Coronavirus… Mal’hout…. Nation juive…

 

Le 8 avril 2020, les juifs vont célébrer la fête de Pessah qui commémore la sortie des juifs d’Egypte et leur constitution en tant que « Nation ». Le concept de « Nations distinctes » a d’ailleurs immédiatement été évoqué dans la Torah : dans le Deutéronome (32:8) il est indiqué « D. fixa les limites des peuples (des soixante-dix nations) d’après le nombre des enfants d’Israël ». Ainsi, le projet divin a envisagé une distinction entre les nations (non une fusion des unes dans les autres). Si le concept « d’identité nationale » s’est vu accordé une importance moindre (lors de la mise en place de l’Union Européenne), la dramatique épidémie du coronavirus a permis de constater une résurgence des replis nationaux dans le monde. Aussi, et en cette veille de Pessah 5781, La question se pose de l’importance d’une pluralité de « Nations » pour l’avènement de la dernière des sefirot, Mal’hout (Royauté), et les conséquences que l’Etat d’Israël pourrait en tirer.

La nationalité est un attribut de la personnalité, tout comme le sont, le nom, le prénom, la date de naissance ou l’adresse d’une personne. Chacun est doté d’une nationalité, constitutive d’un élément de sa personnalité. L’inconvénient résulte de ce que le concept « d’identité nationale » (associé à l’idée de suprématie de la race) a laissé de mauvais souvenir en Europe. La politique d’extermination mise en place par l’Allemagne nazie (au cours de la seconde guerre mondiale), a conduit l’Europe à en limiter l’impact, en supprimant les caractéristiques identitaires propres aux pays de l’Union Européenne.

Au début du XXIème siècle, la mise en place de l’Union Européenne s’est accompagnée d’une suppression des monnaies nationales (remplacées par l’Euro), des contrôles aux frontières nationales (libre circulation des biens et des personnes dans l’Union), des services militaires nationaux (pour en faire des services civiques), des lois nationales (la très grande majorité des textes législatifs est d’émanation européenne)… comme si la finalité du processus était de faire des ressortissants européens, des citoyens européens détachés de toute considération nationale.

Notons qu’un phénomène similaire  s’est produit (au même moment) en Israël : le Ministre de l’Intérieur, Eli Yichai (du parti orthodoxe shass) a décidé, en 2002, de supprimer toute référence à la nationalité (léom) des ressortissants israéliens qui figurait sur les teoudat zehout (carte d’identité israélienne). Depuis cette date, les cartes ne mentionnent plus si le ressortissant est juif, arabe, druze, bédouin, circassien…. En fait, Eli Yichai ne voulait pas reconnaître comme juives, des personnes qui ne l’étaient peut être pas selon la Halacha (sic). Bien mal lui en a pris. Désormais, l’Etat juif tend à devenir l’Etat de ses citoyens (sans considération de l’origine nationale) à l’origine d’une contradiction institutionnelle flagrante : l’Etat d’Israël se présente comme « l’Etat juif ». De même, la Knesset a voté (le 18 juillet 2018) la Loi sur « l’Etat nation du peuple juif ». Pour autant, Israël n’a toujours pas institué de nationalité « leomyout » à côte de la citoyenneté « ezrahut », alors même qu’il n’y a plus de référence à la judaïté des ressortissants sur les cartes d’identité.

Le coronavirus pourrait peut être faire émerger la solution : l’épidémie a fait apparaître, au sein des nations européennes, ce que le Président Emmanuel Macron a condamné (le 12 mars 2020) en l’occurrence « un repli nationaliste ». En effet, de nombreux pays européens ont considéré qu’il était urgent de fermer les « frontières nationales », Sans concertation avec la Commission européenne. Il en a été ainsi pour l’Espagne, le Portugal, l’Autriche, la République tchèque, le Danemark, l’Estonie, l’Allemagne, la Hongrie, la Lituanie, la Pologne, la Norvège et la Suisse.

De même, l’Allemagne a pris la décision (le 15 mars 2020) de fermer partiellement sa frontière terrestre avec la France, la Suisse et l’Autriche, en limitant les passages aux travailleurs transfrontaliers et aux transports de marchandises. Le 18 mars, elle a même interdit tous les citoyens européens d’entrer sur son territoire. La Chancelière Angela Merkel l’a répété : les solutions à la crise doivent être trouvées sur le plan national avec un renforcement des souverainetés locales (contrairement aux solutions européennes récentes).

Notons que lors de la propagation dramatique de l’épidémie en Italie, l’Allemagne a interdit l’exportation de fournitures médicales hors des frontières (invoquant la nécessité de constituer des réserves lorsque le virus arriverait). La Commission Européenne l’a alors sommée de respecter le principe de libre circulation des marchandises liées au marché intérieur. L’Italie n’a, en fait, bénéficié d’aucune aide des pays européens : aucun sommet européen n’est venu déclarer l’urgence et organiser l’envoi de fournitures médicales et de personnel médical. Son aide, l’Italie ne l’a obtenue que de la Chine, de la Russie et de Cuba.

Rappelons, également, que plusieurs pays européens (dont la France, l’Italie et Espagne) ont demandé au Conseil Européen (le 25 mars 2020), de mettre en place des « Corona bonds » pour répondre à la crise du Covid-19.  Ils se sont vus opposés une fin de non recevoir des Pays bas, de l’Allemagne et de l’Autriche, compte tenu de leur non respect des règles budgétaires imposées par l’UE…

Bien évidemment, le phénomène du repli nationaliste (rencontré désormais dans une très grande majorité des pays dans le monde) n’a rien d’anormal : il ne signifie pas « prééminence d’une nation » sur une autre ou « suprématie d’une race » à l’égard des autres.

D’ailleurs, dans la dixième et plus importantes des sefirot, Mal’hout, D. a envisagé la coexistence de 70 nations et même,  sa souveraineté sur chacune d’elles (dans le Premier Livre des Chroniques 29,11, il est écrit « A Toi, D appartiennent la grandeur, la puissance, la gloire, la victoire et la majesté car, tout au ciel et sur la terre est à Tien. A Toi, D la royauté et la domination suprême sur toute chose»).

Or, selon cette séfira, la Royauté, doit précisément être mise en place par l’Homme, à partir des principes et valeurs transmises par D. Autrement dit, l’Homme s’est vu confié le soin d’organiser le monde en distinguant le bien, du mal, le juste et l’injuste. Il doit retrouver le sens profond de la création et instaurer des institutions (nationales), conformes aux prescriptions Bibliques et faire le bien (en agissant selon son libre arbitre), pour devenir le reflet du processus divin.

En effet, Mal’hout est précisément l’objectif que D. s’est fixé lorsqu’il a créé le monde : les séfirot qui la précèdent ne servent, en fait, qu’à la faire apparaître. Or, cette dernière étape ne pourra être atteinte que par l’intermédiaire de l’Homme.

La terrible épreuve du coronavirus a fait prendre conscience aux nations humaines qu’elles étaient différentes les unes des autres et qu’il ne servait à rien de les fondre les unes dans les autres. Pour sa part, l’Etat d’Israël comprend des membres appartenant à différentes nations. Or, dans la déclaration d’indépendance il a réservé une égalité des droits à toutes les communautés : « il assurera une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens, sans distinction de croyance, de race ou de sexe; il garantira la pleine liberté de conscience, de culte, d’éducation et de culture…et respectera les principes de la Charte des Nations unies ».

Israël sera donc la synthèse harmonieuse entre toutes les communautés humaines.

 

Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach

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