Lutte contre l’état islamiste en Irak et en Syrie.

Les royaumes du Golfe à la recherche d’un front commun face aux djihadistes.

Les pays du Golfe ont redoublé d’efforts cette semaine, impliquant même l’Iran, en vue d’actions communes pour combattre les djihadistes en Syrie et en Irak. D’autant que le président Barack Obama a exclu jeudi des frappes à court terme en Syrie et souligné la nécessité de s’appuyer sur des «partenaires régionaux forts».

De son côté, le secrétaire d’Etat, John Kerry, doit se rendre prochainement au Moyen-Orient. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Saoud al-Fayçal, a été au centre de multiples réunions depuis dimanche dernier dans la région. A l’issue de l’une d’elles sur la Syrie, impliquant quatre autres pays arabes (Egypte, Emirats arabes unis, Qatar, Jordanie), un communiqué commun a été publié affirmant leur volonté «d’agir sérieusement» face à «la progression de l’idéologie terroriste et extrémiste».


Saoud al-Fayçal

Deux jours plus tard, le prince Al-Fayçal a reçu le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir Abdollahian, le premier entretien à ce haut niveau depuis l’élection du président iranien, Hassan Rohani, il y a plus d’un an. L’Arabie Saoudite sunnite et l’Iran chiite entretiennent des rapports généralement tendus. La rencontre, qui a notamment porté sur les «défis qu’affronte la région comme l’extrémisme», a été qualifiée de «fructueuse» par un diplomate iranien qui y a participé. Le lendemain, le prince Al-Fayçal, accompagné du ministre saoudien de l’Intérieur et du chef du renseignement, s’est rendu au Qatar, première étape d’une tournée qui l’a aussi conduit à Bahrein et aux Emirats.

Prudence

Alors que la situation en Irak et en Syrie fait l’objet en ce moment de consultations internationales, une crise diplomatique se poursuit depuis six mois entre le Qatar d’une part, l’Arabie Saoudite, les Emirats et Bahrein de l’autre. En mars, ces trois pays ont rappelé leurs ambassadeurs à Doha, une démarche sans précédent, accusant le Qatar de s’ingérer dans leurs affaires et de déstabiliser la région en raison de son soutien à la mouvance islamiste et aux Frères musulmans.

Une importante réunion des ministres des Affaires étrangères des quatre pays concernés par cette crise, ainsi que ceux du Koweït et de Oman, qui forment ensemble le Conseil de coopération du Golfe (CCG), est prévue aujourd’hui à Jeddah (ouest de l’Arabie Saoudite). Si elle échoue, disent des experts, cela augurerait mal d’un front commun dans le Golfe contre l’EI, qualifié d’«ennemi numéro un» de l’islam par le grand mufti d’Arabie Saoudite. Selon Abdulkhaleq Abdulla, professeur de sciences politiques à l’université des Emirats, le Qatar a multiplié les gestes au cours de la semaine écoulée pour réduire les sources de tension avec ses voisins, notamment l’Arabie Saoudite.

«Le Qatar fait son possible pour plaire à Ryad, mais Ryad n’est pas encore satisfaite», estime-t-il.Sur les possibilités d’un front arabe commun incluant les pays du Golfe et de la formation éventuelle d’une coalition militaire contre l’EI, Frederic Wehrey, spécialiste de la région, se montre très prudent. Les six pays du CCG éprouvent déjà des difficultés à coopérer entre eux dans les domaines militaire et du renseignement en raison de «méfiances» et de «disputes» autour du commandement, explique F. Wehrey, cité par l’AFP, expert du Golfe à l’Institut Carnegie Endowment for International Peace.

Si certains d’entre eux entraient en action en Syrie «en complément de frappes américaines», cela n’irait pas «au delà d’une légitimité symbolique d’un pays arabe participant», ajoute-t-il. Il ne voit pas non plus «l’hostilité mutuelle de l’Arabie Saoudite et de l’Iran envers l’EI évoluer vers une coopération réellement significative». Il y a «trop d’autres sujets stratégiques qui les séparent : pas simplement les divisions sunnites/chiites et Perses /Arabes, mais aussi la Syrie, le Liban, Bahrein, le dossier nucléaire et, plus particulièrement, la présence américaine dans la région (l’Arabie Saoudite la désire, l’Iran n’en veut pas)».

R. I.

le 30.08.14 | 10h00

elwatan.com Article original

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