La Catalogne indépendante… sur le papier !©
Par Maurice-Ruben Hayoun
Déjà, il y a quelques jours, j’attirais ici même l’attention sur l’aspect irresponsable du président actuel (mais désormais déchu et susceptible de poursuites judiciaires) de la province catalane, partie indissociable du royaume d’Espagne. Et, comme je le pensais au fond de moi-même, le leader indépendantiste a choisi la fuite en avant, pour ne pas avouer qu’il avait été débordé par ses alliés d’extrême-gauche, désireux, voire fortement désireux, d’en découdre avec le gouvernement central de Madrid.
Cette attitude était prévisible, tant ce gouvernement catalan s’était laissé prendre ou piéger par sa propre rhétorique indépendantiste : un étudiant de première année à la Fondation des sciences politiques de Paris verrait au premier coup d’œil que la Catalogne n’est pas viable dans l’ensemble politique et géographique où elle se trouve.
Comment fera-t-elle pour rester dans la zone euro ? Qui l’acceptera dans l’Union Européenne ? Qui assurera la sécurité dans les rues et les chemins ? Qui veillera sur les frontières ? Qui paiera les fonctionnaires ? Quelles sont les réserves d’or de la banque centrale du nouvel Etat ? Comment gérer le fort endettement de cette province ? Quelles garanties donnera-t-elle de sa solvabilité ? Et cette liste est loin d’être exhaustive…
On a l’impression que les indépendantistes se sont dit ceci : on proclame d’abord l’indépendance et pour le reste on verra après.
J’ajoute qu’aucun état au monde ne reconnaîtra un tel Etat. Et, pour le moment, les auteurs de cette indépendance entre guillemets vont devoir répondre de leurs actes devant les tribunaux. Tout en respectant la présomption d’innocence, fondement indispensable de la vie démocratique, il faut rappeler que cet acte est passible de trois décennies de prison. Sans compter les dommages dont les banques, les entreprises et autres acteurs économiques vont pouvoir demander réparation. Je rappelle que de grandes banques sises à Barcelone ont déjà déménagé leur siège social… Et qu’elles vont être suivies par d’autres grandes compagnies.
De site florissant et relativement prospère, cette partie de l’Espagne va probablement sombrer dans le marasme économique. Ceux qui ont copieusement arrosé cet acte insensé la veille, se réveilleront ce matin avec ce qu’il faut bien appeler la gueule de bois…
Ma question est : comment des gens aussi éduqués, aussi instruits, aussi équilibrés, ont-ils pu se laisser entraîner dans une telle impasse ?
Car c’est littéralement une impasse : ce fameux article 155 a été mis en marche ; il met toute la Catalogne sous tutelle administrative depuis Madrid. La police, la justice, la télévision, les services publics, les hôpitaux, tout ce qui vit et agit dans cette province va passer sous tutelle.
Certes, certains parlent de désobéissance civile, je crains plutôt qu’il faille parler de guerre civile.
Car les autorités madrilènes, soutenues par l’Europe entière, ne vont pas se laisser impressionner. Elles utiliseront la force, s’il le faut, et les tribunaux leur donneront le droit d’agir à leur guise.
Sans même parler des destitutions qui sont en cours. On parle même de l’éventualité d’arrêter les principaux acteurs de ce que Madrid considère comme une sinistre mascarade… Lorsque les forces de sécurité de Madrid ont reçu l’ordre d’entraver le déroulement du référendum (illégitime et illégal de toutes façons) on a vu à la télévision comment les choses se sont passées.
Je comprends que Madrid ne veuille pas parler avec des gens qui créent un fait accompli et après coup, appellent à la négociation. Mais pour négocier quoi ? Le non-négociable ? Impossible ! Je persiste à croire que le petit jeu du président catalan déchu était intenable sur la durée : c’est ce qui lui firent comprendre les partisans de la gauche extrême de sa région. Et, ne pouvant plus reculer, au risque de faire éclater sa coalition, il a tout bonnement cédé.
En effet quand il a parlé d’indépendance en disant dans le même souffle qu’il la suspendait, cela m’a fait penser à un raisonnement de Hegel parlant de Dieu, mais Hegel, lui au moins, compte parmi les hommes les plus intelligents que la terre ait jamais portés, ce qui n’est pas le cas de notre bon petit ex-président catalan.
Hegel a dit : Dieu est, sans être, tout en étant.
Certes, il faudra peut-être réparer certains points que les Catalans considèrent comme une injustice ou un mauvais traitement, mais de là à agir comme certains l’ont fait à Barcelone, il y a un monde.
Mais revenons pour finir à Hegel qui a fait que cette formule connut une vaste notoriété alors que dans le cas qui nous occupe, ces simagrées seront balayées par le vent de l’Histoire…
Le professeur Maurice-Ruben Hayoun, né en 1951 à Agadir, est un philosophe, spécialisé dans la philosophie juive, la philosophie allemande et judéo-allemande de Moïse Mendelssohn à Gershom Scholem, un exégète et un historien français. il est également Professeur à l’université de Genève. Son dernier ouvrage: Franz Rosenzweig (Agora, universpoche, 2015)
Nous vous informons que le professeur Maurice-Ruben Hayoun, dont les chroniques sur JFORUM font notre plaisir, va tenir prochainement un cycle de conférences à la Mairie du 16ème arrondissement de Paris, sur le thème « L’Europe, plus une culture qu’un continent – Aux racines de la culture européenne.
Ce nouveau cycle de conférences se penche sur l’humus spirituel et les valeurs premières qui gisent au fondement de ce continent.
Mais l’Europe n’est pas seulement un continent, c’est aussi et surtout une culture, axée autour de courants spirituels et d’écoles philosophiques, qui passent à juste titre pour sa constitution théologico-politique ou éthique.
Les réflexions qui seront exposées dans la salle des mariages de la Mairie du 16ème arrondissement couvrent la critique biblique, la littérature éthique, la philosophie médiévale sous son triple aspect, gréco-arabe, chrétienne et juive au miroir des pères spirituels de l’Europe : Thomas d’Aquin, Maimonide, Averroès et Maître Eckhart.
Le programme est le suivant :
Jeudi 23 novembre – 19h : L’allégorie philosophique d’Ibn Tufayl, Vivant fils de l’éveillé (Hayy ibn Yaqzan)
Jeudi 14 décembre – 19h : Qui était Maître Eckhard?
ENTREE LIBRE – Dans les salons de la Mairie
Mairie du 16e Arrondissement : 71, avenue Henri Martin


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