EKeV: « Tu rendras Grâce à l’Éternel.. » (vidéo)

Réciter le Birkat Hamazone

La Paracha Ekev met l’accent sur les valeurs «matérielles » d’Eretz Israël. C’est ainsi que la qualité de son blé et de son orge, de ses raisins et de ses figues, de ses grenades, de ses olives et de ses dattes illustre l’ampleur des bénédictions divines toutes spéciales accordées à cette terre.

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C’est alors que nous est prescrite une mitsva merveilleuse que l’on doit accomplir après chaque repas conséquent – notamment pris avec du pain : « Tu mangeras et tu te rassasieras, et tu loueras Hachem ton D.ieu pour le bon pays qu’Il t’a donné ».

Rav Guédalya Schorr zatsal explique que cette mitsva du « Birkat Hamazone » appartient à la fois aux deux catégories existantes des mitsvot : les commandements positifs (il faut toujours se souvenir de Hachem), et les mitsvot négatives (ne jamais L’oublier).

En effet, grâce à nos paroles de remerciements ainsi adressées à D.ieu pour la nourriture qu’Il nous a donnée comme Il le fait pour toutes Ses créatures, nous obéissons au commandement positif suivant : « Tu te souviendras de Hachem ton D.ieu, car c’est Lui qui te donne la force de t’enrichir (…) », (Dévarim, chapitre 5, verset 18).

Or, la Torah nous dit aussi en nous prescrivant une interdiction : « Garde- toi d’oublier Hachem, ton Dieu, de négliger Ses préceptes, Ses institutions et Ses lois, que Je t’impose en ce jour. Peut-être, jouissant d’une nourriture abondante, bâtissant de belles maisons où tu vivras tranquille, voyant prospérer ton gros et ton menu bétail, croître ton argent et ton or, se multiplier tous tes biens, peut-être ton cœur s’enorgueillira-t-il, et tu oublieras l’Éternel, Ton Dieu qui t’a tiré du pays d’Égypte, de la maison de servitude. (…) Et tu diras en ton cœur : ‘ C’est ma propre force, c’est le pouvoir de mon bras, qui m’a valu cette richesse ’ ! », (Dévarim, chapitre 8, versets 11 à 17).

Se prémunir contre l’oubli… pour ne pas oublier l’immense générosité de Hachem ! Or, nous constatons là que la Torah s’étend bien plus longuement sur l’aspect négatif de ces commandements que sur leur caractère positif. Pourquoi cela ?

 C’est que, selon le Or Ha’hayim Hakadoch, l’homme est constamment guetté par son mauvais penchant… Celui-ci a ainsi recours à de nombreuses « ruses » pour lui faire oublier que tout lui vient de Hachem. Et dès le moindre oubli à ce niveau, la voie devient libre pour que le mauvais penchant inocule dans l’être humain des désirs de désobéissance à Hachem, jusqu’à lui faire désirer d’adorer des idoles (voir le verset 19). La moindre fissure dans la muraille de la gratitude que nous devons manifester envers le Créateur est génératrice de ce qu’il y a de pire en matière d’opposition à Hachem.

Tout cela illustre donc clairement le fait qu’il est très important de toujours être conscient que c’est Hachem qui nous donne tout ce que nous avons !

Une attitude de « reconnaissance » et de louanges censée nous inciter à reconnaître en toute circonstance la Providence divine. D’autant que dans la haftara de Chabbat ‘Hazon, le Chabbat précédant Ticha béAv, nous avons entendu le prophète Isaïe clamer ses reproches de toutes ses forces : « Un bœuf connaît son possesseur, un âne la crèche de son maître, mais Israël ne connaît rien, Mon peuple n’a pas de discernement ! », (chapitre 1, verset 3).

Initier le monde à la connaissance de D.ieu par le Birkat Hamazon. Le ‘Hidouché Harim citait son maître, le fameux rabbi de Kotzk, qui rapportait le Midrach relatant comment notre patriarche Abraham Avinou invitait des idolâtres, leur servait un bon repas et les incitait ensuite à réciter le « Birkat Hamazone » afin de remercier le Créateur grâce auquel ils venaient de se rassasier.

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C’est en fait de la sorte qu’Abraham initiait le monde à la connaissance divine, à partir des remerciements et de la gratitude contenus dans le Birkat Hamazone, des sentiments susceptibles de pouvoir submerger un athée et de le transformer en croyant ! Il est donc surprenant, disait le rabbi de Kotsk, que nous ne parvenions pas aux plus hauts niveaux de crainte de Hachem en récitant simplement notre Birkat Hamazone…

Rabbénou Bé’hayé explique quant à lui que D.ieu a accompli tous les miracles « nécessaires » de la Sortie d’Égypte pour nous faire atteindre notre but et nous installer en Terre Promise.

Voilà pourquoi c’est grâce à nos souvenirs que nous pouvons nous permettre de pleinement ressentir notre gratitude envers Hachem, un devoir que nous assumons en récitant avec concentration le Birkat Hamazone, faute de quoi nous risquons de perdre toutes nos valeurs juives et toute proximité avec D.ieu !

D.ieu attend la prière exprimant la reconnaissance des Justes ! Or, Hachem attend de recevoir les prières des Justes car Il est bon et aspire à nous combler de Ses bienfaits : Il souhaite donc qu’on Le remercie et qu’on prie pour solliciter de Lui les bienfaits dont nous avons besoin.

Grâce à cette idée avancée par rabbénou Bé’hayé, nous découvrons une immense richesse dans le Birkat Hamazone: car se côtoient dans ce texte fabuleux à la fois notre modestie consistant à remercier Hachem – car, encore une fois, nous Lui devons tout, absolument tout ! -, et aussi une fierté extraordinaire de l’honneur inappréciable de contribuer aux décisions qu’Il prend dans Sa bonté pour nous sustenter.

