Habima dans les shtakhim ©

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Habima dans les shtakhim

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Le 10 novembre 2016, la compagnie nationale de théâtre Habima s’est produite dans l’implantation de Kiryat Aba, située à proximité de la ville de Hébron. Pas moins de 400 spectateurs (provenant également de divers des implantations juives) ont pu assister à la représentation de la pièce « une histoire simple » du prix Nobel israélien Shay Agnon (1888-1970), qui traite d’une communauté juive dans un städtel d’Europe centrale.

Au premier rang, se trouvait la Ministre de la culture Miri Regev pour qui, la production événements culturels dans les implantations juives participe du rayonnement culturel sur l’ensemble des terres historiquement juives. Depuis sa nomination en 2015, elle s’insurge contre l’impossibilité pour les israéliens qui résident dans les Shtarim,  de profiter des événements culturels : « On nous dit qu’amener des institutions culturelles en Judée Samarie c’est plus grave, que toucher au Saint des saints ». Elle a donc confirmé le renouvellement de l’opération dès qu’elle le pourrait : « Oui, la représentation de ce soir est une révolution, un moment historique pour le théâtre israélien et mieux vaut tard que jamais ».

La Ministre de la culture Mirai Regev suscite l’admiration du Premier Ministre Benjamin Netanyahou dans ses projets de changement de la politique culturelle israélienne. Elle est, en effet, une femme impressionnante dotée d’une personnalité très forte. Elle est devenue Ministre de la Culture après avoir accompli toute sa carrière professionnelle dans l’armée où elle a terminé avec le grade de Général. Elle a même, un temps, été chef du service d’information des armées. Elle ne fait donc pas l’unanimité au sein de la classe artistique israélienne qui ne partage pas toujours ses positions : elle refuse de subventionner les œuvres qui critiquent l’Etat juif, s’opposent (parfois) à des pièces montées par des artistes arabes israéliens qui donnent une image négative d’Israël, et a même essayé d’empêcher le rappeur Amer Nafar de se produire dans la ville de Haifa.

La production du théâtre israélien dans les Shtarim a donc provoqué le courroux des boycotteurs, y compris israéliens. Les militants du mouvements « Shoverim shtika » (briser le silence) se sont insurgés contre l’événement en affirmant : « l’occupation n’est pas une représentation de théâtre ». Les militants de « breaking the silence » ont même manifesté avant le spectacle peu avant sa production, en compagnie d’une actrice du théâtre habima, Yevgenia Dodina  qui s’est abstenue de jouer.

De même, l’acteur et réalisateur Odes Kotler a refusé de participer en exprimant sur les ondes israéliennes en ces termes : « Lorsque nous disons Nation, Israël ou National, cela n’inclut pas les Territoires occupés ». Il a même ajouté : « En menant une activité soi-disant purement culturelle dans ces lieux, nous renforçons la souffrance d’autres personnes, qui se poursuit depuis des années et des années et nous empêche en fait de faire la paix » (sic). Enfin, Un des comédiens de la troupe, Shlomi Bertonov, s’est exprimé au quotidien Haaretz sur son refus de participer à la représentation et « de faire le jeu » de la ministre de la Culture qui a instauré en juin un bonus pour les institutions disposées à travailler dans des colonies et une pénalité financière pour les autres ».

Effectivement, et même en Israël, certains juifs sont persuadés (à tort) que la présence juive en Cisjordanie est le résultat d’une occupation et qu’elle constitue un obstacle à la paix. C’est notamment le cas de la gauche israélienne, tellement imprégnée des discours des ennemis d’Israël, qu’elle finit par se les approprier.

Reconnaissons toutefois que la production de cette pièce à Kiryat Arba ravive de tristes souvenirs puisque c’est dans cette ville qu’est enterré Baruch Goldstein, qui a , en 1994, assassiné 29 musulmans et en a blessé une dizaine d’autre dans la Mosquée de Hébron qui jouxtent la synagogue du patriarche Abraham.

Aussi, les palestiniens sont très en colère contre cette événement artistique, considérant que la Cisjordanie a vocation à devenir l’assiette de leur futur Etat. Leur raisonnement n’en est pas moins contestable à plus d’un titre. Tout d’abord, s’il n’y a pas d’Etat palestinien en Cisjordanie, c’est bien parce que les palestiniens ont refusé la création d’un Etat arabe sur ce territoire lors de la décision de l’Onu sur le partage de la Palestine en 1947. En outre, le territoire de Cisjordanie ne leur a pas été affecté lors de la reconnaissance internationale de l’Etat de Palestine, le 29 novembre 2012. Enfin, et surtout, il n’est pas interdit à une compagnie théâtrale de se produire dans le monde, dès lors qu’elle a reçu l’assentiment des autorités qui l’accueille. Pour l’heure, ce sont les autorités israéliennes qui décident, qui peut ou non, se produire à Kyriat Aba (en vertu des accords israélo palestiniens d’Oslo). Les palestiniens ne sont donc pas prêts de dicter à Miri Regev les modalités de diffusion de la culture juive.

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Par ©Maître Bertrand Ramas-Muhlbach

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