Pirké Avot: sur quels piliers « repose le monde »? Vidéo

 

Chemini: Moïse sert pour ainsi  dire de moniteur à Aharon

On l’a vu dans la parachat Vayakhel, une fois le Sanctuaire construit et monté selon l’ordre même, le séder, des prescriptions divines, la Présence de Dieu l’investit tout entier, au point de ne plus laisser place à Moïse en personne.

Dans la parachat Chemini,il n’en va pas autrement mais il s’agit maintenant de l’ordre prescrit pour l’accomplissement des sacrifices, compris au sens hébraïque des korbanot, des liturgies de rapprochement.

Cette fois encore Moïse sert pour ainsi  dire de moniteur à Aharon, non pour conforter son pouvoir sur lui mais pour signifier l’importance en ces actes là de la relation fraternelle pleinement vécue.

C’est probablement pour cette raison que le tout premier des ces korbanot consistera dans un « veau adulte  et expiatoire ».

Si la référence  à l’épisode du Veau d’Or dans laquelle Aharon s’est impliqué dans les circonstances que l’on sait est patente, elle indique aussi que cet épisode est dépassé, que la réparation spirituelle est sociale en est à présent parachevée.

C’est pourquoi aussi,alors que leVeau d’Or avait été singularisé parmi tous es éléments symboliques du moment, au point d’être  transmuté en idole, le veau du korban actuel  s’insère parmi d’autres animaux symboliques et purs, c’est à dire corrélés à la présence humaine et formant site de vie avec elle.

Bien sûr les actes et gestes subséquents accomplis en ce sens par Aharon et par ses fils comportent chacun un sens spécifique que les grands commentateurs, les mépharchim, de la Tradition sinaïtique éclairent. C’est aussi leur enchaînement qui revêt une signification intrinsèque.

Comme le fait observer Benyamin Lau, en recevant la Thora sur le mont Sinaï et en la transmettant à tout Israël, Moïse conjoignait l’en- haut avec l’en- bas.

En accomplissant  à présent les gestes  sacerdotaux pour lesquels ils avaient été désignés, Aharon et ses fils, conjoignent réciproquement l’en-bas avec l’en- haut  de telle sorte que l’espace spirituel fût ouvert et praticable dans les deux directions, comme l’était l’échelle vue en songe par Jacob.

Les anges y reliaient également les deux univers non pas séparés depuis les commencements de la Création mais différenciés pour que celle-ci sorte décidément du chaos, du tohou vavohou originel.

Cette gestuelle liturgique ne suffit pas à elle seule. Elle doit se conclure par un autre geste qui en collige toutes les étapes et indique ses véritables destinataires: « Aharon étendit ses mains vers le peuple et le bénit (lev, 9, 22) ».

Sans cette bénédiction, les rituels antérieurs auraient été mécaniques et incantatoires. Cependant, une fois cette bénédiction  prononcée, rien ne se passe.

Le récit évoque une seconde bénédiction prononcée  conjointement par Moïse et par Aharon.

Alors et alors seulement  se produit la révélation divine annoncée dès le début par Moïse : «  Ils ressortirent et ils bénirent le peuple et la Gloire divine se révéla à tout le peuple ».

S’ensuit la validation de cette liturgie: «  Un feu s’élança de devant  le Seigneur et consuma sur l’autel le  sacrifice d’élévation et les graisses. Et tout le peuple vit et chanta et ils tombèrent sur leur face » ( Lev, 9, 24).

Le contenant s’avère adéquat au contenu et les deux voies corrélatives ainsi ouvertes par les deux frères, individuellement puis ensemble, permet à la Présence divine de se manifester au sein du peuple, ce qui transmute les tlounot, les récriminations habituelles, en chants de joie.

Une joie de courte durée. Deux des fils d’Aharon, Nadav et Avihou, saisis d’enthousiasme, croiront devoir accomplir leurs propres liturgies hors de cet espace là, ainsi  déterminé, hors de ce séder.

Il en résulte qu’un feu s’élança également de devant l’Eternel mais pour les dévorer.