De nos jours, notre vraie place en tant que Juifs est en Eretz-Israël. Même si notre exil aux quatre coins du monde s’est prolongé pendant de si longs siècles, cette dispersion ne saurait constituer pour nous une norme de vie.

Or, il suffit que la téchouva – le repentir authentique de tout notre peuple – prenne sa véritable dimension pour que Eretz-Israël nous reçoive enfin tous ensemble sous la conduite du Machia’h !

Voilà pourquoi dans notre vie, où qu’elle se déroule, le Birkat Hamazone garde toute sa valeur et toute sa signification contribuant à nous attacher encore davantage à D.ieu. Il est certes bon de manger du pain, mais sachons donc ensuite faire un Birkat Hamazone digne de ce nom !

Rav Hayim Yaacov Schlammé

Chiourim.com

 

Ekev désigne la partie du corps qui marque la jonction entre la terre et la direction du ciel

« Pour prix de votre obéissance (êkev tichmeôun) à ces lois et de votre fidélité à les accomplir, l’Eternel votre Dieu sera fidèle aussi au pacte de bienveillance (eth haberith véeth hah’essed) qu’il a jurée à vos pères. Il t’aimera, te bénira, te multipliera. Il bénira le fruit de tes entrailles et le fruit de ton sol, ton blé (deganekha), ton vin (tirochekha) et ton huile (veytsharekha), les produits de ton gros et menu bétail dans le pays qu’il a juré à tes pères de te donner »(Dt, 7, 12, 13). Bible du Rabbinat.

On le constate, la Parole divine se veut d’engagement réciproque. Mais de quelle sorte de réciprocité?

En contre-partie de l’obéissance requise des enfants d’Israël, ceux –ci se verront gratifiés de tous les bienfaits cités au texte. Cette réciprocité est indiquée par un mot particulier: êkev dont il s’agit de comprendre le sens intime et les implications.

A priori êkev désigne le talon, autrement dit la partie du corps qui marque la jonction entre la terre et la direction du ciel, elle même indiquée par la station debout, la seule qui caractérise l’être humain.

Ainsi disposé, le corps forme bien un trait d’union entre le monde d’en-haut et le monde d’en-bas.

Le talon est également la partie du pied qui touche le sol la première lorsque la personne marche. Au contraire de la plante, l’homme n’est pas statiquement enraciné mais il se déplace, et ses trajets sont inhérents à ses projets.

En ce sens, le talon indique le point de tangence et non pas d’immobilisation entre les dimensions horizontale et verticale de l’être.

Il comporte d’autres significations encore car quelle est la différence entre la démarche consciente et le fait de se mouvoir en titubant, comme si l’on allait s’effondrer à chaque pas?

Dans la démarche consciente les pas sont liés entre eux et forment ce qu’il est convenu de nommer une démarche.

C’est sur quoi insistent les versets précités: à la fin de la Traversée du désert où il est arrivé plus d’une fois que le peuple ait titubé, au moment de franchir le Jourdain et ainsi s’engager dans l’univers des peuples, plus que jamais le peuple doit se convaincre qu’il n’est pas d’alternative à la cohérence de ses pensées et de ses itinéraires.

Le mot êkev se rapporte alors non plus à la cohésion physique de la marche et à son équilibre externe mais à la cohérence des consciences que doit habiter l’esprit de suite, la relation vitale de cause à effet.

Comme on y a maintes fois insisté, il serait contraire à cet état d’esprit d’avoir adhéré à une Alliance et de ne pas la mettre en pratique, d’être un peuple sacerdotal et de se profaner du soir au matin.

Un éclairage étymologique permettra de mieux le comprendre. Le mot êkev est construit sur la racine ÂKV que l’on retrouve dans le nom du patriarche Jacob, Yaâkov. Lorsque les lettres de cette racine sont désordonnées, elles forment le mot BaKÂ, qu’on retrouve dans BiKÂ, la faille, la cassure, la béance.

C’est sur une bikâ que s’établit la civilisation de Babel, une civilisation amnésique et décervelée, avec la catastrophe qui s’ensuit. Selon cette acception, la civilisation d’Israël est à tout le moins une contre-Babel: là où la cassure sévit, elle promet l’unité et le lien; là où l’irrationnel l’emporte elle fait prévaloir comme on l’a dit l’esprit de suite et la relation responsable de cause à effet.

Et c’est pourquoi les bienfaits qui découlent de cette réciprocité lucide et conséquente sont nommés comme ils le sont. On observera en effet que les trois produits essentiels: dagantiroch et ytshar se rapportent tous trois au vocabulaire de la Genèse alors que l’Humain se trouvait établi dans le lieu adéquat à son être et à sa vocation.

DaGaN, le blé se rapporte comme son nom l’indique au Gan Eden; dans tiRoCh se trouvent les lettres composant le mot roCh que l’on retrouve dans BeRéChit, et enfin dans le mot ytsh’HaR se retrouvent les lettres HR qui se trouvent dans le mot HaR qui désigne l’éminence topographique mais aussi la conception biologique et la conception intellectuelle.

Autrement dit, comme contrepartie de l’observance d’une Berith qui est aussi un acte de grâce, de h’essed, le peuple pourra bénéficier d’une abondance matérielle continue.

Cependant, cette abondance ne concernera pas que les corps: elle fera accéder le peuple tout entier et par lui l’Humain au degré spirituel originel que le nom de ces trois produits symbolisent.

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Raphaël DRAÏ Z’l

 

 

 

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