Disparition de Raymond Haïm Lévy, l’ancien PDG de Renault

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Le PDG du groupe Usinor, Raymond Levy, s'exprime, le 27 septembre 1983 à Dunkerque, lors du 20e anniversaire du groupe spécialisé en sidérurgie et métallurgie. (Photo by BORIS HORVAT / AFP)

Raymond Haïm Lévy vient de nous quitter à l’âge de 91 ans. Le grand public le connaît comme « Raymond Lévy, PDG de Renault », mais RHL furent ses initiales tout au long de sa carrière.

Il a réuni des qualités qu’on voit rarement coexister:  une parfaite éducation française lorsqu’il entre major à l’Ecole Polytechnique, une forte dimension internationale dès 1950 lorsqu’il obtient un Master of Science du MIT, un très haut fonctionnaire qui deviendra n°2 d’Elf Aquitaine, un grand et courageux manager qui, après l’assassinat de Georges Besse, redresse Renault, un haut fonctionnaire qui connaît également les faiblesses de l’Etat.

 En effet, il est probable que c’est son nom qui l’a empêché de prendre la présidence du groupe pétrolier où il avait été particulièrement efficace pendant 23 ans, il est aussi probable que le rapprochement Renault Volvo aurait été réalisé si le closing de cette opération n’avait pas été reporté à plusieurs reprises pour que, devant les photographes, cet accord soit signé par des ministres et non par les présidents des 2 groupes.

 Son humour froid et sa dimension humaine étaient aussi tout à fait impressionnants: pour redresser Renault, il a mis en oeuvre un vigoureux plan de formation de l’ensemble du personnel. Son attachement à sa famille et la fierté qu’il en tirait étaient également très émouvants.

 Enfin, et c’est un point auquel la CCFI est très sensible, il a été l’un des premiers industriels français à s’intéresser de près aux innovations israéliennes : dès 1994, à l’occasion du bi centenaire de l’X, avec André Giraud qui avait été ministre de l’Industrie et de la Défense, ils étaient, en Israël, les figures de proue d’une large délégation de polytechniciens français et l’intérêt de RHL pour Israël est toujours resté très vif.

Henri Cukierman, Président de la CCFI.

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MESSAGE DU CRIF.

Fidélité et excellence semblaient les deux maîtres-mots de Raymond Lévy.

Issu d’une famille juive de Salonique installée à Paris, il racontait régulièrement les années d’Occupation durant lesquelles, resté à Paris avec sa famille, il continua, malgré les menaces, à aller au lycée Jacques Decour. Il remporta alors notamment le concours général, exposant par cette publicité sa famille à des risques supplémentaires. Il témoignait également auprès de ses interlocuteurs de la rafle du 5 novembre 1942, qui visa les Juifs grecs, et dont il gardait en mémoire l’image de la police française fouillant de bon matin l’appartement de ses parents à la recherche de son oncle.

Homme rigoureux et exigeant, il a toujours mis l’excellence au coeur de son parcours académique, à l’école Polytechnique notamment – dont il sortit Major -, puis professionnel, en particulier à la présidence et direction générale de Renault entre 1986 et 1992 où son action décisive pour le redressement de l’entreprise fut reconnu par tous. Respecté pour sa droiture dans le monde des affaires, Raymond Lévy était très impliqué auprès de la direction de l’école Polytechnique, où plusieurs de ses enfants et petits-enfants ont, après lui, été étudiants ;

Fidèle à une identité juive qu’il assumait avec fierté, il ne manquait pas de rappeler son deuxième prénom, Haïm, quand il se présentait sous le nom de Raymond H. Lévy. Son identité juive lui coûta à la fin des années 70 le poste de PDG de Elf Aquitaine, auquel il était promis, mais jugé par le gouvernement trop sensible dans le rapport au pays du Golfe pour être confié à un Lévy. S’il n’en gardait pas rancune, il rappelait cet épisode comme témoignage d’un antisémitisme « bon teint » resté vivace après-guerre parfois dans les plus hautes sphères de l’administration.

Engagé de longue date auprès du Crif, il fit partie en 2004, autour de Roger Cukierman, de l’équipe des fondateurs des Amis du Crif, dont il était un administrateur impliqué et un auditeur fidèle.

Raymond H. Lévy était également membre du Haut Conseil de l’Alliance Israélite où il s’attacha notamment au projet de création de classe préparatoire aux Grandes Ecoles au sein du lycée de Pavillons-sous-Bois.

Humaniste et plein d’humour, Raymond H. Lévy a marqué tous ceux qui ont eu le privilège de le rencontrer.

Le Crif exprime ses condoléances les plus sincères à son épouse et à ses enfants et petits-enfants.

 

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