De nombreux commentaires tentent d’éclairer les causes de cette tragédie. L’un d’entre eux retient l’attention: Nadav et Avihou n’auraient pas supporté que leur père ait eu à nouveau besoin de Moïse afin que la Présence divine se manifeste. Rivalité destructrice.

Mais la cause principale doit sans doute être déduite de la prescription qui s’ensuit  dans  le récit même du Lévitique: «L’Eternel parla ainsi à Aharon: «Tu ne boiras ni vin ni liqueur forte, toi ni tes fils, lorsque vous pénétrerez dans la Tente de la rencontre, afin que vous ne mourriez pas, règle perpétuelle pour vos générations, et afin de pouvoir distinguer (lehavdil) entre le sacré et le profane, entre l’impur et le pur  et instruire les enfants d’Israël dans toutes les lois que l’Eternel leur a fait transmettre par Moïse » (Lev, 10,  8 à 11 ).

Le service divin, la Âvodat hakodech, ne requiert aucune de ces attitudes par lesquelles l’esprit s’obscurcit et s’oblitère mais au contraire une pleine capacité de discernement.

Et chacun doit se trouver à la place qui lui est indiquée non par son désir personnel mais par l’accomplissement de ce service même: Aharon et ses fils à leur place, et Moïse à la sienne, confirmée, de même que seront confirmées les places d’Aharon et de ses fils survivants lors de la révolte de Korah.

 

 Raphaël Draï zal 4 Avril 2013

Pirké Avot: sur quels piliers repose le monde? Vidéo

Renforcer les trois piliers sur lesquels le monde repose Par Rav Adin Even Israël (Steinsaltz)

En quoi nous est-il donné d’agir malgré tout ? Souvenons-nous, tout en y contribuant, que « le monde repose sur trois piliers : [L’étude de] la Torah, le service [de D-ieu] et les actes de bienveillance » (Pirké Avot I, 2).

Chacun, hommes, femmes et enfants, selon ses possibilités et l’endroit où il se trouve, se doit d’étudier la Torah un peu plus. Un tel ajout permet-il de fortifier le monde de manière considérable ou non ? Cette question ne doit pas entrer en jeu ici.

Renforçons-nous aussi dans cette forme de service de D-ieu qui demeure entre nos mains, c’est-à-dire dans la prière. Récitons les Psaumes de David : que l’on comprenne tout ou non, nous servons D-ieu. C’est d’ailleurs en cela que se résume le service de D-ieu : détenons-nous vraiment la connaissance, comprenons-nous ?

Cela est aussi vrai de ceux qui prient selon les kavanot, les intentions kabbalistiques du Ari-zal ou les autres qui, à l’instar de Rabbi Chimchon de Kinon, prient comme un tout jeune enfant. Et plût à D-ieu que nous soyons pour le moins en mesure de prier comme un tout jeune enfant et nous adresser à D-ieu ainsi ! La chose est possible.

Les actes de bienfaisance comptent eux aussi et de la même manière chacun peut faire un effort dans ce sens en donnant aux œuvres de tsédaka, selon ses moyens que ce soit quelques pièces de monnaie ou de grandes sommes d’argent. Et même lorsqu’on ne dispose pas de grands moyens, l’on peut effectuer des actes de bienfaisance autrement en aidant notre prochain, fût-ce seulement en lui souriant.

Le repli sur soi, la misère et la mortification ne suffisent apparemment pas à ouvrir toutes les portes. Ces portes s’ouvrent au contraire quand je souris. Parfois, je ne parviens pas à faire plus que cela. Essayons donc au moins d’agir dans ce sens. Nul doute qu’un simple sourire apporte parfois un certain soutien à une personne en détresse. Nous créons alors chez elle ne serait-ce qu’un instant de joie, fût-elle minime, mais au moins avons-nous pu procéder à un quelconque changement autour de nous.

Servir D-ieu dans la joie

Il me semble que la voie vers le salut et la délivrance passe par le service de D-ieu dans la joie. Je suis bien sûr conscient que le temps n’est parfois pas à la joie et à l’exaltation. Mais nous pouvons essayer de faire un cadeau peu ordinaire au Saint-béni-soit-Il.

