Gadi Eisenkot : le chef de l’entre 2-guerres©

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Le chef de guerre entre les guerres :

conclusion intermédiaire du mandat du Lieutenant-Général Eizenkot en tant que chef d’Etat-Major

Le Lieutenant-Général Gadi Eizenkot entre dans la dernière partie de sonmandat en tant que Chef d’Etat-Major de Tsahal. On peut présenter un rapport intérimaire équilibré du mandat d’Eizenkot à ce poste : il a réussi à diriger le paquebot géant de Tsahal et à passer entre des défauts internes dus à l’organisation et les défis majeurs de défense, en particulier au Nord (Syrie-Liban-Iran).

Le Lt. Gen. Gadi Eizenkot au cours de manoeuvres de Tsahal au Nord (Photo: IDF)

Si les reportages des médias étrangers évoquant une attaque de l’IAF (Air Force israélienne) contre un site de production d’armes chimiques et de missiles en Syrie, au cours de la nuit du 6 au 7 septembre sont exacts (pour le dixième anniversaire exactement de l’attaque israélienne contre le réacteur nucléaire nord-coréo-irano-syrien dans la Porvince de Deir Ez Zor, également attribué à Israël), alors on peut imaginer l’activité du Chef d’Etat-Major de Tsahal cette nuit-là : le Lieutenant-Général Gadi Eizenkot doit s’être assis profondément dans la “Fosse”, la salle souterraine de commandement du centre des opérations dans le complexe de la Kirya, à Tel Aviv, les pensées focalisées sur les possibles évolutions suivantes, plutôt que sur la seule attaque présente elle-même.

Que cela se soit réellement déroulé, ce type d’attaque, comme celle présumée du 22 septembre au matin, contre un dépôt d’armes du Hezbollah dans l’Aéroport International de Damas, est plus caractéristique que n’importe quoi d’autre, quant au surnom attribué à Eizenkot, en tant que Chef d’Etat-Major de “l’Entre-Guerres”.

Dans le jargon de Tsahal, le terme “Entre-Guerres” ou “Guerre entre les Guerres” fait référence à une séquence sans fin d’opérations proches et lointaines, dont la plupart demeurent confidentielles. Pratiquement, Eizenkot est le premier chef d’Etat-Major depuis le siècle dernier, dont le mandat à ce poste ne comprend pas (jusqu’à présent, s’entend) un vértiable soulèvement palestinien (Intifada), une guerre à grande échelle ou une opération majeure avec forces terrestres à Gaza.

Par conséquent, on se rappellera son mandat à cause de certains scandales ou de tempêtes judiciaires -allant de l’ordinateur volé du chef de la direction du personnel de Tsahal, qui a dû démissionner, à l’incident de tir d’Hébron, où l’homme de troupe Elor Azaria a tiré et tué un terroriste déjà agonisant.

C’est pourtant bien loin d’être le principal sujet de préoccupations de Tsahal, cela dit.

Eizenkot entre donc dans la phase finale de son mandat, qui a été prolongée par le Ministre de la Défense Avigdor Lieberman jusqu’à la fin de 2018. Par conséquent, c’est à la veille di prochain Rosh Hashana que nous connaîtrons qui sera son remplaçant. A ce moment-là, son programme sera chargé de visites d’adieu bien plus que d’affaires militaires proprement dites.

Cette fois, au lendemain du Nouvel An juif, la fin de son mandat apparaît en vue, le bilan d’Eizenkot est, toutes choses bien pesées, plutôt bon. Il s’est avéré être l’un des Chefs d’Etat-Major, les plus commodes, les plus professionnels et connaissant le plus de réussites, au cours de ces dernières décennies,mais les défis qu”il affronte demeurent colossaux. Au niveau stratégique, le casse-te^te le plus sévère se situe aujourd’hui, principalement au Nord.

