Comment Mohammed Dalil s’est joué de la sécurité européenne ©

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Comment  Mohammed Dalil s’est littéralement joué des services de sécurité européens. 


(Daesh publie un tableau pour se vanter de l’ampleur du nombre de ses victimes)

Les renseignements allemands et leurs homologues européens savaient absolument tout ce qu’ils avaient besoin de savoir, concernant Mohammed Dalil pour le tenir à l’oeil – même son nom de code chez Daesh : Abu Yusuf al-Karrar. Quoi qu’il en soit, le 24 juillet, il a été tout-à-fait en mesure de s’approcher de l’entrée d’un festival de musique dans la ville bavaroise d’Ansbach et, après en avoir été renvoyé, on l’a laissé libre de se faire exploser à l’extérieur d’un bar à vins et de blesser 15 personnes, dont certaines grièvement. 

L’épisode Dalil illustre de façon frappante l’incompétence grave des services de renseignements qui ont la tâche de combattre le terrorisme en Europe, quand on prête attention au tableau, en augmentation croissante, du nombre de victimes et de morts à cause du terrorisme en Europe, au cours des trois dernières années.

Le nombre de morts à cause du terrorisme en 2014 se situait à 4, dont deux Israéliens, Emanuel et Myriam Riva (Musée Juif de Bruxelles) ; en 2015, cette configuration a explosé à 267 victimes. Au septième mois de 2016, on relève plus de 172 morts – soit une moyenne de 24, 5 tués par mois (soit 293 annuels).

Le total du nombre de blessés durant ces trois ans a atteint plus de 3.000.

Le cas de Mohammed Dalil peut servir de cas d’école, duquel les services de contre-terrorisme d’Europe pourraient tirer des leçons, ainsi que d’autres expériences passées du même genre qui correspondent exactement à ce qu’il ne faut surtout pas faire, et de l’importance cruciale du recoupement des renseignements et du maintien de la discipline dans leurs rangs.

Ce résumé est instructif : 

Débutant sa carrière en tant que terroriste d’Al Qaïda, Dalil a combattu les américains en Irak durant des années dans la seconde moitié des années 2000. Quand la guerre civile syrienne a éclaté en 2011, il s’est glissé de l’autre côté de la frontière et a rejoint le Front Al Nusra islamiste.

Son expérience du combat en Irak lui a permis de franchir rapidement les échelons jusqu’à être en charge de l’unité des attentats terroristes d’Al Nusra contre l’armée syrienne. Sa spécialité était d’assembler des bombes incendiaires en réseau, version plus sophistiquée et puissante des bombes incendiaires.

Dalil devient bientôt l’un des hommes les plus recherchés par les services de renseignements du Président Bachar al Assad. Dans le cadre des efforts d’Assad pour démontrer à l’Occident qu’il combattait les terroristes de l’islamisme radical – et pas ses propres opposants politiques – Assad a ordonné à ses services de sécurité de transmettre le dossier de Mohammed Dalil aux services de renseignements occidentaux.

En 2013, Dalil a accompli un nouveau pas – en passant d’Al Nusra à Daesh, en prêtant allégeance à son dirigeant Abu Bakr Al Baghdadi.

A la fin 2015, il a été blessé par des éclats de bombes au cours d’une bataille. Les médecins musulmans français employés par Daesh lui ont certifié qu’il ne pourrait sauver sa vie qu’en réussissant à se faire admettre dans un hôpital en Allemagne, pour y bénéficier des meilleurs soins disponibles. Les médecins français lui ont préparé son itinéraire et Daesh lui a fourni de faux passeports.

Mohammed Dalil a traversé la frontière de Syrie vers la Turquie et de là en Bulgarie, en rejoignant l’afflux de migrants syriens. De là, ce n’était plus qu’un itinéraire court pour intégrer un hôpital allemand.

Le problème est que les renseignements allemands, l’ayant identifié grâce au tuyau envoyé par Assad, savaient pertinemment qui il était et ils ont conservé la trace de ses moindres mouvements tout au long de son séjour. Mais encore, après avoir reçu les soins les meilleurs de la part de l’hôpital allemand et avoir récupéré, on lui a permis d’élire résidence à Ansbach et de poser candidature pour obtenir un permis de résidence en Allemagne. Depuis son appartement d’Ansbach, il s’est aussitôt mis à travailler durement pour disséminer la doctrine de Daesh à travers tous les réseaux sociaux d’Europe. Et constatant que personne ne se mettait en travers de son chemin, il est alors passé à l’action.

En utilisant son expérience syrienne pour la fabrication de bombes incendiaires en série, il a transformé son appartement en atelier de fabrication. Mais, réalisant qu’il était trop dangereux de stocker de vastes quantités de carburant nécessaires dans l’appartement et craignant que les odeurs risquaient d’alerter les  suspicions des voisins, il a décidé de modifier la production en passant de grosses bombes à des engins explosifs conçus pour les attentats-suicide.

Selon les sources du contre-terrorisme de Debkafile, Dalil a commencé à fabriquer ces bombes à la fin avril 2016, presque trois mois avant d’en déposer réellement une à l’extérieur du bar à vins d’Ansbach.

Pendant ce temps, il a renouvelé sa demande de statut permanent de réfugié et résident en Allemagne et étandu son droit de séjour en Allemagne chaque fois que la demande lui était refusée. Deux mois avant l’attentat, les renseignements et services de sécurité allemands ont mené une fouille dans son appartement.

Il est très difficile de comprendre comment les enquêteurs ont fait pour ne rien trouver, alors que trois bombes y étaient cachées à divers stades de production.

Le terroriste a minuté l’achèvement de son travail pour le 24 juillet, la date du concert de rock à Ansbach. Son plan consistait à faire exploser une bombe au beau milieu d’un public de plus de 2500 jeunes fans. Mais, parce qu’il n’avait pas acheté de ticket, le garde de la sécurité à l’entrée et les huissiers l’ont renvoyé, mais aucune n’a été suffisamment suspicieux pour le contraindre à se soumettre à une fouille de son sac à dos, qui contenait, en réalité la bombe qu’il a fait exploser peu de temps après.

Il ne fait aucun doute qu’il y a bien plus qu’un seul Mohammed Dalil en totale liberté à travers l’Europe. Son cas montre que de tomber sur les écrans-radars des services concernés n’est pas en soi suffisant pour dissuader ces terroristes djihadistes de passer à l’action et de mener à bout leurs cruels déchaînements de violence.

DEBKAfile Reportage exclusif 31 juillet 2016, 7:57 PM (IDT)

Adaptation : Marc Brzustowski

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