la prochaine escalade.
par Yoav Limor
Moins de 24 heures se sont écoulées avant la fin des combats avec l’Iran, après que les deux camps ont « accepté » la demande de cessez-le-feu du président Donald Trump. Chacun a déclaré avoir respecté ses principes et ne pas hésiter à reprendre les hostilités à l’avenir.
Cette situation risque fort de provoquer une nouvelle escalade du conflit, peut-être dans un avenir proche. L’Iran a clairement indiqué qu’il réagirait si Israël reprenait ses attaques au Liban, cette fois non seulement à Beyrouth, mais aussi dans le sud du pays.
Israël, de son côté, a clairement indiqué qu’il continuerait d’opérer au Liban, tant qu’il serait attaqué par le Hezbollah. Compte tenu de la forte présence des Forces de défense israéliennes dans le sud du Liban, des attaques du Hezbollah sont inévitables. L’organisation était déjà active hier, après la fin des combats avec l’Iran.
Il s’agit d’un piège stratégique dangereux, dans lequel l’Iran, avec le soutien de Trump, a lié le Hezbollah et le Liban à ses propres affaires. C’est également un précédent dangereux qui pourrait s’étendre. L’Iran pourrait désormais considérer toute frappe à Gaza ou en Judée-Samarie comme un motif d’escalade de sa part, tandis que d’autres pays, la Turquie par exemple, pourraient être tentés de s’engager dans des aventures similaires.
Avant même cela, la pression iranienne s’est trouvée renforcée lundi par celle des Houthis, qui ont annoncé la fermeture du détroit de Bab el-Mandeb aux navires à destination d’Israël. Cette décision résulte directement de l’échec international, mené par les États-Unis, à gérer la crise d’Ormuz, un passage vital au même titre que Bab el-Mandeb, ce qui semble avoir exacerbé le penchant des Houthis pour les manœuvres d’intimidation, à l’instar de leur protecteur. Israël pourrait être contraint de recourir à la force militaire pour contenir les Houthis, comme il l’a déjà fait par le passé.
Ils en ont payé le prix, mais n’ont pas appris.
En Israël, des responsables ont affirmé, lors de conversations à huis clos, que c’était en réalité l’Iran qui avait tiré les leçons de la situation. Un haut responsable a déclaré que sa tentative d’unir les fronts lui avait coûté cher, avec des frappes sur des cibles situées sur son territoire, notamment des systèmes de défense aérienne et des usines liées à l’industrie des missiles. La frappe visant des installations pétrochimiques était une tentative de faire comprendre à l’Iran ce qui arriverait à ses infrastructures nationales si l’escalade se poursuivait.
Il est douteux que ces frappes aient véritablement dissuadé le régime iranien, grisé par le pouvoir après des semaines de guerre. À Téhéran, on a le sentiment, non sans fondement, que l’Iran, bien que militairement affaibli, est sorti de cette campagne stratégiquement renforcé, tandis qu’Israël et les États-Unis, qui l’ont frappé, en sont sortis affaiblis.
Ce qui a contribué à cette situation, ce sont la gestion hésitante des négociations par les Américains et leurs menaces vaines d’utiliser la force, ainsi que les pressions des États du Golfe inquiets des dommages plus importants que l’Iran avait menacé de causer à leurs infrastructures en cas de reprise de la guerre.
Lundi, des spéculations ont circulé sur les réseaux sociaux selon lesquelles les frappes israéliennes auraient été coordonnées avec Trump. Israël aurait ainsi pu afficher son « indépendance », même brièvement, tandis que Trump aurait pu rappeler à l’Iran qu’il risquait d’en payer le prix s’il persistait à tergiverser et à retarder les négociations, sans que les États-Unis ne participent activement à l’escalade. Washington s’est limité à une posture défensive et, cette fois, ses avions ravitailleurs n’ont pas été mis à la disposition de l’armée de l’air israélienne.
Il n’est pas exclu qu’une certaine coordination ait eu lieu entre les deux parties, qui avaient déjà agi de concert lors des deux précédentes campagnes contre l’Iran. Malgré cela, Israël aura du mal à affirmer avoir contenu les Iraniens. Ses actions, ou plus précisément ses inactions, exigent des explications. On ignore, par exemple, pourquoi Israël s’est contenté d’une simple frappe symbolique à Beyrouth avant-hier, contre un poste de commandement du Hezbollah abritant des agents subalternes.
Aucune explication
Cette frappe, qui a mis le feu aux poudres avec l’Iran, offrait à Israël un prétexte idéal pour une offensive d’envergure à Beyrouth afin d’instaurer une véritable dissuasion, mais cela ne s’est pas produit. Les frappes en Iran ont également été relativement mesurées, rappelant les provocations à Gaza qui ont précédé le 7 octobre.
Mais lors de cette nouvelle vague de combats, comme lors des précédentes, le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est abstenu de fournir des explications ou des réponses, se contentant d’une déclaration enregistrée. La plupart des informations proviennent de Washington ou de fuites. L’opinion publique israélienne reste perplexe quant à la poursuite de la campagne au Liban et à ses objectifs, ainsi que quant à la future politique à l’égard de l’Iran.
« Dahiyeh, à Beyrouth, sera traitée comme les localités du nord », a tweeté le ministre israélien Israël Katz après l’extinction de l’incendie. « Toute attaque contre les localités du nord entraînera une attaque à Dahiyeh. Nous rejetons catégoriquement les menaces iraniennes. Toute tentative iranienne d’associer le Liban et l’Iran et d’attaquer Israël se heurtera à une riposte massive, comme ce fut le cas hier. » Comme indiqué, il est peu probable que ce jeu de dupes dissuade les Iraniens. Il risque davantage de précipiter une nouvelle escalade, ce qui pourrait affaiblir davantage la dissuasion israélienne.
La perspective de combats répétés avec l’Iran n’est pas dans l’intérêt d’Israël. Elle aurait des conséquences dramatiques pour l’économie, l’aviation, le tourisme et la résilience nationale. Si Israël estimait devoir frapper Beyrouth avec force, et il l’a fait, il aurait dû le faire. S’il estimait devoir riposter avec force en Iran, et il l’a fait, il aurait dû le faire. Il aurait été préférable de mener une nouvelle campagne difficile afin d’obtenir une dissuasion efficace, plutôt que de s’engager dans une guerre ouverte et prolongée.
JForum.fr avec ILH
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