Cet antisémitisme « contextuel » qu’il faudrait comprendre…

Une tribune de l’avocat Arié Alimi et de l’historien Vincent Lemire distingue deux formes d’antisémitisme. L’un « fondateur », l’autre « contextuel ». Une aberration.

Par Saïd Mahrane

La France est donc un pays dans lequel on débat de l’antisémitisme. Un peu antisémite, au quart, au trois quarts, pas trop, acceptable s’il est appelé « antisionisme », « résiduel » (dixit Jean-Luc Mélenchon)… Ou encore, pas antisémite au point de refuser une alliance, sinon en « écrivant noir sur blanc » le rejet de la haine anti-juive, union avec ou sans logo LFI… Il y aurait donc mille nuances d’antisémitisme, de la plus explicable à la plus condamnable. Ces deux dernières nuances recoupent le clivage extrême gauche et extrême droite.

Depuis plusieurs semaines, des élus et candidats LFI aux européennes ont eu des déclarations qui auraient mis du monde dans la rue si des membres du RN les avaient tenues. Et heureusement. Jean-Luc Mélenchon, loin d’être foudroyé par « le fameux rayon paralysant », prononce des mots qui vaudraient à Marine Le Pen d’être mise au ban de la République.

Le retour des « œillères rouges » ?

Dans Le Monde, un avocat, Arié Alimi, et un historien, Vincent Lemire, excellent dans la ratiocination. Huit mois après les attaques terroristes du 7 octobre, trois mois après le début de la campagne des européennes où il a été plus question de Gaza et d’Israël que de Bruxelles, une semaine après les résultats du scrutin, les deux auteurs prennent la plume pour exprimer leur point de vue sur la montée de l’antisémitisme en France, et particulièrement à gauche.

Il leur en a fallu du temps pour poser l’architecture d’une théorie, selon nous, invraisemblable et même irresponsable : il y aurait deux formes d’antisémitisme, la forme « contextuelle » et une autre, qui serait fondatrice et « ontologique ». On comprend que la plus grave est la dernière, car profonde, incrustée et nauséabonde. Tandis que la première pourrait relever d’une passion, certes condamnable et qu’il faut « combattre pied à pied », mais qui s’expliquerait par un « contexte », en l’occurrence, celui de l’intervention israélienne à Gaza. « Ils portent des œillères rouges », disait-on jadis des intellectuels staliniens qui, par idéologie, expliquaient tout et n’importe quoi depuis leur confort à l’est du Mur. Nous y sommes.

Et le « racisme contextuel » dans tout ça ?

À ce titre, si l’on reprend la construction théorique des deux auteurs, existe-t-il un « racisme contextuel » ? Les racistes anti-Noirs et anti-Arabes auront beau jeu, après ça, de se réclamer d’un « racisme contextuel » pour justifier leurs déversements d’ordures. Il faudra distinguer le racisme fondateur de l’autre. Les séparer. Chercher la racine et chercher le contexte. Arié Alimi et Vincent Lemire, à raison, rappellent les fréquentations sulfureuses de Marine Le Pen et sa participation à un bal néonazi à Vienne en 2012. Si Jean-Luc Mélenchon, il est vrai, ne fréquente pas les bals néonazis, il a des déclarations « problématiques », pour reprendre le mot de la jeunesse vigilante de nos universités. Il faut donc le combattre aussi, cet antisémitisme « populiste », nous disent les auteurs.

Mais, plus loin, ils écrivent que « le Nouveau Front populaire est la seule alternative électoralement crédible pour éviter qu’un parti ouvertement xénophobe ne prenne le contrôle de nos institutions ». Faisons donc de la stratégie électorale, et pactisons avec des éléments antisémites, au nom de la lutte contre le RN. Pour soulager leurs consciences, ils convoquent Léon Blum qui fit alliance avec Maurice Thorez en 1936, lequel Thorez eut pourtant des propos antisémites. Si Blum l’a fait, en somme, pourquoi Glucksmann ne le ferait-il pas aujourd’hui ?

La haine antijuive n’est pas un sujet de discussion comme un autre

Pour contrer cet antisémitisme de gauche, Alimi et Lemire suggèrent de faire de la « pédagogie ». Il leur faudra donc en convaincre un grand nombre du fait que le Hamas n’est pas une organisation « résistante » mais terroriste et de renoncer à l’idée d’un futur État palestinien du « fleuve au Jourdain ». Bon courage.

Les auteurs oscillent entre la réprobation et l’explication oiseuse. « Ce talon d’Achille du Nouveau Front populaire, s’il est instrumentalisé ad nauseam par ses détracteurs, ne peut pas être écarté d’un revers de main, car c’est un sujet essentiel et même existentiel pour une gauche précisément rassemblée aujourd’hui au nom de ses plus hautes valeurs. » Le talon d’Achille est une gangrène, comme l’est la xénophobie à l’extrême droite et ailleurs. Ce n’est pas instrumentaliser que de le dire, c’est refuser d’entrer dans les raisons de la haine antijuive, au risque d’en faire un sujet de discussion comme un autre.

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Franck DEBANNER

Le nombre de Juifs antijuifs n’est pas négligeable.

Les pires, c’est ceux qui braillent dans la rue, en Israël, depuis l’élection de l’actuel gouvernement.

Par contre, c’est lamentable de continuer d’appeler « Juifs », d’authentiques déchets complices de leurs homologues nazislamistes, qui n’ont même pas le prétexte de nuire en Israël…

Asher Cohen

Bon article, mais quand est-ce-que les Juifs, piégés en France, vont-ils se libérer de leur haine de soi juive à mendier pour le droit de vivre dans un pays de ratés antijuifs viscéraux ? Ces Juifs ne pourront changer que quand ils auront reconnu et accepté la Réalité qu’en vivant dans un pays de ratés, ils sont eux-mêmes des ratés. Je sais que c’est douloureux à accepter, mais c’est seulement à ce stade qu’ils seront motivés à s’organiser pour partir de ce pays sans se retourner.