Là-haut, une série de victoires tactiques, au cours de cette période d’entre deux-guerres peut ne pas produire pour autant les résultats stratégiques désirés. Les tactiques actuelles menées par Israël dans le nord,rappellent, jusqu’à un point considérable, les tentatives d’empêcher l’Egypte et l’URSS de déployer tout un rayon de missiles sol-air qui auraient porté un coup à la supériorité aérienne de Tsahal, au cours de la guerre de Harcèlement (1967-70). Les opérations audacieuses de cette période n’ont pas empêché la grave défaillance stratégique, qui s’est reflétée dans l’aptitude relative des Egyptiens à “entamer sérieusement l’aile de l’armée de l’air” au cours de la guerre de Yom Kippour (1973)

En plus, comme tous les conflits du passé, le prochain conflit mettra à jour plusieurs erreurs substantielles encore non-examinées actuellement, comme les tunnels souterrains qui avaient, pense t-on, “pris Tsahal par surprise” (qui les connaissait depuis 2001), au cours de l’Opération Bordure Protectrice : cette menace est traitée “par en-dessous et par au-dessus”, mais de nouvelles menaces se dissimulent déjà au coin de la rue, dans la Bande de Gaza et ailleurs – y compris des menaces aériennes comme les drones, dont un engin sans pilote iranien a été abattu, la semaine dernière, par un missile Patriot israélien).

Se rapprochant de la conclusion de son mandat, il ne subsiste plus aucun doute sur le fait qu’Eizenkot est un dirigeant efficient, pondéré et mature, capable d’entraîner l’armée,même sans dégouliner de charisme et d’apparitions dramatiques sur les écrans de télévision. La manière tranquille et calme avec laquelle il dirige les opérations de Tsahal, au cours du sursaut d’attaques terroristes au couteau prouve son efficacité.

Les relations d’Eizenkot avec l’ancien Ministre de la Défens Moshe Ya’alon se sont déroulées sans incident et on a constaté qu’il est aussi sur la même longueur d’ondes que son nouveau Ministre de la Défense, Avigdor Lieberman. En l’absence de toute expérience significative en matière de défense et de sécurité,et se fondant probablement sur une vision du monde structurée, le Ministre, pour sa part,laisse beaucoup de marge de manœuvre pour Eisenkot, de façon à ce qu’il puisse dirier Tsahal comme il pense que cela convient.

Les relations entre l’armée et la société

En cette nouvelle année 5778, Eizenkot a, lui-même annoncé les nouveaux bénéfices dont nous gratifient les combattants de Tsahal. Cela peut être indicatif du fait que l’interface entre Tsahal et la société israélienne est, selon lui, une question hautement problématique.

Tsahal est, actuellement, au cœur de débats sérieux et de controverses politiques et sociales graves, comme dans le dossier de l’incident de tir de Hébron (le soldat Elor Azaria) ou des questions d’intégration des combattants hommes et femmes au sein de certaines unités.

L’intégration du secteur religieux orthodoxe au service militaire s’est à nouveau élevé dans l’ordre des priorités de l’agenda public, après que les juges de la Cour Suprême de Justice aient aboli le 21 ème amendement de la Loi sur le service militaire, qui permettait l’exemption de recrutement des étudiants de yeshivot orthodoxe, qui devait être prolongé jusqu’en 2023. Les autorités de Tsahal ont déjà annoncé qu’elles sont en train de réviser cette disposition réglementaire, et qu’elles sont très intéressées à étoffer les rangs des recrues orthodoxes au sein de Tsahal, pour un certain nombre de fonctions de plus en plus nombreuses au sein de l’armée.

Ces questions, aussi prédominantes puissent-elles apparaître, sont moins graves que deux processus qui peuvent provoquer des dégâts irréversibles sur le long terme. Ce premier processus concerne la baisse des motivations à rejoindre les unités combattantes parmi les nouvelles recrues. C’est précisément le problème que le “panier de prestations” est censé traiter.

L’autre question a à voir avec le personnel en service régulier et Tsahal tente d’y répondre pour l’effacer des gros titres de la presse. Au bout du compte : le personnel en service régulier traverse une crise. Les hommes de troupe en service font de leur mieux pour quitter Tsahal vers la vie civile à la première occasion qui se présente à eux, alors que l’opinion publique les perçoit de plus en plus comme des hédonistes et des “pique-assiettes”.