Certes nous sommes plutôt experts en lamentations et en pleurs lorsqu’on s’adresse à Lui. Peut-être devrions-nous pour une fois venir au Maître du monde en citant le verset (Ecclésiaste II, 1) : « Allons! Je veux te faire faire l’expérience de la joie! ». L’un des commentaires se trouve être le suivant : « Après m’être tourné vers Toi avec pleurs et de larmes, permets-moi d’essayer au travers de la joie ! ».

Comment est-ce possible ? Le prophète Amos (III, 2) peut nous y aider lorsqu’il affirme au nom de D-ieu : « C’est vous seuls que J’ai distingués entre toutes les familles de la terre, c’est pourquoi Je vous demande compte de toutes vos fautes ».

Chaque fois que D-ieu nous donne une gifle, même au travers d’un émissaire, nous pouvons nous consoler : « De toute évidence, cela nous fait mal, mais cela veut bien dire que j’ai un père ! ».

Cet orphelin qui ne reçoit jamais de gifle de son père n’est-il pas malheureux ? Lorsque c’est mon père qui me gifle, cela a beau me faire mal et me rendre triste, je ne m’en réjouis pas moins quelque part car j’y vois la preuve qu’il m’aime et s’intéresse à moi.

La fin du verset précédemment citée : « C’est pourquoi je vous demande compte de toutes vos fautes » s’efface en quelque sorte devant la première partie : « C’est vous seuls que j’ai distingués entre toutes les familles de la terre », comme si nous ne cherchions même pas à savoir quelles ont les fautes qui nous sont reprochées.

L’on peut revenir à D-ieu, faire téchouva au travers de chemins douloureux, empreints de mortifications  et de déprime.

Cependant, il existe d’autres voies, lorsque notre retour vers D-ieu est motivé par notre volonté de Lui offrir un cadeau.

Un peu comme lorsqu’un jeune enfant revient de la campagne et vous offre une feuille d’un arbre voire une limace qu’il a trouvées. Vous vous réjouissez de ce petit cadeau, non pas qu’il vaille quelque chose mais parce que son geste montre qu’il cherche à vous faire plaisir. Il en est de même lorsque nous venons vers D-ieu et lui offrons quelque chose qui, objectivement, ne revêt à Ses yeux que peu d’importance. Pourtant c’est aussi une façon de faire téchouva.

Il est écrit que (Jérémie XIV, 9) « le nom de D-ieu est associé au nôtre »…Imaginez qu’une bande d’enfants, au milieu d’un parc de jeux, décident qu’il leur faut trouver un roi pour continuer à jouer.

C’est alors qu’ils se dirigent vers une personne dans la rue pour lui demander d’accepter de régner sur eux.

La plupart des adultes refuseront. Le Saint-béni soit-Il, quant à Lui, accepte « d’associer Son nom au nôtre » et d’être notre Roi. Nous sommes Ses enfants, bons ou méchants, voire « une race de malfaiteurs, enfants dégénérés » (Isaïe I, 4) mais, en dépit de tout nous demeurons Ses enfants et en tant que tels nous Le voulons parmi nous.

Aussi bien nous faut-il servir D-ieu dans l’allégresse, justement lors des moments difficiles que nous traversons, redoubler d’actes dans la joie, y compris lorsqu’il s’agit des rapports avec notre prochain : là réside le meilleur moyen de progresser et de nous élever vers D-ieu.

Le Rav Adin Even-Israel (Steinsaltz), 83 ans, érudit et auteur renommé et 'hassid dévoué - Un penseur prolifique célèbre pour son commentaire monumental du Talmud - Communauté & Famille

Rav Adin Even Israël Z’l (Steinsaltz)

 

Guitel Benishay mars 29, 2020

Le Rav Adin Even-Israël (Steinsaltz) s’est adressé à ses élèves à plusieurs reprises dans des moments de détresse, notamment lors d’événements tragiques, comme le décès d’un de ses élèves et l’assassinat de trois jeunes élèves de sa Yéchiva Mekor ‘Haïm enlevés par des terroristes palestiniens.

Traduit et adapté de l’hébreu par Michel Allouche, Jérusalem

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