Tsahal jouit encore des prestations des meilleurs soldats en service obligatoire et dans les rangs des officiers subalternes, mais trouve de plus en plus difficile de parvenir à faire signer les officiers exceptionnels sur des périodes de service d’engagement à long-terme (heureusement, il reste encore beaucoup d’officiers de très haute valeur en service permanent).

Même sous la tutelle d’Eizenkot, beaucoup d’officiers de Tsahal ne sont ni de niveau intellectuel brillant ni vraiment curieux et ils investissent bien trop d’énergie dans la flatterie, le cirage de pompes, l’auto-promotion et la course à des rangs supérieurs en accéléré, qui commence dès les premiers jours et se poursuit jusqu’à la fin de leur carrière, dans à peu près toutes les positions occupées.

Les maladies organisationnelles que traverse Tsahal sont des maladies chroniques et elles ne se sont pas éteintes au cours du mandat d’Eizenkot.

Quoi qu’il en soit toutes les difficultés, grâce à son calme caractéristique et sa façon tranquille d’agir, Eizenkot a réussi à introduire des changements structurels qui adaptent Tsahal à l’ère de la guerre ultra-moderne (structurellement, Eizenkot a assimilé la Direction de la Technologie et de la Logistique au sein de l’armée de terre, par exemple. Il est en bonne voie pour établir une branche de la cyberguerre et parviendra probablement à subordonner le Corps de la Signalétique et des systèmes d’ordinateurs à l’armée de terre également. Certains des changements des systèmes d’armement actuels se sont illustrés au cours des manœuvres qui se sont terminées la semaine dernière, dans le Nord, qui comprenaient l’emploi massif de plateformes sans pilote).

Au bout du compte, il est étonnant de voir de quelle superbe façon le Lieutenant-Général Eizenkot est parvenu à entraîner Tsahal de façon aussi réussie, malgré tous les défauts internes, générateurs d’obstacles aussi graves que les menaces posées à la défense, et tous les champs de mine de l’intérieur, représentant autant de pièges explosifs qui continuent de surgir de toutes parts.

Amir Rapaport | 22/09/2017

israeldefense.co.il

Adaptation : Marc Brzustowski

2 COMMENTS

  1. Le positionnement de ce Ramat kal lors de l’affaire Elior Azaria est scandaleuse et place les soldats de tsahal dans des dilemmes sans fin sur leur attitude en situation de combat. Ce ramat kal n’a eut de cesse via les procureurs militaires d’enfoncer et d’accuser ce soldat qui n’a fait que sont devoir,. Ce chef d’état major ne laissera pas un grand souvenir dans Tsahal.

    • Facile à dire et plutôt populiste. La réalité est, heureusement, souvent différente de la somme de nos préjugés. L’article dirait plutôt que c’est la soit-disant affaire “Azaria” qui ne laissera pas beaucoup de souvenirs. Une petite fièvre du samedi soir. Sauf que Tsahal a de vrais défis à relever,au-delà de quelques heureusement rares exemples de gâchette facile. L’affaire Azaria survient à un moment compréhensible de “ras-le-bol” quant à la fameuse “Intifada des couteaux”. La vérité non dite est que si les Palestiniens comprennent qu’ils ne s’en sortiront pas vivants, il y a peu de chance qu’ils partent au suicide. C’est la très grande différence avec les bombes humaines des années 2000.
      On est prêt à passer n’importe quoi à un gamin qui pête les plombs. N’empêche : le procès a eu lieu, il a été condamné à une peine très modérée et personne ne manifeste devant la Cour Suprême ou le Tribunal pour sa libération immédiate. Eisenkot s’est emmêlé les pinceaux, car il n’aurait jamais dû suivre son instinct et le dire condamné par avance, ce qui a contribué à exciter la vox populi. Celle-ci a largement abandonné Azaria à son sort. Sauf sur les fora?

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